eco TV
États-Unis : Vers un ralentissement en 2019 11/12/2018

La croissance américaine devrait freiner en 2019 en raison de l’effacement du coup de pouce fiscal, de la croissance mondiale ralentie, de la hausse du dollar en 2018 et de celle des taux d’intérêt. Une croissance moins rapide donc, mais toujours au-dessus de la croissance potentielle, qui impliquera une politique monétaire prudente. On devrait voir deux hausses de taux au premier semestre 2019, puis une pause le temps d’observer la réaction de l’économie à ces resserrements. Cette situation devrait déboucher sur une désynchronisation monétaire car, au même moment, l’inflation de la zone euro remonterait suffisamment pour que la BCE augmente son taux de dépôt au deuxième semestre 2019. Cette désynchronisation renforcerait l’euro face au dollar. La principale source d’incertitude réside dans les conflits commerciaux qui opposent les États-Unis et l’Europe et, surtout,  les États-Unis et la Chine. Une incertitude persistante en la matière agirait comme un frein à la croissance.

TRANSCRIPT // États-Unis : Vers un ralentissement en 2019 : décembre 2018

FOCUS

 

François Doux : La croissance aux États-Unis devrait ralentir en 2019. Sur l'année 2018, elle devrait atteindre 2,9 %.

William De Vijlder bonjour.

 

William De Vijlder : Bonjour François.

 

François Doux : C'est votre estimation, chez BNP Paribas, de la croissance américaine. En 2019, elle devrait tomber à 2,1 %. Pourquoi ce ralentissement ?

 

William De Vijlder : Tout d'abord, on voit déjà un certain tassement du secteur immobilier à mettre en rapport avec les maisons, qui se sont fortement renchéries, et la remontée des taux d'intérêts bien évidemment.

Au-delà de cet élément, d'autres facteurs pointent vers une croissance moins soutenue - j'insiste sur "moins soutenue" - plutôt qu’une croissance lente parce que l'on restera au-dessus du potentiel en 2019.

 

Un élément, le boost fiscal de cette année, devrait s'essouffler. Son impact, qui a été très important pour le revenu des ménages et surtout les bénéfices des entreprises, va graduellement disparaître. Il y a un ralentissement de la croissance mondiale, et la hausse du dollar a quand même eu un impact négatif sur la compétitivité-prix des entreprises américaines.

On peut également tabler sur une croissance plus lente des bénéfices des entreprises qui devrait donc peser sur l'investissement.

 

François Doux : Est-ce que c'est ce que l'on appelle le « late cycle blues », le blues de fin de cycle ?

 

William De Vijlder : Les économistes en tout cas sont un peu dans cet esprit. Pourquoi ? Parce que ce cycle a commencé à l'été 2009 donc on va en fêter le 10e anniversaire. C’est un nouveau record. On se dit donc que cela ralentira bien un jour et, par conséquent, on ne parle que de cela.

Il se peut bien sûr qu'il y ait des surprises favorables. Par exemple que le chômage continue à baisser, que la productivité accélère. Cela voudrait dire que peut-être la prévision serait trop prudente. On verra.

 

François Doux : Est-ce que, finalement, le président Trump va prendre de nouvelles mesures pour stimuler la croissance ?

 

William De Vijlder : Oui, on ne peut pas l'exclure. Mais c'est bien évidemment un peu plus compliqué maintenant après les élections de mi-mandat. Un autre élément est extrêmement important. Vous parlez de la politique budgétaire, mais on peut également parler de politique monétaire et c'est plutôt vers cela que l'on va regarder. Avec donc un souci, vraiment très important, du côté de la Réserve fédérale, d'éviter de faire le resserrement de trop. C'est pour cela d'ailleurs que monsieur Powell, le président de la Fed, a déjà laissé entendre qu'on se rapproche du taux neutre, ce qui a été salué par les marchés, en disant : « le resserrement cumulé qui nous reste dans ce cycle sera plutôt limité ». En fait, nous tablons pour 2019 sur ces deux resserrements, et puis sur une pause.

 

François Doux : Deux resserrements ?

 

William De Vijlder : Oui

 

François Doux : William, quelles sont les conséquences de cette croissance moindre aux États-Unis pour le reste du monde ?

 

William De Vijlder : Un élément très important réside dans que ce que l'on a vu à de maintes reprises durant le cycle précédent : les États-Unis exportent leur politique monétaire restrictive. Cette fois-ci ce sera assez différent parce que la politique ne sera pas vraiment restrictive.

Un autre élément important est que cela devrait changer la dynamique du dollar. Nous tablons par exemple sur une remontée de l'euro par rapport au dollar avec pour toile de fond un relèvement, par la BCE, de son taux de dépôt après l'été 2019.

 

François Doux : Donc une désynchronisation des politiques monétaires ?

 

William De Vijlder : Une désynchronisation monétaire, qui est un élément important pour l'euro-dollar, mais également pour les devises émergentes et pour les taux émergents. Pourquoi ? Parce qu'un dollar plus faible est une bonne nouvelle d'une manière générale pour les pays émergents.

 

François Doux : Dernière question pour la zone euro : quel sera l'impact de ce ralentissement américain ?

 

William De Vijlder : Cela veut dire que la croissance des exportations vers les États-Unis devrait fléchir un peu parce la croissance est moins soutenue du côté américain. Et il faudra suivre un autre élément : est-ce que la remontée de l'euro va être forte et dans quelle mesure cela va peser sur les exportations ?

Finalement au niveau de la zone euro, on a une estimation de croissance pour 2019 plutôt correcte, à 1,4 %, donc on reste avec une conjoncture bien orientée.

 

François Doux : Plein de statistiques en tout cas à suivre sur l'année 2019. Merci William De Vijlder. Dans un instant, on part en Israël. C'est le Graphique du mois avec Pascal Devaux. On parlera aussi de politique monétaire.

Voir plus de vidéos Eco TV

Sur le même thème

L’inertie de l’inflation américaine 15/03/2019
L’expansion actuelle aux États-Unis a commencé à l’été 2009 mais l’inflation demeure, selon la définition, proche ou inférieure à l’objectif de 2% fixé par la Réserve fédérale.
États-Unis, à propos du retournement de conjoncture 07/03/2019
Les deux premières années de la présidence Trump ont coïncidé avec conjoncture économique dynamique. Les deux dernières risquent d’être plus difficiles.
Réforme du marché hypothécaire américain : un besoin considérable en capitaux privés 27/02/2019
Le président de la commission bancaire du Sénat, Mike Crapo, a esquissé, le 1er février dernier, les contours de son projet de réforme du marché hypothécaire. Celui-ci intègre l’idée que les garanties publiques sont indispensables à la liquidité et à la stabilité du marché mais que l’Etat fédéral ne saurait, à lui seul, assumer l’essentiel des risques de défaut de paiement. Le modèle des titrisations Ginnie Mae* (originateurs et émetteurs multiples) serait généralisé mais le rehaussement de crédit serait confié au seul secteur privé. Ginnie Mae apporterait sa garantie (celle de l’Etat) aux titrisations adossées aux prêts couverts par des garants privés agréés. Les dispositifs de transfert des risques de crédit « non extrêmes » seraient approfondis. Pour limiter l’exposition des contribuables aux risques de crédit, un fonds d’assurance serait créé et abondé par les garants. Selon nous, le volume des capitaux privés à mobiliser pour mener à bien cette réforme serait colossal, d’autant plus s’il s’avérait nécessaire de remettre à flot les garants actuels, Fannie Mae et Freddie Mac (lesquels seraient « reprivatisés »), en épongeant le cumul des pertes et distributions de dividendes ayant excédé leurs fonds propres. * voir Choulet C., Le sort de Fannie Mae et Freddie Mac n’est pas scellé, BNP Paribas, Conjoncture, mars 2018
Atterrissage contrôlé 22/02/2019
Les bonnes surprises conjoncturelles se font rares aux Etats-Unis, puisque seuls les statistiques d’emploi et l’indice ISM des directeurs d’achats ont dépassé les attentes en janvier. Il s’agit néanmoins d’indicateurs solides. En outre, la déception causée par la production industrielle ou les ventes de détail peut avoir eu pour cause des facteurs climatiques (froid extrême) ou ponctuels (shutdown). Pour l’heure, l’atterrissage de l’économie américaine reste sous contrôle.
Négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine : enfin de bonnes nouvelles ? 15/02/2019
Les négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine pourraient aboutir à des résultats concluants à court terme, levant ainsi une importante incertitude pour l’économie mondiale. On peut néanmoins se demander si la conclusion d’un accord ne risque pas d’entraîner une réorientation des échanges au détriment d’autres pays.
La Réserve fédérale prend un virage, mais dans quelle direction? 01/02/2019
La croissance américaine reste forte. Des vents contraires, le fléchissement de données d'enquête et le resserrement des conditions financières placent néanmoins la Réserve fédérale en situation de gestion des risques. Sa politique reste dépendante des données, mais la Fed devra faire preuve de patience avant de décider du prochain mouvement de taux. Une inflation qui reste bien maîtrisée facilite cette attitude attentiste. Les marchés tablent désormais sur un assouplissement de la politique de la Fed en 2020. Cela illustre à quel point l'incertitude pèse sur la confiance.
Etats-Unis : les déficits explosent (suite*) 30/01/2019
Axées sur les ménages les plus aisés, les baisses d’impôts du président Trump n’ont pas toujours été favorables à l’ « America First ». Une célèbre marque de voitures étrangères, identifiables par une statuette à l’avant du capot, annonce avoir battu des records de ventes aux Etats-Unis pour l’année 2018. Elle n’est pas la seule. En voulant doper la demande alors que l’économie était à son potentiel, la politique américaine a eu pour conséquence une hausse généralisée des importations et un creusement du déficit commercial. Désormais proche de 900 milliards de dollars, celui-ci bat des records ; peu sensible à l’inflation des droits de douanes, il s’est surtout creusé vis-à-vis de la Chine. * Voir aussi le Graphique de la semaine en date du 10 octobre 2018
Atterrissage 24/01/2019
L’hypothèse d’un franc ralentissement de l’économie américaine se matérialise chaque jour un peu plus, en raison l’interruption partielle des services fédéraux (shutdown) mais pas seulement. Les désordres créés par la guerre tarifaire avec la Chine, la réappréciation du risque sur les marchés obligataires ou d’actions, l’atterrissage du secteur de l’énergie, l’effritement des indices immobiliers : tout présage d’une conjoncture moins riante. Une appréciation partagée par la Réserve fédérale des Etats-Unis, qui délivre un discours plus prudent, et suspend la remontée des taux directeurs aux publications macroéconomiques à venir.
Etats-Unis : la réallocation des liquidités induite par la réforme des fonds monétaires 16/01/2019
La Securities and Exchange Commission* (SEC) a adopté en 2014 une réforme visant à réduire le champ des fonds monétaires à valeur liquidative constante. Les fonds investis en dette privée (prime funds) ont dû abandonner ce modèle tandis que les fonds investis en dette publique (government funds) ont conservé la possibilité d’émettre des parts à capital garanti**. A partir d’octobre 2015, cette réforme a conduit à une réallocation massive des liquidités placées auprès des prime funds vers les government funds. Les banques étrangères, emprunteuses traditionnelles auprès des prime funds, ont ainsi été privées d’un accès au dollar, tandis que le Trésor américain et les agences fédérales bénéficiaient d’un afflux de ressources. Or, une partie de ces ressources ont in fine été prêtées aux banques américaines. Finalement, au cours des trois dernières années, les ressources allouées de manière directe ou indirecte par les fonds monétaires aux banques américaines se sont accrues de USD 155 mds ; celles en faveur des banques étrangères se sont taries de USD 115 mds. *  organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers ** voir Choulet C., Fonds monétaires américains et financement en dollar, BNP Paribas, EcoFlash, 16 juillet 2018
Le "Powell put" 11/01/2019
Le président de la Fed, Jerome Powell, a récemment souligné que, compte tenu d’une inflation atone, le FOMC ferait preuve de patience et était prêt à modifier rapidement l’orientation de la politique monétaire si les conditions l’exigent. Il estime également que dans leur prise en compte des risques baissiers, les marchés financiers vont bien au-delà des données d’activité. Autrement dit, ils sont trop pessimistes à l’égard de la croissance. Les estimations des prévisionnistes professionnels relatives à la probabilité d’une entrée en récession au cours des prochains trimestres ne font pas davantage ressortir la dynamique caractéristique des périodes de prérécession.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2060 articles et 566 vidéos