eco TV
Évaluer le risque de récession aux États-Unis 08/01/2019

La réaction des marchés et les commentaires de certains dirigeants d’entreprises traduisent leur inquiétude croissante d’une récession à venir aux Etats-Unis. Historiquement, le rythme mensuel des créations d’emplois est un bon indicateur de ce risque.

TRANSCRIPT // Évaluer le risque de récession aux États-Unis : janvier 2019

LE GRAPHIQUE DU MOIS

 

François Doux : Pour le Graphique du mois, nous allons parler du risque d'entrer en récession d'un pays en particulier, les États-Unis.

William De Vijlder, bonjour.

 

William De Vijlder : Bonjour.

 

François Doux : Comment est-ce qu'on évalue de manière traditionnelle le risque d'entrer en récession des États-Unis ?

 

William De Vijlder : L'indicateur préféré des économistes est le taux de chômage et, surtout, sa variation en glissement annuel. Si cette variation devient positive, typiquement dans le passé il y avait une entrée en récession.

 

François Doux : Le problème est que ce taux de chômage signale tout de suite l'entrée en récession or votre travail à vous est de l'anticiper.

 

William De Vijlder : Effectivement « notre boulot » est d'anticiper, donc pour cette raison on va regarder d'autres indicateurs en espérant un signal qui nous montre un risque de probabilité grandissante d'entrée en récession.

 

François Doux : Quels sont ces indicateurs ?

 

William De Vijlder : J'en ai retenu deux très populaires.

Le premier, c'est la ligne rouge, est l'indicateur de sentiment dans le secteur manufacturier des entreprises américaines.  On a pris toutes les récessions depuis 1960 et pour chaque mois, les 24 mois qui précèdent l'entrée en récession, on a calculé l'observation moyenne pour cet indicateur du secteur manufacturier. Cela donne cette courbe moyenne, la courbe rouge. On observe une sorte d'effet de pallier. Donc cet indicateur reste à un niveau plutôt élevé, jusqu'à peu près 10 mois avant l'entrée en récession. Après, il baisse très vite.

 

François Doux : Et quand il passe sous les 50 il y a contraction de l'économie, on entre vraiment en récession. Dix mois avant, on a une information et une courbe bleue. Qu’est-ce qu'elle représente ?

 

William De Vijlder : La courbe bleue est la courbe des créations d'emplois, donc c’est le même exercice. Pour chaque mois, on va calculer en moyenne quelles étaient les créations moyennes d'emplois 24 mois, 23 mois avant, et cætera. On constate une tendance lourde très claire, ce qui en simplifie la lecture.  Ce qui est fascinant c'est que entre 24 mois et 14 mois avant l'entrée en récession, on est dans une fourchette qui est plutôt haute, tandis que là elle est progressivement en baisse. Le point important à signaler c'est que, même un mois ou deux mois avant l'entrée en récession, on est dans une fourchette comprise entre 100 000 à 150 000.

 

François Doux : 100 000 à 150 000 créations d'emplois tous les mois et on peut « tomber » en récession après.

 

William De Vijlder : Oui, c'est cela.

 

François Doux : Dernière question, où en est-on aujourd'hui ? On a des non-farm payrolls  (emplois non agricoles) au mois de novembre 2018. Je remonte un petit peu dans le temps mais l'une des dernières statistiques que l'on a est 155 000 et un ISM manufacturier à 59,3. Donc là on est dans le haut de la fourchette, mais votre conclusion c'est que l'on doit rester prudents ?

 

William De Vijlder : Tout à fait parce que les optimistes vont privilégier un indicateur et les autres vont plutôt regarder les créations d'emplois. Ce qui est clair pour moi, c'est que mon indicateur privilégié permet de suivre le comportement de l'économie américaine en 2019.

 

François Doux : On va le suivre tout au long de l'année 2019. Merci William De Vijlder. Dans un instant, nous parlerons de la conjoncture de la zone euro dans Trois questions à Louis Boisset.

Voir plus de vidéos Eco TV

Sur le même thème

L’inertie de l’inflation américaine 15/03/2019
L’expansion actuelle aux États-Unis a commencé à l’été 2009 mais l’inflation demeure, selon la définition, proche ou inférieure à l’objectif de 2% fixé par la Réserve fédérale.
États-Unis, à propos du retournement de conjoncture 07/03/2019
Les deux premières années de la présidence Trump ont coïncidé avec conjoncture économique dynamique. Les deux dernières risquent d’être plus difficiles.
Réforme du marché hypothécaire américain : un besoin considérable en capitaux privés 27/02/2019
Le président de la commission bancaire du Sénat, Mike Crapo, a esquissé, le 1er février dernier, les contours de son projet de réforme du marché hypothécaire. Celui-ci intègre l’idée que les garanties publiques sont indispensables à la liquidité et à la stabilité du marché mais que l’Etat fédéral ne saurait, à lui seul, assumer l’essentiel des risques de défaut de paiement. Le modèle des titrisations Ginnie Mae* (originateurs et émetteurs multiples) serait généralisé mais le rehaussement de crédit serait confié au seul secteur privé. Ginnie Mae apporterait sa garantie (celle de l’Etat) aux titrisations adossées aux prêts couverts par des garants privés agréés. Les dispositifs de transfert des risques de crédit « non extrêmes » seraient approfondis. Pour limiter l’exposition des contribuables aux risques de crédit, un fonds d’assurance serait créé et abondé par les garants. Selon nous, le volume des capitaux privés à mobiliser pour mener à bien cette réforme serait colossal, d’autant plus s’il s’avérait nécessaire de remettre à flot les garants actuels, Fannie Mae et Freddie Mac (lesquels seraient « reprivatisés »), en épongeant le cumul des pertes et distributions de dividendes ayant excédé leurs fonds propres. * voir Choulet C., Le sort de Fannie Mae et Freddie Mac n’est pas scellé, BNP Paribas, Conjoncture, mars 2018
Atterrissage contrôlé 22/02/2019
Les bonnes surprises conjoncturelles se font rares aux Etats-Unis, puisque seuls les statistiques d’emploi et l’indice ISM des directeurs d’achats ont dépassé les attentes en janvier. Il s’agit néanmoins d’indicateurs solides. En outre, la déception causée par la production industrielle ou les ventes de détail peut avoir eu pour cause des facteurs climatiques (froid extrême) ou ponctuels (shutdown). Pour l’heure, l’atterrissage de l’économie américaine reste sous contrôle.
Négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine : enfin de bonnes nouvelles ? 15/02/2019
Les négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine pourraient aboutir à des résultats concluants à court terme, levant ainsi une importante incertitude pour l’économie mondiale. On peut néanmoins se demander si la conclusion d’un accord ne risque pas d’entraîner une réorientation des échanges au détriment d’autres pays.
La Réserve fédérale prend un virage, mais dans quelle direction? 01/02/2019
La croissance américaine reste forte. Des vents contraires, le fléchissement de données d'enquête et le resserrement des conditions financières placent néanmoins la Réserve fédérale en situation de gestion des risques. Sa politique reste dépendante des données, mais la Fed devra faire preuve de patience avant de décider du prochain mouvement de taux. Une inflation qui reste bien maîtrisée facilite cette attitude attentiste. Les marchés tablent désormais sur un assouplissement de la politique de la Fed en 2020. Cela illustre à quel point l'incertitude pèse sur la confiance.
Etats-Unis : les déficits explosent (suite*) 30/01/2019
Axées sur les ménages les plus aisés, les baisses d’impôts du président Trump n’ont pas toujours été favorables à l’ « America First ». Une célèbre marque de voitures étrangères, identifiables par une statuette à l’avant du capot, annonce avoir battu des records de ventes aux Etats-Unis pour l’année 2018. Elle n’est pas la seule. En voulant doper la demande alors que l’économie était à son potentiel, la politique américaine a eu pour conséquence une hausse généralisée des importations et un creusement du déficit commercial. Désormais proche de 900 milliards de dollars, celui-ci bat des records ; peu sensible à l’inflation des droits de douanes, il s’est surtout creusé vis-à-vis de la Chine. * Voir aussi le Graphique de la semaine en date du 10 octobre 2018
Atterrissage 24/01/2019
L’hypothèse d’un franc ralentissement de l’économie américaine se matérialise chaque jour un peu plus, en raison l’interruption partielle des services fédéraux (shutdown) mais pas seulement. Les désordres créés par la guerre tarifaire avec la Chine, la réappréciation du risque sur les marchés obligataires ou d’actions, l’atterrissage du secteur de l’énergie, l’effritement des indices immobiliers : tout présage d’une conjoncture moins riante. Une appréciation partagée par la Réserve fédérale des Etats-Unis, qui délivre un discours plus prudent, et suspend la remontée des taux directeurs aux publications macroéconomiques à venir.
Etats-Unis : la réallocation des liquidités induite par la réforme des fonds monétaires 16/01/2019
La Securities and Exchange Commission* (SEC) a adopté en 2014 une réforme visant à réduire le champ des fonds monétaires à valeur liquidative constante. Les fonds investis en dette privée (prime funds) ont dû abandonner ce modèle tandis que les fonds investis en dette publique (government funds) ont conservé la possibilité d’émettre des parts à capital garanti**. A partir d’octobre 2015, cette réforme a conduit à une réallocation massive des liquidités placées auprès des prime funds vers les government funds. Les banques étrangères, emprunteuses traditionnelles auprès des prime funds, ont ainsi été privées d’un accès au dollar, tandis que le Trésor américain et les agences fédérales bénéficiaient d’un afflux de ressources. Or, une partie de ces ressources ont in fine été prêtées aux banques américaines. Finalement, au cours des trois dernières années, les ressources allouées de manière directe ou indirecte par les fonds monétaires aux banques américaines se sont accrues de USD 155 mds ; celles en faveur des banques étrangères se sont taries de USD 115 mds. *  organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers ** voir Choulet C., Fonds monétaires américains et financement en dollar, BNP Paribas, EcoFlash, 16 juillet 2018
Le "Powell put" 11/01/2019
Le président de la Fed, Jerome Powell, a récemment souligné que, compte tenu d’une inflation atone, le FOMC ferait preuve de patience et était prêt à modifier rapidement l’orientation de la politique monétaire si les conditions l’exigent. Il estime également que dans leur prise en compte des risques baissiers, les marchés financiers vont bien au-delà des données d’activité. Autrement dit, ils sont trop pessimistes à l’égard de la croissance. Les estimations des prévisionnistes professionnels relatives à la probabilité d’une entrée en récession au cours des prochains trimestres ne font pas davantage ressortir la dynamique caractéristique des périodes de prérécession.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2060 articles et 566 vidéos