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Mesures de soutien et de relance dans les pays émergents et développés

10/07/2020

Pour répondre à la crise économique les autorités politiques et monétaires mettent en place des mesures dédiées dont certaines ont surpris favorablement. Les banques centrales des pays émergents ont commencé timidement à faire de l’assouplissement quantitatif, tandis que les grandes banques centrales des pays développés y ont à nouveau recours massivement.

TRANSCRIPT // Mesures de soutien et de relance dans les pays émergents et développés : juillet 2020

FRANÇOIS DOUX

Bonjour à tous et bienvenue dans ce numéro d'été 2020 d'EcoTV, le magazine des économistes de BNP Paribas.

« Tous contre la récession », c'est le thème de cette émission. Bilans et perspectives à la suite des nombreuses mesures de soutien à l'économie de la part des banques centrales, mais aussi des gouvernements. Pour détailler ce sujet, nous sommes avec le chef économiste William De Vijlder qui va nous parler des pays développés.

Bonjour William.

 

WILLIAM DE VIJLDER

Bonjour François. Ravi de vous retrouver.

 

FRANÇOIS DOUX

Pour parler des pays émergents, nous sommes avec François Faure, le responsable de la zone.

Bonjour François.

 

FRANÇOIS FAURE

Bonjour François.

 

FRANÇOIS DOUX

Et pour parler des banques centrales et de leurs bilans, nous sommes avec le spécialiste de l'économie bancaire, Laurent Quignon.

Bonjour Laurent.

 

LAURENT QUIGNON

Bonjour François, bonjour à tous et ravi de vous retrouver pour ce numéro estival.

 

FRANÇOIS DOUX

Nous sommes tous, comme vous le constatez, à distance. Nous respectons, de fait, les règles de sécurité. On va commencer cette émission avec une question un petit peu plus directe à William De Vijlder, le chef économiste.

William, quelles mesures pour soutenir l'économie et combattre la récession partout dans le monde vous ont le plus surpris au cours de ces dernières semaines ?

 

WILLIAM DE VIJLDER

La liste est assez longue, mais il y en a quand même trois qui sortent du lot. Tout d'abord, la Banque centrale européenne qui, avec son programme d'assouplissement quantitatif spécifiquement dédié à la pandémie, que l'on appelle "Pandemic emergency purchase programme" (PEPP), s’est complètement affranchie des contraintes classiques auxquelles son programme est soumis.

L'autre point, qui a vraiment su créer la surprise, c'est la proposition de la Commission européenne d'émettre de la dette au niveau de l'Union européenne. Qui aurait dit ça il y a six mois ?

Mais aussi le fait que, même dans des pays émergents, on voit maintenant une tendance à l'assouplissement quantitatif.

 

FRANÇOIS DOUX

Justement, nous avons la chance d'avoir François Faure, le spécialiste des pays émergents. François, ce fameux assouplissement monétaire - le « quantitative easing » - est peu courant, comme William l'a dit, dans les pays émergents ?

 

FRANÇOIS FAURE

Oui, c'est encore peu courant. Le quantitative easing se limite à quelques pays pour l'instant, et pour des montants assez limités. L'ordre de grandeur est plutôt de 5% du PIB. Vous voyez que l’on est très loin de ce que cela peut représenter pour les grandes banques des pays développés. C'est une nouveauté comme l'a dit William. D'une part, parce que les banques centrales des pays émergents n'avaient pas, et n'ont toujours pas, la capacité d’inonder en liquidités les marchés monétaires et obligataires, comme ont pu le faire la Réserve fédérale américaine, la Banque centrale européenne ou la Banque du Japon. Les banques centrales des pays émergents se limitaient à stériliser la baisse de leurs réserves de change liée aux sorties de capitaux. C'est à dire que lorsqu'il y a des sorties de capitaux, la liquidité intérieure est ponctionnée et les banques centrales réalimentent en liquidité les marchés.

Et il y a une deuxième raison : d'ordinaire, la résolution des crises de dette souveraine dans les pays émergents passait essentiellement, sinon par des défauts, voire par des restructurations, mais pas par un soutien explicite de la banque centrale.

 

FRANÇOIS DOUX

Est-ce que cela a eu des effets mesurables ?

 

FRANÇOIS FAURE

Oui, cela a eu des effets mesurables. même s’il est difficile de distinguer entre les effets de l'assouplissement monétaire classique, c'est-à-dire la baisse des taux d'intérêt directeur qui a été générale dans quasiment tous les pays émergents et les effets du quantitaive easing . Comme on peut le voir sur le premier graphique, vous avez les rendements obligataires des obligations souveraines dans les pays émergents. On voit qu’actuellement, les niveaux sont encore inférieurs à ce qu'ils étaient à la fin 2019. Donc on n'a pas un renchérissement du coût d'emprunt, en tout cas pour les souverains. Pour répondre plus spécifiquement à votre question, François, sur le deuxième graphique on observe une relation inverse entre l'augmentation de la base monétaire et la détente des rendements obligataires.

 

FRANÇOIS DOUX

Passons à présent aux pays développés. William De Vijlder, le soutien budgétaire, on l'a vu, à bel et bien été présent.

 

WILLIAM DE VIJLDER

Tout à fait. Des mesures très importantes ont été prises, dans un large nombre de pays, assez logiquement étant donné le plongeon de l'activité et la crise sanitaire. En fait, il y a une distinction à faire entre des mesures qui dans un premier temps ont cherché à jouer un rôle d'amortisseur. Parmi ces mesures, on doit surtout mentionner ce qui a été fait pour financer le chômage partiel, mais également pour octroyer des garanties aux entreprises qui avaient des problèmes de trésorerie et qui ont dû faire appel à des crédits bancaires, pour justement répondre à cette demande. Donc ces garanties des gouvernements, des États ont vraiment été très importantes.

Ce qui se prépare maintenant, ce sont des mesures supplémentaires, des mesures de relance donc. On veut vraiment accompagner la relance en cours. Pourquoi ? Parce que nous sommes en phase de déconfinement. Il y a donc une reprise de l'activité, mais surtout de nouvelles mesures pour veiller à ce que cette relance continue dans les prochains mois, les prochains trimestres. Au final, on a donc un impact budgétaire et un impact sur l'endettement considérables. On peut dire, d'une manière générale, qu’en moyenne cela peut atteindre une hausse du rapport dette/PIB de 20 points de PIB sur l'année 2020, ce qui est énorme.

 

FRANÇOIS DOUX

François Faure, dans les pays émergents aussi il y a eu d'autres soutiens budgétaires, j'imagine ?

 

FRANÇOIS FAURE

Oui, tout à fait. Pratiquement tous les pays ont annoncé des plans de soutien. D'ordinaire, on a coutume de dire que la marge de manœuvre budgétaire dans les pays émergents n'est pas la même que dans les pays développés, ce qui est le cas d'ailleurs. Cela dit, pour vous donner quelques exemples de plans de financement qui ont été annoncés hors garantie publique, et qui généralement font gonfler les plans de soutien, le stimulus fiscal est d'un peu plus de 5 points de PIB en Chine, il est de 6 points de PIB au Brésil et en Afrique du Sud, et de 4 points de PIB en Pologne. Ce n'est pas négligeable.

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