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Portugal : la flambée de l’épidémie assombrit les perspectives de reprise

09/02/2021

Le Portugal fait actuellement face à une flambée de cas de Covid-19. Avec la remise en place d’un confinement dur, les prévisions de croissance initialement prévues pour 2021 seront certainement revues à la baisse. Les risques restent importants à la fois sur le court terme et le long terme. Les firmes portugaises semblent néanmoins plus solides aujourd’hui pour faire face à la situation actuelle que lors des crises précédentes, s’appuyant sur un niveau global d’endettement moindre et des taux d’intérêt historiquement bas.

TRANSCRIPT // Portugal : la flambée de l’épidémie assombrit les perspectives de reprise : février 2021

FRANÇOIS DOUX

Focus sur le Portugal, l'un des pays les plus touchés par l'épidémie de coronavirus. C'est l'un des taux pour 100 000 habitants les plus élevés dans le monde.

Guillaume Derrien, bonjour.

GUILLAUME DERRIEN

Bonjour François.

FRANÇOIS DOUX

Le Portugal a reconfiné. Un confinement dur. Les prévisions de croissance pour 2021 ont été revues à la baisse.

GUILLAUME DERRIEN

Oui, exactement. Si on se fie juste aux estimations de la Banque du Portugal, on projette une croissance en 2020 autour de 4%, avant une légère accélération autour de 4,5% en 2022. Mais ce qui est sûr, c'est que ce sera en deçà de ce qu'on aurait pu espérer il y a encore quelques semaines du fait, vous l'avez dit, de la recrudescence de l'épidémie.

FRANÇOIS DOUX

Est-ce que les entreprises portugaises et le marché de l'emploi vont tenir au moment où le soutien de l'État pourrait diminuer ?

GUILLAUME DERRIEN

C'est la grande question. Je citerais un article de la Banque du Portugal publié au mois de janvier, donc très récemment, qui, justement, évalue l'impact de la Covid sur la rentabilité et le stock de dettes à risque pour les entreprises portugaises. Cet article montre que les risques ont augmenté sensiblement du fait de l'épidémie, mais on reste à un niveau de risque qui est en dessous de ce qu'on a pu voir durant les crises précédentes. Il y a deux raisons à cela : la baisse des taux d'intérêts, qui ont fait baisser le poids du remboursement de la dette pour les entreprises, et la tendance au désendettement des entreprises portugaises depuis quelques années. 

FRANÇOIS DOUX

Ce sont des effets plutôt positifs. Mais il existe des risques à court terme pour l'économie portugaise en 2021.

GUILLAUME DERRIEN

Les risques sont sensiblement les mêmes qu’en 2020. Tout d’abord, le fait que l'économie dépende fortement du tourisme international, pour environ 8% du PIB. On peut s'attendre à ce que cette activité reste relativement ralentie, même après la fin de l'épidémie. La seconde concerne les exportations. Le Portugal dépend fortement de la demande européenne, davantage que d'autres pays comme la France ou l'Italie. Le Portugal exporte peu vers la Chine et vers les États-Unis, où la demande est restée plus soutenue. Donc, on peut s'attendre à ce que ce rebond de demande dans ces deux pays profite moins au Portugal qu'à d'autres pays européens.

FRANÇOIS DOUX

Parlons maintenant du moyen-long terme. Quels risques pèsent sur la fameuse croissance potentielle ?

GUILLAUME DERRIEN

Les risques pèsent sensiblement sur l'investissement. Avec la hausse de l'endettement des entreprises et la baisse de leur rentabilité, on peut s'attendre à ce qu’elles dépensent moins en investissement. Le second risque porte sur la hausse de la dette publique. Le Portugal a une dette très élevée et à l'issue de l'année 2020, on peut s'attendre déjà à ce que ce stock de dettes dépasse la barre des 130% du PIB. Ce serait le troisième niveau le plus élevé en Europe.

FRANÇOIS DOUX

Y a-t-il, Guillaume Derrien, quelques raisons d'être optimiste pour l'économie portugaise ?

GUILLAUME DERRIEN

Oui. Le premier élément, c'est la résistance de l'emploi au choc économique. Avec les mesures mises en place par le gouvernement, notamment le chômage partiel, l'emploi n'a baissé que faiblement en 2020 et les prévisions de la Commission européenne pour les deux prochaines années tablent sur un retour du taux de chômage en 2022 à ce qu'il était à peu près en 2019. C'est donc une dynamique qui, si elle se matérialise, reste assez encourageante.

FRANÇOIS DOUX

Vous avez cité aussi le niveau d'endettement du Portugal. Les taux sont quand même très bas. Le Portugal a même emprunté à taux négatif.

GUILLAUME DERRIEN

Exactement. C'est une tendance qui pourrait se prolonger dans les années à venir, en tout cas en 2021 et 2022. Cela permet un poids de la dette relativement amorti par ces taux d'intérêts bas.

FRANÇOIS DOUX

Le plan de relance européen va-t-il profiter au Portugal ?

GUILLAUME DERRIEN

Bien sûr. Le Portugal reçoit environ 7% de son PIB en subventions pour les cinq prochaines années. Donc, ce n'est pas négligeable. Évidemment, cela va aider le Portugal à mettre en place son plan de relance pour les années à venir.

FRANÇOIS DOUX

Le dernier facteur important, on l'a vu en janvier, c'est une relative stabilité politique.

GUILLAUME DERRIEN

Exactement. On l'a vu fin janvier, avec la réélection du président Marcelo Rebelo de Sousa. Et plus globalement, c'est une stabilité gouvernementale qui, à la différence d'autres pays comme récemment l’Italie, permet d'apporter une certaine stabilité, notamment pour les investisseurs.

FRANÇOIS DOUX

Une question bonus pour vous, Guillaume Derrien. Le Portugal va prendre la présidence du Conseil européen. Que doit-on en attendre ?

GUILLAUME DERRIEN

Je pense que ça sera un prolongement de ce que l'on a vu durant la présidence allemande des six derniers mois. Et notamment, le Portugal va tout faire pour pousser la mise en place du plan de relance européen en 2021.

FRANÇOIS DOUX

Lui aussi en a bien besoin. Merci Guillaume Derrien pour ce point sur l'économie portugaise. Dans un instant, le Graphique du mois sur l'inflation avec William De Vijlder.

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