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Les perspectives de reprise pour les mois à venir

10/07/2020

Les indicateurs d’activité et de confiance suggèrent un rebond qui pourrait donner l’illusion d’une situation économique meilleure qu’attendue. Face aux nombreuses incertitudes, la reprise devrait être graduelle.

TRANSCRIPT // Les perspectives de reprise pour les mois à venir : juillet 2020

FRANÇOIS DOUX

Pour terminer, parlons des mois à venir William De Vijlder. Quelles sont les perspectives dans les pays développés ?

 

WILLIAM DE VIJLDER

Nous sommes en phase de reprise. L'activité reprend parce qu'il y a eu le déconfinement. Cela donne un rebond assez fort. On le voit dans les indicateurs d'enquête, même dans certains indicateurs d'activité comme les chiffres de l'emploi, par exemple aux États-Unis. Cela risque de créer l’illusion, qu'au final, c'était un cauchemar qui a duré deux mois et que le soleil est de retour. Je voudrais mettre en garde contre cette impression parce qu'en toile de fond il y a deux dynamiques très importantes qui vont continuer à affecter le profil de la croissance. La première, c'est la détérioration du marché du travail. Les grandes banques centrales de l'euro système estiment qu'en 2021, le taux de chômage sera encore supérieur à celui de 2020, qui a son tour était déjà supérieur à 2019. Aux États-Unis, on a eu une très forte hausse. La grande question c'est : à quelle allure le taux de chômage va baisser ? C'est un facteur important parce qu’il détermine la consommation et la confiance des ménages.

L'autre facteur très important, c'est qu'un très large nombre d'entreprises ont été confrontées à l'augmentation de leur endettement de manière forcée parce que leurs chiffres de ventes avaient complètement chuté ; il est donc fort à parier que ces entreprises vont préférer rembourser la dette plutôt que d'investir. Ces deux facteurs - marché du travail et remboursement de la dette par les entreprises - risquent de peser sur la dynamique de la croissance en 2021.

 

FRANÇOIS DOUX

Rapidement, François Faure. Les perspectives dans les pays émergents, quelles sont-elles ?

 

FRANÇOIS FAURE

Je reprends à mon compte ce que vient de dire William et de façon encore plus accentuée pour les pays émergents parce que, comme vous le savez, la protection sociale dans les pays émergents n’est pas aussi développé que dans les pays développés. Donc le chômage augmente et cela pèse sur la consommation des ménages. Et ce que William a dit sur l'investissement est d'autant plus important pour les pays émergents qu'ils financent pour certains d'entre eux leurs investissements par des investissements directs, qui eux sont à l'arrêt.

La Chine a rebondi. C'est vraiment le seul pays qui est en phase de rebond actuellement. On attend donc une croissance positive pour ce pays, de l'ordre de 1% cette année. Pour les autres grands pays, c'est une autre histoire, notamment en ce qui concerne le Brésil et l'Inde où, vous le savez, la pandémie est loin d'être terminée. Cela va peser durablement ne serait-ce que sur les rebonds techniques que l'on attend des déconfinements. Globalement, la croissance hors Chine va être assez nettement négative, entre -2,5% et -3%. Et pour 2021, on espère à la fois une consolidation de la reprise en Chine et un rebond dans les pays émergents, mais probablement assez limité parce qu'il y a beaucoup d'incertitudes, comme l'a souligné William.

 

FRANÇOIS DOUX

Pour terminer sur le soutien monétaire, Laurent Quignon, a-t-on encore un peu de potentiel ?

 

LAURENT QUIGNON

Il y a toujours un peu de potentiel. Les opérations que je mentionnais vont se traduire par une augmentation de la taille des bilans, et donc de nouvelles opérations de refinancement et une poursuite du quantitative easing. Donc évidemment, il y a encore de la place pour le soutien monétaire et cela éloigne la perspective de la normalisation des bilans des banques centrales. C'est un facteur de soutien à l'économie dans les mois qui viennent, à l'évidence oui.

 

FRANÇOIS DOUX

On va terminer avec William De Vijlder.

William, un mot de conclusion de cet EcoTV.

 

WILLIAM DE VIJLDER

Ce que nous avons vécu est du jamais-vu, dans le sens où c'est une récession complètement atypique, trouvant son origine dans une crise sanitaire mondiale. Le point important est que cela va avoir des conséquences très importantes également sur les stratégies des entreprises, leur manière de s'organiser, de produire, où produire. Le télétravail, bien sûr, est aussi un nouveau facteur. Un autre élément très important, concerne les États, leur intervention qui a été importante et qui était nécessaire. On s'en félicite. Ce facteur va déterminer la politique budgétaire pendant de longues années, parce qu'il faut espérer que ces États essayeront de ramener l'endettement à des niveaux inférieurs à ceux d’aujourd'hui. Ce sont des éléments très importants qui impliquent que pendant plusieurs émissions encore, nous aurons l'opportunité de revenir sur ces conséquences de long terme de la pandémie.

 

FRANÇOIS DOUX

Merci à William De Vijlder, Laurent Quignon et François Faure pour ce numéro estival d'EcoTV. On se retrouve à la rentrée pour faire un bilan de ce qui s'est passé cet été, actualisé bien sûr de vos prévisions.

Merci à tous les trois. À bientôt.

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