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La rentrée économique : malgré le rebond de l’activité, une nécessité de soutien monétaire et budgétaire

10/09/2020
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La performance des valeurs technologiques sur les marchés boursiers nous rappelle que la pandémie de Covid-19 forcera les entreprises à accélérer l’adoption de nouvelles technologies pour gérer leurs coûts et demeurer concurrentielles. La hausse du cours des actions reflète également, entre autres choses, l’attente d’une forte reprise de la croissance au troisième trimestre. Après la baisse considérable d’activité au deuxième trimestre, cela pourrait laisser penser que tout va dorénavant pour le mieux. Une telle conclusion serait manifestement prématurée. L’incertitude demeure omniprésente, en raison du risque sanitaire mais aussi de l’état du marché du travail et de la situation financière de nombreuses entreprises. Dans ce contexte, il est évident que le soutien de la politique monétaire et budgétaire devra se poursuivre.

TRANSCRIPT // La rentrée économique : malgré le rebond de l’activité, une nécessité de soutien monétaire et budgétaire : septembre 2020

FRANÇOIS DOUX

C'est la rentrée.

Dernière ligne droite pour cette année 2020 pour le moins chaotique et peu prévisible, y compris pour les économistes.

William De Vijlder, bonjour.

 

WILLIAM DE VIJLDER

Bonjour François.

 

FRANÇOIS DOUX

Les quatre mois à venir vont être marqués par l'évolution de la pandémie de Covid-19, mais aussi les élections aux États-Unis. On en reparlera dans EcoTV, mais tout de suite, parlons de ce mois de septembre. On a eu, au cours des derniers mois, des indices de valeur technologique. On s’est amusé à créer un indice FANG (Facebook, Amazon, Netflix, Google) qui a battu tous les records. Il y a aussi eu l'entrée symbolique de Salesforce, un éditeur de logiciel de la relation client, en remplacement d’Exxon, dans l'indice Dow Jones, l’indice le plus suivi des 30 valeurs de Wall Street.

Est-ce que cela veut dire que cette nouvelle économie mondiale sera encore plus technologique qu'avant ? En tant qu'économiste, quelle est votre analyse ?

 

WILLIAM DE VIJLDER

Je dirais « sans doute » dans le sens où on ne peut pas arrêter l'innovation technologique. Donc, s’il y a moyen d'être plus sophistiqué, plus digital, plus robotisé, etc. on va le faire d'un point de vue technologique, mais on en a également besoin d’un point de vue économique. Les entreprises qui ont été très fortement secouées par la pandémie vont chercher à améliorer leur rentabilité dans un environnement avec une croissance qui structurellement risque de souffrir de ce choc sanitaire. Ce qui, par la voie de la compression et du contrôle des coûts, devrait donner lieu à un effort de digitalisation, d'automatisation, de robotisation plus poussé.

 

FRANÇOIS DOUX

C’est effectivement pour le moyen-long terme, si j'ose dire. À très court terme, le troisième trimestre qui comprend les mois d'été, on devrait s'attendre quand même à un rebond de l'économie mondiale, à un rebond mécanique ?

 

WILLIAM DE VIJLDER

Tout à fait et vous avez raison d’insister sur le mot « mécanique ». Cela peut créer l’illusion que finalement on a vu le pire. Effectivement on a vu le pire, mais c’est surtout l’illusion que « tout baigne » à nouveau et ça, c'est vraiment une illusion. En fait, le rebond mécanique qui devrait donner lieu à une croissance très importante au T3 n’est qu’un effet miroir de l’effondrement de l'activité au T2. Donc, il faut regarder au-delà, à travers ces chiffres pour vraiment regarder la tendance sous-jacente.

 

FRANÇOIS DOUX

La tendance sous-jacente est néanmoins soutenue par les politiques économiques, tant monétaires que budgétaires, et par les gros efforts faits dès le début de la pandémie. Ce soutien des politiques économiques va-t-il continuer ?

 

WILLIAM DE VIJLDER

Oui, c’est crucial parce que quand, par définition, il existe plusieurs facteurs d'une incertitude très importante, notamment le risque sanitaire, et que l’on a des éléments sur lesquels on a une grande visibilité avec un soutien qui en découle, c’est rassurant. C’est clairement le cas du côté de la politique monétaire, c’est le message de la Fed, de la BCE. On continuera avec cette politique et, au besoin, on fera plus. Donc là, il n’y a aucune ambiguïté. Du côté budgétaire, le message est similaire. En ce qui concerne l'Europe, la zone euro, on a vu les annonces très importantes en Allemagne, dans d’autres pays, puis en France, mais surtout cet accord européen historique avec 750 milliards d’euros qui devront être déployés à partir de 2021. En revanche, c’est du côté des Etats-Unis que le bât blesse. Nous sommes en période pré-électorale, comme vous l’avez dit tout à l’heure, et il est donc extrêmement difficile de trouver un accord entre les démocrates et les républicains ;  c’est un facteur de préoccupation parce que l'économie a besoin d’un nouveau coup de pouce.

 

FRANÇOIS DOUX

Un nouveau coup de pouce. Quels indicateurs allez-vous suivre pour appréhender cette conjoncture en ces temps d'incertitude ?

 

WILLIAM DE VIJLDER

En fait, pourquoi le nouveau coup de pouce est-il important? Parce que l'indicateur-clé n’est pas économique, il est psychologique. C’est la confiance. Mais le problème de la confiance, c’est que l’on s’embarque dans un raisonnement qui est circulaire. Si au départ la confiance est au rendez-vous, les dépenses seront au rendez-vous, la confiance s’améliorera et il y aura d’autres efforts d’investissement plus importants de la part des entreprises, des recrutements, etc… On est là sur la bonne trajectoire. En revanche, si au départ il n’y a pas de confiance, cette visibilité sur la politique économique et la politique budgétaire en particulier est très importante. C’est important pour les ménages, pour qui tout dépend du contexte du marché du travail. Du côté américain, certes les prévisions tablent sur une baisse progressive du chômage, mais cette baisse risque d’être assez lente. Cela crée un contexte relativement difficile pour la consommation des ménages.

Du côté européen, rappelons que les prévisionnistes de l’Union européenne, de la Commission européenne, de la BCE, y compris nous, tablent sur une continuation du chômage dans les prochains trimestres, donc jusqu'en 2021. Cela risque de créer un vent contraire pour l’activité, pour la croissance, par le biais d'une croissance de la consommation plus molle.

 

FRANÇOIS DOUX

Vous parliez de la consommation. Du côté des entreprises, que va-t-on regarder ?

 

WILLIAM DE VIJLDER

Pour les entreprises, le facteur important à suivre est leur santé financière.

Lors d’une première étape, il s’agissait surtout de la problématique de la situation de la trésorerie, de la liquidité, etc. Aujourd'hui, on doit se focaliser sur leur solvabilité. C’est encore une raison pour laquelle ce soutien monétaire, l'environnement de financement très accommodant et le soutien budgétaire sont extrêmement importants.

 

FRANÇOIS DOUX

Donc pour résumer, on va suivre les créations et les destructions d'emplois, les chiffres du chômage et, du côté des entreprises, les faillites. C’est un indicateur tout comme les ratios de solvabilité dont vous nous avez parlé. Merci William De Vijlder.

 

WILLIAM DE VIJLDER

Avec plaisir.

 

FRANÇOIS DOUX

Merci pour ce point sur septembre 2020. On se retrouvera au mois d’octobre pour un nouveau point.

Tout de suite le Graphique du mois. Focus sur l'Espagne avec Guillaume Derrien.

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