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Les turbulences du marché obligataire : causes et conséquences

11/03/2021

Ces derniers mois, les rendements des Treasuries se sont envolés sous l’effet de l’augmentation des anticipations d’inflation. Plus récemment, cependant, la hausse des taux réels a été le principal facteur de la poussée des taux américains, une hausse qui s’explique, à son tour, par la perspective d’une nouvelle relance budgétaire massive.

TRANSCRIPT // Les turbulences du marché obligataire : causes et conséquences : mars 2021

3 QUESTIONS

FRANÇOIS DOUX

C'est le thème central qui a inquiété les marchés financiers depuis le début de l'année : la remontée des taux longs.
William De Vijlder, bonjour.

WILLIAM DE VIJLDER

Bonjour François.

FRANÇOIS DOUX

Vous avez parlé de la colère des marchés obligataires, cela a été repris dans la presse. Première question : quelles sont les causes de cette remontée des taux longs ?

WILLIAM DE VIJLDER

Les causes, ce sont la dynamique inflationniste que les marchés financiers attendent pour les prochains mois et trimestres, mais également la dynamique de la croissance, de la reprise qui va s'accélérer, avec en une toile de fond trois facteurs : une politique très accommodante sur le plan monétaire, le succès des vaccinations aux Etats-Unis et, surtout, le plan de relance à l'horizon de 1 900 milliards de dollars. Les trois – ensemble - vont vraiment donner un coup de fouet important à l'économie américaine.

FRANÇOIS DOUX

On parle surtout de l'économie des États-Unis effectivement, des bons du Trésor à 30 ans notamment. Deuxième question : quelles sont les conséquences à court terme de cette remontée des taux longs ?

WILLIAM DE VIJLDER

Tout d'abord, la conséquence, on l’a vue comme d'habitude, je dirais. Cela a également affecté le marché obligataire ailleurs dans le monde. C'est un sujet d'attention important, notamment au niveau de la zone euro, parce que l'on constate une désynchronisation en termes d'activité économique, en termes de perspectives de reprise de l'activité du côté US par rapport à la zone euro. Mais en même temps, il y a une synchronisation du cycle financier, des cycles obligataires. Cela a provoqué des remarques, des interventions verbales de la Banque centrale européenne.

Même du côté australien, il y a eu des interventions sur le marché obligataire parce qu'ils ont pour politique de cibler un niveau de taux d'intérêts. Ce sont les répercussions mondiales. Au niveau américain, on ne doit pas s'affoler. Pourquoi ? Parce que la dynamique inflationniste est une dynamique lente. On ne doit pas exagérer. Il y a une limite à la repentification que l'on peut attendre de la courbe, en réaction à des craintes inflationnistes, ou encore en réaction à une anticipation d'un resserrement monétaire américain.

FRANÇOIS DOUX

Troisième et dernière question : quelles sont les conséquences à moyen terme de cette remontée des taux longs, qui signifie quand même une baisse des prix des obligations ?

WILLIAM DE VIJLDER

Cela devient beaucoup plus délicat. En fait, ce que l'on constate aujourd'hui est, dans une certaine mesure, assez ironique. On mène depuis des années une politique monétaire extrêmement accommodante parce que l'on désespère de voir plus d'inflation. Aujourd'hui, les conditions sont réunies pour une reprise de l'inflation. Et pourtant, on commence à s'inquiéter. En fait, on s'inquiète toujours. L'inquiétude des marchés obligataires, c'est: « Que va faire la Réserve fédérale ? Comment va-t-elle jouer cette transition d'une politique très souple vers une politique qui commence à être normalisée ? Comment va-t-elle l'annoncer, etc. ». C'est un jeu assez périlleux auquel doit se livrer la Réserve fédérale américaine, avec une nécessité d'être extrêmement prudente dans sa communication.

Pourquoi ? Pour éviter de créer un choc comme en 2013, un choc obligataire provoqué par la Réserve fédérale. Elle veut absolument éviter de recréer un choc qui aurait des conséquences néfastes sur les marchés financiers, la Bourse bien évidemment, mais également sur l'économie réelle. On pense aux marchés du logement, donc de l'immobilier, mais également aux conditions de financement des entreprises.

FRANÇOIS DOUX

La référence, ces taux longs américains pour le reste de l'économie.

WILLIAM DE VIJLDER

C'est exact.

FRANÇOIS DOUX

Merci William De Vijlder pour ce point. À suivre, bien sûr, cette évolution des taux longs. On se retrouve au mois d'avril pour un nouveau numéro d'EcoTV.

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