eco TV Week

À propos de la hausse des prix de l’énergie

22/10/2021

La hausse des prix de l’énergie qui accompagne la reprise est d’une ampleur inédite.

Alors que son caractère inflationniste fait débat, elle souligne la dépendance encore trop importante des économies au carbone et l’impératif de transition énergétique.

Jean-Luc PROUTAT

TRANSCRIPT // À propos de la hausse des prix de l’énergie : octobre 2021

Alors que, grâce aux vaccins, le combat contre l’épidémie de coronavirus avance, les préoccupations du quotidien refont surface, au premier rang desquelles, pour de nombreux français, l’alourdissement de la facture énergétique.

#Mésestimation

Si ce mouvement accompagne la reprise économique et marque le contrecoup des baisses exceptionnelles de 2020, son ampleur a été largement mésestimée.

La France, comme l’ensemble des pays d’Europe, se trouve confrontée à une flambée des cours mondiaux des hydrocarbures, sans précédent depuis 42 ans.

Les prix de l’énergie qui en résultent dépassent ainsi largement leurs précédents pics, atteints en 2018.

#Etirement

Le choc, en outre, s’étire dans le temps. Alors que les stocks, en particulier ceux du gaz, sont plutôt bas et que la demande augmente à l’approche de l’hiver, tout laisse penser que les prix vont rester sous tension.

#Ruptures

Avec la pénurie de composants – là encore un phénomène mondial – le coût élevé de l’énergie entraine des arrêts de production dans certaines filières (comme par exemple, la chimie) et des ruptures dans les chaînes d’approvisionnement.

#Contagion ?

Au stade final de la consommation, il se traduit par des niveaux d’inflation que l’on a peu l’habitude de voir, supérieurs à 3% en zone euro, ou à 5% aux États-Unis.

Il y a certes, derrière ces chiffres, des facteurs techniques tels que des effets de base ou des relèvements de TVA, appelés à se dissiper.

Mais au-delà, la question qui se pose est celle d’une éventuelle contagion, des prix de l’énergie vers l’ensemble des prix, puis de l’ensemble des prix vers l’ensemble des salaires, dans ce que les banques centrales ont coutume d’appeler un « effet de second tour ».

#Inertie

S’enclencherait alors une véritable boucle inflationniste, propre à modifier le régime très modéré des dernières années.

Pour l’heure, il est difficile d’affirmer que la hausse se généralise.

Il y a bien des tensions sur les prix en dehors du poste « énergie », mais elles restent assez concentrées sur les postes sensibles à la pandémie, tels les voyages ou l’hôtellerie restauration.

D’autres prix, comme ceux attachés à la santé, aux loyers, ou aux télécommunications, conservent une certaine inertie.

#Médiation

La pénurie de main d’œuvre en sortie de crise pousse à revaloriser certains salaires mais aussi à accélérer la transition numérique, sans que l’on puisse dire au final, si cela est inflationniste.

Dans ses perspectives d’automne, le Fonds Monétaire International ne conclut pas à une rupture de tendance, tout en reconnaissant qu’elle devient plus incertaine.

L’énergie étant une dépense contrainte, son renchérissement risque surtout, à court terme, de rogner le pouvoir d’achat des ménages et d’entrainer un arbitrage, une médiation, au détriment d’autres dépenses.

#Inégalité

Il creuse aussi les inégalités, puisque l’on sait que ce sont les ménages modestes qui consacrent la plus grande partie de leur budget à se chauffer ou encore à se déplacer professionnellement.

Ainsi, pour les chefs d’État et de gouvernements de l’Union Européenne, le risque n’est-il pas tant inflationniste que social.

#Contreparties

Ils se réunissent précisément cette semaine à Bruxelles pour discuter des contreparties à apporter. En France, où un gel des prix réglementés a déjà été décidé, il est de plus en plus question d’une distribution de chèques énergie ciblés.

#Hiatus

Quant aux taxes, qui représentent une grande partie de la facture – 60% du prix de carburants en France – leur baisse pourraient être politiquement difficile à interpréter à quelques jours de la prochaine Conférence sur climat, qui doit se tenir à Glasgow le 1er novembre.

#Enseignements

Une fois n’est pas coutume, l’Agence internationale de l’énergie consacre l’intégralité de son dernier rapport à l’évènement, retenant notamment la taxation du carbone comme moyen d’accélérer la transition énergétique. Si l’Agence constate des progrès dans le déploiement des énergies renouvelables, elle déplore aussi leur lenteur ; elle rappelle qu’en 2020, les énergies fossiles représentent encore 80% du mixte énergétique mondial.

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