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Accord commercial États-Unis – Chine : retour au calme, pour l’instant

17/01/2020

La première phase de l’accord commercial que les États-Unis et la Chine viennent de passer met fin, du moins pour l’instant, à la montée des tensions de ces dernières années.

William DE VIJLDER

TRANSCRIPT // Accord commercial États-Unis – Chine : retour au calme, pour l’instant : janvier 2020

Partie 1

La montée des tensions a des conséquences délétères sur le plan économique

L'accord commercial entre les États-Unis et la Chine signé cette semaine met fin, au moins temporairement, à trois ans et demi de tensions croissantes. Lors de la campagne électorale de juin 2016, Donald Trump avait présenté un programme pour lutter contre des pratiques commerciales de la Chine qu'il qualifiait de déloyales. Les premières hausses tarifaires américaines ont eu lieu en janvier 2018, mais elles ne visaient pas spécifiquement la Chine. Les premières hausses visant la Chine uniquement sont intervenues au printemps 2018, entraînant des représailles chinoises dans les mois suivants.

Après la trêve conclue en décembre 2018 à Buenos Aires, les négociations commerciales menées en mai 2019 se sont soldées par un échec, entraînant des hausses tarifaires supplémentaires qui ont fait des ravages sur les marchés financiers en août. Finalement, un accord de phase 1 a été annoncé en décembre dernier.

Deux années de hausses réciproques des tarifs ont fait passer le tarif moyen sur les exportations chinoises vers les États-Unis de 3,1% à 21% et sur les exportations américaines vers la Chine de 8,0% à 21,1%. Elles ont eu des répercussions majeures sur le commerce bilatéral, entraînant une forte baisse des exportations chinoises vers les États-Unis. Elles ont également entraîné un détournement des flux d’échanges et contraint les entreprises à réorganiser leurs chaînes de valeur. Selon une étude récente de la Réserve fédérale, « les industries manufacturières américaines les plus exposées aux augmentations tarifaires connaissent une baisse relative de l'emploi, car les effets favorables de la protection contre les importations sont compensés par des effets néfastes plus importants liés à la hausse des coûts des intrants et des tarifs de rétorsion. La hausse des tarifs est également associée à une augmentation relative des prix à la production via la hausse des coûts des intrants.

En d’autres termes, une guerre tarifaire n’est pas une bonne idée.

Partie 2

Enfin un accord

Cela a pris beaucoup de temps, mais un accord commercial de 86 pages a finalement été conclu. La Chine s'est engagée à acheter 200 milliards de dollars de marchandises américaines supplémentaires sur deux ans : biens manufacturés (avions, automobiles et pièces automobiles, machines agricoles et dispositifs médicaux), énergie, achats agricoles, services. La Chine ouvrira plus largement son secteur des services financiers aux entreprises américaines. Elle s'est engagée à ne pas utiliser sa monnaie pour influencer les flux commerciaux. En retour, les États-Unis ont annulé des hausses tarifaires prévues et réduiront également de moitié le droit de douane à 7,5% sur environ 120 milliards USD de produits chinois.

L'accord est exécutoire, et basé sur un processus de règlement des différends, ce qui renforce sa crédibilité. Il s'agit d'un accord de phase 1, ce qui signifie qu'il reste encore beaucoup de points à négocier pendant la deuxième phase (notamment les droits de propriété intellectuelle ou les subventions pour les entreprises publiques).

Partie 3

Que se passe-t-il ensuite ?

Très récemment, les États-Unis, l'Union européenne et le Japon ont proposé de nouvelles règles commerciales mondiales pour limiter les subventions, en particulier aux entreprises du secteur public. Ils estiment que ces subventions faussent les échanges. Ils soumettront leurs propositions à l'OMC et tenteront d'obtenir le soutien des membres de l'OMC. La Chine est clairement ciblée.

Le président Trump a déclaré qu'il pourrait attendre pour négocier un accord de phase 2 avec la Chine après les élections de 2020. Il pense qu'il pourra obtenir un règlement plus favorable s'il attend jusqu'à fin novembre. 

En d’autres termes, il pense pouvoir adopter une attitude plus dure lors des négociations si elles ont lieu après les élections plutôt qu'avant. Cela signifie, en fonction du résultat des élections, que les craintes d'une guerre commerciale pourraient à nouveau faire la une des journaux à la fin de l’année.

Merci d'avoir regardé EcoTV Week et je vous invite à nous rejoindre à nouveau la semaine prochaine.

 

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