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Angola : sous la supervision du FMI

18/10/2019

Dans un contexte de transformation économique, l’Angola a renoué ses relations avec le FMI à fin 2018. Cependant, le programme d’aide coïncide avec des faibles perspectives à court terme.

Sara CONFALONIERI

TRANSCRIPT // Angola : sous la supervision du FMI : octobre 2019

Au-delà de la transition politique, l’Angola vit depuis deux ans une vraie transformation économique avec des réformes pour améliorer le climat des affaires, une refonte du secteur des hydrocarbures et une nouvelle politique de change. Le gouvernement a aussi renoué ses relations avec le Fond monétaire international et conclu, en décembre 2018, un accord de crédit sur trois ans.

Une légère reprise est attendue à court terme, après trois ans de récession. Mais la croissance devrait rester faible en 2019 pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, le secteur pétrolier, qui est la principale source de croissance, de recettes fiscales et de revenus en devises, souffre depuis 2015 de la baisse de la production. Celle-ci est  due à l’arrivée à maturité des gisements et à l’absence de nouvelles opportunités d’exploration.

De plus, l’environnement international est difficile (hausse de la volatilité des prix du pétrole, tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine, le principal partenaire commercial de l’Angola). Dans ce contexte, le gouvernement cherche à soutenir le secteur privé, mais les contraintes pour accéder aux devises pèsent sur la dynamique d’ensemble.

Le pays utilise ses devises pour importer le pétrole raffiné et rembourser sa dette.  Or, le service de la dette a triplé depuis 2014, entretenant une pénurie des réserves de change. Malgré l’abandon de l’ancrage du kwanza au dollar en janvier 2018, l’accès aux devises reste difficile. Après avoir perdu 40% contre le dollar en 2018, le kwanza a encore enregistré une dépréciation de 15% depuis le début de l’année, et se négocie très cher sur le marché parallèle.

Le gouvernement a également engagé des réformes budgétaires mais sa marge de manœuvre reste mince car le ratio dette publique/PIB a plus que doublé au cours des quatre dernières années. Le gouvernement cherche à développer le marché primaire de titres en monnaie locale, et il incite les entreprises publiques à réduire leur endettement. Un programme de privatisations est également envisagé. La dette publique devrait diminuer l’année prochaine, mais elle reste très vulnérable au risque de change et au repli des prix du pétrole.

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