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BCE : moins biaisée mais la prudence reste de mise

09/03/2018

Malgré l’abandon de son orientation accommodante, le ton de la BCE demeure « dovish » : l’inflation sous-jacente reste modérée et la politique monétaire est plus réactive que proactive. L’insistance de Mario Draghi sur le ralentissement de l’effort de réforme en 2017, l’accent mis sur la nécessité de finaliser l’Union bancaire et l’Union des marchés de capitaux (UMC), ses inquiétudes à l’égard du protectionnisme, etc. expliquent la prudence de la Banque centrale.

William DE VIJLDER

TRANSCRIPT // BCE : moins biaisée mais la prudence reste de mise : mars 2018

Lorsqu’on regarde un film dont on connaît déjà la fin, c’est que toute la dimension dramatique réside dans la manière dont l’intrigue est menée.

Il en va de même de la politique de la BCE : le marché s’accorde largement sur le fait que la Banque centrale européenne mettra un terme à l’assouplissement quantitatif à la fin de l’année. La question que chacun se pose est donc celle de la date à laquelle l’annonce en sera faite et la manière dont cela va influencer les orientations relatives aux taux d’intérêt.

La réunion d’hier n’ayant pas apporté de réponse, le suspense va se prolonger jusqu’à la suivante.

Cela n’a rien d’étonnant. La BCE procède par petits pas et les réunions d’avril, juin et juillet offrent bien des opportunités. Elle n’attendra probablement pas la réunion de septembre pour communiquer ses décisions sachant que le programme d’assouplissement quantitatif expire à la fin de ce mois.

Il est par ailleurs judicieux de se laisser du temps, car cela permet de disposer de plus d’informations sur l’inflation. Après tout, les décisions de politique monétaire, y compris les orientations relatives au taux d’intérêt, sont désormais dépendantes de la conjoncture.

La réunion d’hier a néanmoins apporté un élément de surprise : le Conseil des gouverneurs a renoncé à son orientation accommodante, c’est-à-dire à son engagement à renforcer ou prolonger le programme d’assouplissement quantitatif en cas de détérioration des perspectives d’inflation.

Cette information, contenue dans le communiqué de presse, a déclenché une légère hausse de l’euro et des rendements obligataires.

Les décisions adoptées montrent que la BCE est désormais plus confiante. Les éventualités mentionnées en 2016, lorsque l’orientation accommodante a été introduite, sont à présent si improbables qu’elles pourraient également être retirées.

On notera que Mario Draghi s’est employé à minimiser l’importance de la décision : elle procède d’un examen rétrospectif et ne modifie en rien la fonction de réaction de la Banque.

Dans l’ensemble, le ton reste très « dovish » pour ce qui concerne la politique monétaire. L’accent est implicitement mis sur la dépendance des décisions à l’égard de la conjoncture : « la politique monétaire est réactive et non proactive » pour citer le Président.

En revanche, le ton est toujours aussi dur sur plusieurs autres points :

  • Le ralentissement des efforts de réforme en 2017
  • La nécessité urgente de finaliser l’Union bancaire et l’Union des marchés de capitaux
  • Les inquiétudes suscitées par le protectionnisme
  • etc.

Pour autant que la croissance soit robuste, la liste des risques et incertitudes reste longue. Et la situation ne semble pas près de changer.

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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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