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BCE : vers le retour du QE ?

06/09/2019

Et si les mesures prises n’étaient pas à la hauteur des promesses ? Depuis cet été, la communication de la Banque centrale européenne (BCE) laisse espérer un ensemble de mesures qui devraient être annoncées lors de sa réunion du 12 septembre.

William DE VIJLDER

TRANSCRIPT // BCE : vers le retour du QE ? : septembre 2019

Et si les mesures prises n’étaient pas à la hauteur des promesses ? Depuis cet été, la communication de la Banque centrale européenne (BCE) laisse espérer un ensemble de mesures qui devraient être annoncées lors de sa réunion du 12 septembre.

Plus récemment, certains membres du Conseil des gouverneurs ont défendu une approche plus prudente et progressive, en particulier concernant la relance du programme d’assouplissement quantitatif (QE). Une fois que les annonces auront été faites, l’attention se portera sur l’efficacité de ces mesures : les taux sont déjà très bas et les liquidités sont abondantes. De plus, des mesures monétaires ne peuvent être d’une grande utilité lorsque le principal frein pesant sur la croissance reste une incertitude omniprésente.

Des attentes fortes

La réunion du Conseil des gouverneurs du 12 septembre sera la plus importante depuis longtemps. À Sintra, tout d’abord, à la fin du mois de juin, puis au cours de la conférence de presse qui a suivi, un message très clair a été délivré avec la reconnaissance explicite du niveau trop bas de l’inflation. En outre, les comités de l’Eurosystème ont été chargés d’examiner un large éventail de mesures.

Puis il y eut l’interview accordée par Olli Rehn, gouverneur de la Banque centrale finlandaise, au Wall Street Journal. Ce dernier, dans un message au ton très accommodant, s’est livré à une analyse détaillée des outils dont dispose la BCE. Enfin, dans le compte rendu de la réunion de la BCE au mois de juillet, l’accent a été mis sur la nécessité de considérer les diverses options comme un tout pour être plus efficace. Il n’en fallait pas davantage pour nourrir les attentes.

Bémol

Récemment, les doutes ont plané sur le contenu de l’ensemble de mesures envisagées. Jens Weidmann, président de la Bundesbank, a déclaré qu’il n’y avait pas de raison de paniquer, et il a mis en garde contre tout « activisme », autrement dit un assouplissement frénétique de la politique monétaire dans une approche « au bazooka ». Pour sa part, le président de la Banque centrale néerlandaise a récemment déclaré que l’état de l’économie ne justifiait pas une reprise du programme de rachats d’actifs. Quant à François Villeroy de Galhau, président de la Banque centrale française, il a comparé les instruments dont dispose la BCE aux instruments d’un orchestre : chacun joue sa partition, ils ne doivent pas tous jouer en même temps ou avec la même intensité.

 

À terme : le retour du QE ?

En d’autres termes, la probabilité d’une reprise du QE a diminué en l’espace de quinze jours. L’accent serait alors mis sur la baisse, largement attendue, du taux de dépôt, le « tiering » (exonération pour un certain pourcentage du bilan), ainsi que sur la « forward guidance », qui serait davantage liée à l’état de l’économie. Dès lors, le taux directeur n’augmenterait pas tant qu’un niveau d’inflation suffisant n’aura pas été atteint.

Le Conseil des gouverneurs pourrait également annoncer un assouplissement conditionnel : il se dit prêt à relancer le programme d’achat d’actifs dans un avenir relativement proche si les conditions économiques le justifient.

Une fois que les annonces faites, l’attention se portera rapidement sur leur efficacité attendue. La zone euro n’est pas, à proprement parler, confrontée à des contraintes de liquidités. Dès lors, dans quelle mesure un assouplissement supplémentaire stimulera-t-il l’activité et l’inflation ? La question sera au cœur du débat. Par ailleurs, l’inaction face au ralentissement économique, qui pèsera sur la dynamique de l’inflation, pourrait entamer la crédibilité de la BCE  qui a choisi de cibler l’inflation. Mais la fin du ralentissement de la croissance dépend davantage de la manière dont évoluera l’incertitude (conflit commercial entre les États-Unis et la Chine, Brexit) que du niveau des taux d’intérêt.

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