eco TV Week

Baisse du PIB en zone euro : le pire n’est pas encore passé

06/05/2020

Le PIB de la zone euro s’est contracté de 3,8% au T1 2020, en variation trimestrielle. Au T2 2020, un consensus émerge : la croissance économique devrait être nettement plus négative. La BCE continuera d’adopter une approche flexible face à cette crise. 

Louis BOISSET

TRANSCRIPT // Baisse du PIB en zone euro : le pire n’est pas encore passé : mai 2020

Le PIB de la zone euro s’est contracté de 3,8% au T1 2020, en variation trimestrielle. Cette contraction est plus forte que celle observée au T1 2009.

Les réactions des autorités face au choc sanitaire ont été différentes, influencées par l’ampleur du choc épidémique. À première vue, l’impact sur l’économie est tout particulièrement fort tandis que l’Allemagne serait plus épargnée. Attention toutefois, au-delà des questions méthodologiques, il s’agit ici d’une première estimation de croissance des instituts statistiques nationaux qui, compte tenu des difficultés actuelles doivent être considérer avec précaution. Nous en saurons davantage lors des secondes estimations, des révisions devraient alors intervenir.

Au T2 2020, un consensus émerge : la croissance économique devrait être nettement plus négative. En effet, la durée du confinement sur ce trimestre est plus longue qu’au T1, la situation sur le marché du travail se dégrade fortement avec une baisse marquée des heures travaillées. De plus, la confiance des agents économiques, ménages et entreprises chutent offrant des perspectives de demande particulièrement dégradées.

Au total, l’impact de cette crise sur l’ensemble de l’année 2020 sera massif mais reste incertain. Selon des estimations récentes de la Banque centrale européenne, la contraction du PIB réel en zone euro serait comprise entre 5% et 12% selon le scénario retenu. Dans le pire des scénarios, le niveau du PIB resterait ainsi pendant longtemps inférieur à son niveau de fin 2019, avant la crise.

Le rebond dépendra de nombreux facteurs et notamment des mesures apportées par la politique monétaire et budgétaire. La Banque centrale européenne joue à ce titre un rôle important. Après plusieurs annonces fortes depuis mi-mars, la BCE a fait de nouvelles annonces lors de sa réunion u 3 avril dernier. Les taux assortis aux TLTROs ont été abaissés tandis qu’une nouvelle série d’opération d’urgence de refinancement ont été actées. Le chef économiste Philip Lane a récemment indiqué que ces mesures permettraient d’assurer de bonnes conditions de liquidité sur tous les segments et de préserver le bon fonctionnement du marché monétaire. La BCE restera flexible face à une crise dont une partie des conséquences reste incertaine et face au risque d’une fragmentation financière en zone euro.

Voir plus de vidéos Eco TV Week

Sur le même thème

Un rebond, mais la route est encore longue 03/07/2020
Le pire est-il derrière nous ? À court terme, c’est le message que semblent envoyer les dernières informations économiques conjoncturelles des mois de mai et juin dont nous disposons. Après avoir atteint des niveaux historiquement faibles au mois d’avril, les indicateurs d’activité ont enregistré un rebond en mai et, dans une ampleur plus importante encore, au mois de juin. Ce rebond était attendu, malgré les règles sanitaires toujours en place, compte tenu de la fin de la période de confinement dans les États membres de la zone euro. Toutefois, la situation économique reste détériorée par rapport à une situation normale (sans pandémie) [...]
La masse monétaire enregistre sa plus forte croissance depuis 2009 03/06/2020
La masse monétaire M3 a poursuivi son accélération en avril dans la zone euro (+8,4% en glissement annuel, après +7,5% en mars), enregistrant sa plus forte croissance annuelle depuis le début de 2009. Le rythme de progression mensuelle de l’agrégat monétaire, qui avait atteint, en mars, son niveau le plus élevé (+2,5% cvs) depuis la création de la zone euro, s’est toutefois assagi en avril (+1,2% cvs). Il  demeurait néanmoins trois fois supérieur à sa tendance de long terme (+0,4% m/m). Si le crédit au secteur privé reste de très loin la première contrepartie de M3, le crédit aux administrations publiques a le plus fortement contribué à l’accélération de la masse monétaire depuis le début de l’année 2020, sous l’influence notamment de l’intensification de son programme d’achat de titres souverains par l’Eurosystème (67 milliards d’achats cumulés en mars et en avril 2020). En dépit de cette forte croissance de la masse monétaire, l'estimation préliminaire publiée par Eurostat suggère un nouveau recul de l’inflation de la zone euro en mai 2020 (+0,1%, son plus faible niveau depuis juin 2016) sous l’effet des mesures de confinement et de l’effondrement des prix de l’énergie.
Les premiers signes d’un redressement timide 29/05/2020
Cela ne fait plus guère de doute : la croissance économique en zone euro sera nettement plus dégradée au 2e trimestre que celle observée au 1er trimestre (-3,8% en variations trimestrielles, t/t). Toutefois, la détérioration semble être globalement enrayée. Après le timide redressement perceptible dans  l’indice des directeurs d’achats (Purchasing Managers Index, PMI) de mai, l’indicateur de sentiment économique (ESI), pour ce même mois, semble également indiquer que le creux en zone euro est derrière nous. Après avoir touché un point bas historique en avril 2020 (64,9), l’ESI s’est légèrement redressé à 67,5 en mai [...]
La confiance au point bas ? 27/05/2020
La confiance des ménages reste un déterminant clé de la reprise économique. La détérioration (ressentie ou anticipée) du marché du travail a pesé sur le moral des consommateurs européens : en avril, l’indice de la Commission européenne sur les anticipations de chômage dans la zone euro était à son pire niveau depuis onze ans (63,0). Cependant, les indices des directeurs d’achat (PMI) confirment une activité moins déprimée en mai qui pourrait, à terme, entraîner un certain rétablissement de la confiance des ménages. Le graphique ci-dessous montre, en effet, que l’indice de la Commission européenne est fortement corrélé avec le sous-indice PMI de l’emploi. Bien qu’il reste à un niveau historiquement bas, ce dernier a enregistré une hausse en mai. La réouverture des commerces, restaurants et de certains lieux culturels pourrait également permettre à l’activité économique et au moral des ménages de se rétablir davantage dans les prochaines semaines.
A chaque pays, sa reprise économique 20/05/2020
La vigueur du rebond post-crise dépendra des caractéristiques propres à chaque économie, de la réponse budgétaire apportée mais également du niveau d’intégration du pays aux chaînes mondiales de valeur. Certaines économies de la zone euro présentaient, avant la crise du Covid-19, des vulnérabilités plus fortes. Un niveau de dette ou de chômage élevé pourrait ainsi freiner la dynamique de sortie de crise. Sur le plan interne, les structures sectorielles, de l’emploi et de la consommation seront déterminantes. Une trop forte dépendance au tourisme, secteur durablement affecté, pèserait notamment sur la reprise. Sur le plan externe, un redémarrage lent du commerce mondial pénaliserait les économies les plus ouvertes. Par ailleurs, les disruptions apparues dans les chaînes mondiales de valeur, pendant cette crise, pourraient plus longuement affaiblir les économies les plus intégrées.
Récession dans la zone euro : cette fois sera-t-elle différente ? 18/05/2020
Les facteurs clés de l’incertitude pendant une récession sont la durée qu’elle aura et le rythme de la reprise qui s’ensuivra.  La récession de 2008 a duré longtemps et le retour à la croissance a été très graduel. La récession actuelle est beaucoup plus profonde, mais devrait également être de plus courte durée car elle trouve son origine dans la pandémie : une fois le confinement levé, l’activité devrait reprendre mécaniquement. Selon la Commission européenne, la reprise devrait également être plus rapide qu’en 2009.
Les multiples facettes de la proportionnalité en politique économique 07/05/2020
Dans son jugement rendu le 5 mai, la Cour constitutionnelle allemande demande au Conseil des gouverneurs de la BCE de démontrer que les objectifs de politique monétaire de son programme d’achat de titres du secteur public  ne sont pas disproportionnés par rapport aux effets de politique économique et budgétaire de ce programme. Dans la plupart des cas, les politiques monétaire, économique et budgétaire se renforcent mutuellement. Pour évaluer l’adéquation de la politique monétaire, il convient de tenir compte de l’orientation des politiques économique et budgétaire. La nécessité d’une bonne transmission à toutes les juridictions, ainsi que la probabilité et l’ampleur des risques de perte extrême (tail risks), dus à des mesures de politique économique insuffisantes, doivent également être prises en compte.
Impulsion du crédit : le coronavirus entraîne une hausse inédite de la demande de financement des entreprises mais pèse sur celle des ménages 30/04/2020
L’impulsion du crédit bancaire dans la zone euro s’est très sensiblement redressée en mars 2020 dans la zone euro (+1,6%, contre -0,4% en février), dans un contexte de recul du PIB au premier trimestre (-3,3% t/t-4 versus +1,0% t /t-4 au quatrième trimestre 2019), l’activité du mois de mars ayant été lourdement pénalisée par les différentes mesures nationales de confinement appliquées en mars. Partant d’un taux de croissance annuel à la fois dynamique et relativement stable depuis l’été 2018 (+3,7% en février), les encours de crédit bancaire au secteur privé ont enregistré une accélération particulièrement sensible en mars (+5,0%)...
Un biais désinflationniste à court et moyen terme ? 27/04/2020
La crise du Covid-19 va entraîner une forte contraction du PIB de la zone euro. Toutefois, son effet sur l’inflation est incertain. L’impact sur la dynamique des prix pourrait être désinflationniste à court terme, tandis qu’un consensus ne semble pas se dégager à moyen terme. En mars, l’inflation totale en zone euro a nettement diminué, sous l’effet aussi de la baisse des prix de l’énergie. La destruction d’une partie du capital productif pourrait contraindre l’offre à moyen terme, tandis que les politiques publiques soutiendraient la demande, favorisant ainsi l’accélération des prix. Le déficit de demande par rapport à l’offre potentielle pourrait, à l’inverse, maintenir un biais désinflationniste en zone euro.
Un choc nouveau, massif et incertain 07/04/2020
La pandémie de Covid-19 précipite la zone euro dans une récession a priori courte mais marquée. Après une année et demi compliquée sur le plan économique, la zone euro semblait faire preuve de résilience et commençait même à montrer des signes de stabilisation. Le choc actuel - à la fois d’offre, de demande et d’incertitudes - vient complètement modifier les prévisions. Les mesures sanitaires prises, nécessaires pour endiguer la propagation du virus, créent les conditions d’une récession. Les décideurs, sur le plan monétaire et budgétaire, ont réagi vite et de manière jusqu’ici relativement appropriée. Toutefois, le profil du rebond de l’activité reste inconnu et sera déterminant afin d’évaluer les dégâts globaux causés par la pandémie.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2454 articles et 632 vidéos