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Boucle prix-salaires : un risque faible mais sous surveillance

13/05/2022

Dans les débats économiques actuels, l’enclenchement éventuel d’une boucle prix-salaires est un sujet d’inquiétude. Pourtant, dans un premier temps et dans un environnement normal (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, il est vrai), une boucle prix - salaires n’est pas problématique en soi. 

Hélène BAUDCHON

TRANSCRIPT // Boucle prix-salaires : un risque faible mais sous surveillance : mai 2022

Dans les débats économiques actuels, l’enclenchement éventuel d’une boucle prix-salaires est un sujet d’inquiétude. Pourtant, dans un premier temps et dans un environnement normal (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, il est vrai), une boucle prix - salaires n’est pas problématique en soi. C’est, au départ, le signe d’un fonctionnement normal, attendu de l’économie, lorsque plus de croissance, moins de chômage, entraînent les prix et les salaires à la hausse dans une boucle auto-entretenue.

Ce qui est redouté, notamment par la banque centrale, c’est l’emballement de la machine, lorsque les revendications salariales – pour compenser la perte de pouvoir d’achat due à l’inflation – et les hausses de prix des entreprises – pour compenser les coûts salariaux (et les prix des intrants) plus élevés – s’alimentent et se renforcent mutuellement. Alors, la boucle prix-salaires devient une spirale problématique. Pour éviter l’emballement, l’ancrage des anticipations d’inflation est déterminant. Il agit comme une force de rappel qui aide à contenir la boucle prix-salaires.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Les conditions sont réunies pour des hausses de salaires plus importantes (taux de chômage bas, difficultés de recrutement, envolée de l’inflation, niveau plus confortable des taux de marge des entreprises). Cette accélération est visible aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Dans la zone euro, elle reste à venir mais elle pourrait commencer à se matérialiser dans le courant du second semestre. Une boucle prix-salaires est-elle pour autant enclenchée ou en passe de l’être ? C’est difficile à dire.

L’accélération des salaires n’est qu’une première étape : les signes d’un effet retour sur l’inflation, et à nouveau sur les salaires et ainsi de suite, sont encore incertains. Certes, les entreprises semblent disposer d’un plus grand pricing power. Une élévation des anticipations d’inflation semble aussi se dessiner et doit être surveillée. La revalorisation des salaires minimums ici et là dans la zone euro peut également donner le sentiment d’un début de boucle prix-salaires. Mais si c’est le cas, cela reste sage pour le moment.

D’après un indicateur avancé expérimental des salaires de la BCE, les hausses contenues dans les accords salariaux récents atteignent 3% en 2022 et 2,5% en 2023. C’est nettement plus que durant les 10 dernières années mais ce n’est pas non plus un rythme inconsidéré et il n’y pas trace d’emballement. Mais pour maintenir ancrées les anticipations, la BCE ne doit plus tarder à agir : elle s’apprête à amorcer, en juillet, la remontée du taux de dépôt. A quel rythme et jusqu’où ? Nous aurons l’occasion d’y revenir dans de futurs numéros d’EcoTV week. Merci de votre attention. Rendez-vous la semaine prochaine pour une nouvelle émission.

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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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