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Chine : un moteur à l'arrêt

12/11/2021

En Chine, les secteurs de l’immobilier et de la construction constituent depuis longtemps un puissant moteur de la croissance. Or, l’activité s’y est contractée au trimestre dernier. Cette correction risque de durer, avec des conséquences importantes sur le reste de l’économie.

Christine PELTIER

TRANSCRIPT // Chine : un moteur à l'arrêt : novembre 2021

Les raisons de la crise des secteurs de l’immobilier et de la construction

Le facteur déclencheur de la crise des secteurs de l’immobilier et de la construction a été l’important durcissement du cadre prudentiel et des conditions d’octroi du crédit depuis l’été 2020.

En effet, les autorités cherchent à désendetter le secteur immobilier après plus d’une décennie de croissance rapide sans grande discipline financière. Les promoteurs immobiliers ont donc subi un désendettement forcé, puis fait face à la baisse des ventes de logements depuis juillet 2021. Leurs problèmes de trésorerie se sont donc accrus rapidement.

Après Evergrande en septembre, plusieurs autres entreprises du secteur ont annoncé des retards de paiements. Les difficultés se sont diffusées à leurs fournisseurs, investisseurs et clients. Les projets de construction ont fortement chuté au dernier trimestre et le prix moyen des logements a commencé à fléchir.

 

Des canaux de transmission plus sectoriels que financiers

Les effets de la crise de l’immobilier sur le reste de l’économie sont importants. Les secteurs de l’immobilier et de la construction représentent 15% du PIB au sens strict, et 25% à 30% si l’on intègre les industries indirectement liées telles que le ciment, l’acier ou l’ameublement.

Du côté de la demande : l’investissement va ralentir, l’immobilier comptant pour près d’un quart de l’investissement total. Les dépenses des collectivités locales devraient être contraintes par la baisse de leurs recettes issues des ventes de terrains. Les ménages devraient subir des effets de richesse négatifs, l’immobilier représentant environ 60% de leurs actifs.

Enfin, le risque de transmission de la crise de l’immobilier sur le reste de l’économie via le canal financier a augmenté. On ne s’attend pas à une crise systémique, et les autorités continuent d’agir pour stabiliser la liquidité du secteur financier. En revanche, les créanciers vont être plus sélectifs, ce qui devrait pénaliser les secteurs les plus endettés et qui ne bénéficient pas de mesures de soutien des autorités.

 

Inquiétudes à court terme

A court terme, la correction sur le marché immobilier devrait se prolonger. Certes, les derniers mois ont montré les dangers pour l’activité d’un changement trop brutal de la politique économique, et les autorités devraient procéder à des réglages ciblés pour contenir la crise. Quelques-uns de ces ajustements ont été annoncés ces derniers jours, avec par exemple un léger assouplissement des conditions sur les prêts hypothécaires et des prix planchers pour les logements dans certaines provinces.

Cependant, Pékin devrait garder ses objectifs de rééquilibrage du marché immobilier et de réduction des risques financiers. Les conditions de crédit devraient rester restrictives dans le secteur. De plus, une extension de la taxe foncière est envisagée ; elle vise, entre autres, à limiter la spéculation. Enfin, les dynamiques démographiques en Chine vont contribuer au ralentissement structurel du secteur immobilier.

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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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