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Colombie : Numéro d’équilibriste

17/05/2019

La meilleure tenue de l’économie colombienne tranche avec les incertitudes politiques.

Salim HAMMAD

TRANSCRIPT // Colombie : Numéro d’équilibriste : mai 2019

En Colombie, l’économie se porte mieux

La croissance économique, après avoir atteint son plus bas niveau en 2017 depuis la crise financière, s’est accélérée en 2018 pour s’établir à 2,7%. La croissance a été tirée par la consommation privée mais a surtout été marquée par un rebond de l’investissement brut qui restait déprimé depuis plusieurs années. Le commerce extérieur net aura toutefois contribué à freiner la croissance. La reprise de la demande intérieure ayant conduit à une forte accélération des importations alors même que les exportations ralentissaient.

Depuis le début de l’année, l’activité économique se tient bien mais peine à gagner en dynamisme pour le moment. D’après les chiffres publiés cette semaine par les autorités, la croissance au premier trimestre a affiché un rythme semblable à celui observé en 2018. Les perspectives à court terme demeurent toutefois bien orientées. La consommation des ménages devrait continuer de bénéficier de facteurs de soutien tels que la hausse du crédit et la progression des salaires réels grâce notamment à des pressions inflationnistes contenues. L’investissement  devrait pour sa part devenir un moteur plus important de la croissance, porté notamment par la baisse de l’impôt sur les sociétés, la remontée des prix du pétrole ainsi que la hausse des dépenses d’investissement prévue par Ecopetrol.

Les marges de manœuvre pour augmenter les dépenses publiques, notamment d’infrastructure, restent pour le moment limitées étant donné l’impact budgétaire de la crise des migrants vénézuéliens, le poids des dépenses obligatoires, et le besoin de se conformer à l’objectif de déficit établi par la règle budgétaire.

La position extérieure du pays reste saine malgré la détérioration de fond de certains postes des comptes externes. 

Après s’être amélioré de 3 points de PIB entre 2015 et 2017, le déficit du compte courant s’est à nouveau dégradé en 2018. Cette dynamique s’explique notamment par le creusement du déficit commercial porté par les performances décevantes des exportations hors énergie mais elle reflète surtout la hausse des importations des biens d’équipement à l’origine de la reprise de l’investissement.  

Malgré le fort ralentissement des flux d’investissements directs et de portefeuille observé en 2018, la couverture des besoins de financements du pays devrait être bien assurée à moyen terme. Le pays demeure une destination attractive pour les investissements directs étrangers notamment dans le secteur énergétique, les transports et les télécoms. L’appétit des non-résidents pour le marché local de la dette souveraine ainsi que le marché actions reste par ailleurs vif.

La dynamique d’endettement extérieur est toutefois à surveiller même si les niveaux restent modérés

La dette externe en pourcentage du PIB a en effet doublé depuis 2012 pour s’établir à 40% du PIB en 2018. Les risques de liquidité sur les engagements en devises demeurent toutefois bien contenus. La dette externe à court terme est en effet couverte par les réserves de change et le rollover sur la dette externe de moyen et long terme se fait bien. Par ailleurs, le programme d’accumulation des réserves de change engagé par le gouvernement depuis septembre 2018 devrait permettre de raffermir un peu plus la liquidité extérieure du pays, qui, au demeurant reste confortable.

Les améliorations observées sur le plan économique contrastent toutefois avec des incertitudes sur le plan politique.

Depuis sa prise de fonction en août 2018, le président Duque a dû faire face à de multiples vents contraires :

  • On dénombre notamment l’afflux massif de migrants en provenance du Vénézuéla, mais aussi l’attentat perpétré en janvier contre une école de police à Bogotá par l’ELN.
  • A ceci il faut ajouter des mouvements de contestation populaire contre la corruption, la baisse des subventions sur les carburants et l’énergie ainsi que contre la réduction des dépenses dans l’éducation.
  • Par ailleurs, la volonté du Président Duque de modifier l’accord de paix signé  avec les FARC en 2016 laisse planer le doute quant à la trajectoire future du pays.

Dans ce contexte tendu, et alors même que le gouvernement entretient des relations difficiles avec le Congrès, le Président Duque devra trouver un équilibre entre son désir de raffermir la croissance colombienne - objectif affiché de sa campagne - sans toutefois raviver les craintes de voir le climat sécuritaire se dégrader.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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