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Commerce international : les perturbations des échanges restent fortes

29/10/2021

Conséquence d’un rebond important de la demande mondiale en 2021, le commerce international est sous très fortes tensions. Ces perturbations mettront du temps à se dissiper, avec des conséquences déjà visibles sur le fonctionnement des chaînes de valeur et sur le prix de certains biens ou matières premières.

Guillaume DERRIEN

TRANSCRIPT // Commerce international : les perturbations des échanges restent fortes : octobre 2021

Les fortes tensions qui s’exercent actuellement sur le commerce mondial ne devraient à priori pas se résorber de sitôt. Les perspectives restent encore floues, mais certains estiment qu’un retour « à la normal » ne se fera pas avant la fin de l’année 2022, voir 2023 pour les plus pessimistes. Les principales tensions se portent au niveau du trafic maritime, qui concentre près de 90% des échanges de biens mondiaux, ce qui en fait évidemment de loin, le moyen de transport le plus utilisé devant le ferroviaire, l’aérien ou le terrestre. Les images de saturation des ports de la côte ouest américaine ou des ports de Shanghai et Ningbo en Chine sont assez explicites des difficultés actuelles.  

 

Comment en est-on arrivé là ?

La première raison c’est tout d’abord, la reprise forte et quasi-synchronisée de la demande mondiale au sortir du « grand confinement » de 2020. Conséquence de cette demande forte, des goulets d’étranglement ainsi que des pénuries de containers et de main d’œuvre sont apparus. Malgré des efforts logistiques importants, la demande en conteneur peine à être satisfaite.

À cette forte demande est venue s’ajouter des interruptions d’activité dans certains ports chinois, liées à la recrudescence des contaminations à la Covid-19. Le port de Ningbo, troisième port mondial, a ainsi été fermé plusieurs jours au mois d’août.  

Pour contrer ces problèmes, des efforts importants sont déployés. D’autres ports plus éloignés des grands carrefours maritimes sont davantage mobilisés : le port de Jacksonville, en Floride ; plus proche de nous ce sont les ports du Havre ou de Dunkerque qui reçoivent davantage de cargaisons, en raison de l’encombrement à Rotterdam ou à Anvers. Il y a également le recours plus important, quand c’est possible, au transport ferroviaire et routier. Tout ceci ne permet cependant pas de compenser les blocages existants sur les axes maritimes majeurs.

Quelle est la situation à l’heure actuelle ?

Les tensions restent donc très fortes. Même si on dénote en octobre, un certain repli des coûts de transport, sur le fret sec notamment, les niveaux restent encore très élevés, et font suite à une envolée des prix, qui ont approximativement triplé depuis le début de l’année 2021.  Les indices PMI de Markit, qui évaluent chaque mois la confiance des entreprises, montrent que les délais de livraison de biens manufacturés se rallongent et seraient aujourd’hui plus important que lors du confinement en 2020.

Quelles conséquences ? 

Conséquence en partie de ce phénomène, le volume des échanges mondiaux, s’est tassé ces derniers mois, même s’il reste à des niveaux très élevés, entre 3% et 4% au-dessus des niveaux constatés avant la pandémie.

Ces tensions sur le commerce accentuent le renchérissement, déjà conséquent, de certains biens, alimentaire notamment (le blé notamment), ou encore certains matériaux (cuivre, coton). Si cette hausse venait à impacter trop sérieusement les marges des entreprises, il y aurait un effet également sur les prix à la consommation.

Peut-on espérer une atténuation des difficultés d’acheminement dans les prochaines semaines ?

Dans le court terme, cela semble peu probable. L’approche des fêtes de fin d’année devrait s’accompagner, d’une augmentation de la demande.

Deux facteurs, non souhaitables, pourraient il est vrai atténuer ce phénomène. La première, le scénario noir, serait que l’épidémie regagne du terrain à l’échelle mondiale et que les pays se retrouvent obligés d’instaurer à nouveau des mesures de restrictions d’activité. Autre facteur qui peut jouer : la Chine. Si la croissance du pays venait à ralentir davantage, cela impacterait ses importations. La Chine en 2019 c’est 11% des importations mondiales de biens selon les chiffres du FMI.

Ces scénarios ne sont pour l’instant pas ceux qui prévalent et les tensions sur le commerce mondial devraient donc encore perdurer pour plusieurs semaines encore.

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