eco TV Week

Conséquences économiques du coronavirus

07/02/2020

L’épidémie de coronavirus constitue un cas d’école de choc exogène. Il nous oblige à repenser notre scénario de la croissance des prochains mois à la lumière des répercussions sur l’offre et la demande.

William DE VIJLDER

TRANSCRIPT // Conséquences économiques du coronavirus : février 2020

1ère partie

Un choc de la demande

L’épidémie de coronavirus constitue un cas d’école de choc exogène. Il nous oblige à repenser notre scénario de la croissance des prochains mois à la lumière des répercussions sur l’offre et la demande.

Du côté de la demande, on distingue plusieurs canaux de transmission. La consommation des ménages est impactée parce que les gens sont contraints de rester chez eux, constatent un manque à gagner, s’interrogent et, par voie de conséquence, reportent leurs achats importants. Le secteur des voyages pâtit également, à l’instar des achats de biens étrangers avec des importations par conséquent en berne. Les dépenses publiques devraient augmenter, en partie par des investissements en infrastructure de soins de santé, mais également et peut être surtout,  pour soutenir la croissance (par le biais aussi d’une baisse de la fiscalité ou d’incitations fiscales). L’investissement des entreprises diminuera du fait de la baisse de la demande, mais surtout de la montée des incertitudes. Les entreprises repousseront probablement leurs investissements jusqu’à ce qu’elles soient suffisamment certaines que l’épidémie ne s’étendra pas davantage. La baisse des importations et le déclin du tourisme constituent un effet de contagion direct pour les économies du reste du monde. Enfin, les exportations pourront pâtir de la situation du côté de l’offre.

 

2ème partie

Un choc de l’offre

La production diminue car la demande est en berne, et les usines, les magasins et les bureaux ferment. Les chaînes de valeur mondiales ont des répercussions internationales, d’autant que les effets de substitution seront limités à court terme, les consommateurs préférant attendre plutôt que de changer de marque, ou simplement parce qu’il est impossible de réorganiser la chaîne de valeur au pied levé. En outre, s’agissant d’un choc temporaire, la logique économique paraît ténue. Autre conséquence, un déstockage massif.

 

3ème partie

Comment sera la reprise ?

Les estimations de l’impact sur la croissance sont très hypothétiques. On estime que le SRAS a amputé la croissance du PIB de Hong Kong de 2,6% pour l’ensemble de l’année 2003, et celui de la Chine de 1%. Aux États-Unis, l’impact a été minime (0,07%).

Bien sûr, la situation n’était pas la même qu’aujourd’hui : la taille de l’économie chinoise et l’importance de la Chine dans l’économie mondiale étaient beaucoup plus réduites, le tourisme représentait une fraction de ce qu’il pèse aujourd’hui et la Chine est beaucoup plus présente aujourd’hui dans les chaînes de valeur mondiales.

Autrement dit, le coronavirus aura plus d’impact que le SRAS, mais dans quelle mesure ? Cela dépend en grande partie des hypothèses retenues.

L’épidémie de coronavirus intervient à un moment particulièrement inopportun : les enquêtes montrent que l’économie mondiale était en train d’amorcer une reprise, qui sera très probablement contrariée, voire anéantie, en fonction des pays ou secteurs d’activité.

La question-clé est de savoir combien de temps l’économie sera affectée et quel type de reprise on peut escompter une fois que l’épidémie aura commencé à refluer.

En ce qui concerne la première partie de la question, les marchés financiers semblent d’avis que l’épidémie sera rapidement contrôlée, et qu’il est donc crucial que le nombre quotidien de victimes chute durablement dans un délai relativement court.

S’agissant de la seconde partie de la question, le type de reprise que l’on peut escompter, certains éléments militent pour une reprise de la demande en V. Les stocks, après avoir considérablement chuté, devront être reconstitués. On peut aussi s’attendre à un phénomène de rattrapage de la consommation, même si ce sera probablement moins le cas pour le tourisme.

À moyen terme, l’offre pourrait en outre pâtir d’un rééquilibrage des chaînes de valeur mondiales, les entreprises pouvant s’estimer trop dépendantes d’un seul pays pour leurs entrants intermédiaires.

À court terme, nous devons nous préparer à une inflexion des statistiques en février et en mars. Par conséquent, les enquêtes de conjoncture d’avril seront déterminantes pour estimer si l’on aura alors touché le fond en termes d’impact économique.

Merci de regarder EcoTV Week et rendez-vous la semaine prochaine.

Voir plus de vidéos Eco TV Week

Sur le même thème

Le pire est-il passé ? 07/04/2020
La population et l’économie chinoises ont été les premières frappées par l’épidémie de coronavirus. L’activité s’est brutalement et fortement contractée pendant le mois de février, pour repartir ensuite très progressivement. Alors que la situation du côté de l’offre devrait se normaliser au T2, le choc de demande va se prolonger. Aux effets de la perte de revenus qu’entreprises et ménages viennent de subir vont s’ajouter ceux de l’effondrement de la demande mondiale. Les autorités ont encore des moyens d’intervention conséquents pour aider au redressement de l’économie. Les finances du gouvernement central ne sont pas menacées. En revanche, après le choc sur la croissance, la hausse attendue de l’endettement aggravera à nouveau les vulnérabilités du secteur financier.
Arrêt soudain et généralisé, reprise graduelle et inégale 07/04/2020
La pandémie de Covid-19 a provoqué un arrêt brutal de l’activité économique dans un nombre croissant de pays. Ce coup de frein a eu des répercussions internationales avec la baisse du commerce extérieur et la hausse de l’aversion au risque des investisseurs. Celle-ci a déclenché une quête mondiale effrénée de liquidité en dollar ainsi que des sorties de capitaux dans les pays en développement. Les grandes économies ont réagi en prenant des mesures énergiques de politique monétaire et budgétaire. L’évolution à court terme de la demande et de l’activité dépendra entièrement de la durée et de la sévérité du confinement des populations. Une fois qu’il sera levé, la reprise sera probablement progressive et inégale. L’action des pouvoirs publics devra évoluer, les mesures d’aide face à la pandémie cédant la place aux mesures de relance de la croissance, avec des finances publiques encore mises à l’épreuve.
Les PMI confirment le plongeon de l’activité économique mondiale 25/03/2020
Les indices PMI publiés cette semaine offrent un premier aperçu de l’ampleur du choc économique lié au Covid-19. Les indices composites pour le Japon (35,8), l’Allemagne (37,2), la France (30,2), le Royaume Uni (37,1) et les États-Unis (40,5) plongent en mars. Le PMI composite pour la zone  euro est le plus bas jamais enregistré (31,4). La détérioration est particulièrement marquée pour les sous-indices liés à l’emploi et aux commandes de biens et services. Les chiffres pour le mois d’avril, tout en restant à des niveaux historiquement bas, pourraient diverger de plus en plus entre les régions. En Asie de l’Est, la demande intérieure devrait commencer à se redresser avec un début de reprise de l’activité en Chine. À l’inverse, la propagation de l’épidémie s’accélère aux États-Unis, en Inde et en Afrique, et les mesures de confinement restent en place dans de nombreux pays européens.
Chine : contraction économique attendue au T1 2020 18/03/2020
Les derniers indices PMI l’avaient annoncé : la production industrielle chinoise a fortement baissé en janvier-février, chutant de 13,5% par rapport à la même période l’an dernier. A cette baisse s’est ajoutée une contraction très sévère des exportations (-18% en glissement annuel), de l’investissement (-24,5%) et des volumes de ventes au détail (-23,7%). Un tel effondrement de l’activité est inédit en Chine, qui devrait afficher une contraction de son PIB réel au T1 2020. L’activité reprend progressivement depuis quelques jours, et un rebond de la croissance est attendu au T2 2020, en partie soutenu par les mesures de relance des autorités. L’ampleur du redressement risque néanmoins d’être sévèrement limitée par les répercussions de la crise sanitaire et économique qui s’étend en Europe et dans le reste du monde.
Conséquences économiques de l'épidémie de covid-19 : incertitude omniprésente, reprise retardée 12/03/2020
L’épidémie de coronavirus constitue un triple choc de demande, d’offre et d’incertitude. Elle a des effets indirects sur les cours du pétrole et les conditions financières, ce qui devrait finir par peser sur la croissance. La chute brutale des prix du pétrole, en l’absence d’un accord sur des baisses de production au sein de l’OPEP+, aggrave la situation. Les pays producteurs sont particulièrement touchés et la pression financière sur les entreprises du secteur croît (en particulier pour les plus endettées), tandis que la demande souffre de l’épidémie et du manque de visibilité. La timide amélioration des enquêtes de conjoncture de fin 2019 a été interrompue. Les dernières données indiquent une forte détérioration en Chine et à Hong Kong. Ailleurs, la réaction est globalement limitée mais cela ne devrait pas durer. La Réserve Fédérale a renoué avec une politique d'assouplissement agressive. La Banque d’Angleterre lui a emboîté le pas et BCE devrait en faire de même. Les gouvernements ont pris des mesures différentes très ciblées. Une fois le pic de l’épidémie passé et la propagation du virus stoppée, la reconstitution des stocks et une demande refoulée devraient soutenir la croissance mondiale. La politique monétaire très accommodante devrait aider. Cependant, le timing de la reprise dépend entièrement de la manière dont évoluera l'épidémie.
L’économie des crypto-« monnaies » 11/03/2020
On dénombrerait, selon les sources, entre 1600 et 3000 crypto-« monnaies » à l’échelle mondiale. Ces crypto-actifs peinent à remplir les trois fonctions économiques d’une véritable monnaie et ne peuvent donc pas être considérées comme telle. Si leur degré de  développement - somme toute modeste - en limite aujourd’hui les effets économiques, leur  expansion pourrait présenter des risques en matière de transmission de la politique monétaire, de création monétaire et de stabilité financière. Plusieurs banques centrales voient dans l’introduction de « monnaies digitales de banque centrale » (MDBC) une réponse à ces enjeux. Or, loin d’être de simples substituts aux crypto-« monnaies » privées, ces MDBC présentent des risques qui leurs sont spécifiques en matière de stabilité financière, en particulier celui de ruée bancaire « digitale ». L’éventualité de leur introduction et leurs modalités doivent, à notre sens, faire l’objet d’une analyse méticuleuse.
La conjoncture mondiale après le choc du coronavirus 10/03/2020
Les résultats des enquêtes macroéconomiques réalisées depuis l’apparition de l’épidémie ont été jusqu’à présent rassurants, mais, dans les prochaines semaines, les données sur l’activité et les dépenses devraient refléter l’impact négatif. Il s’agit néanmoins d’un choc temporaire. Dès que les perturbations des chaînes d’approvisionnement auront diminué et que la demande aura redémarré, l’activité va rebondir. Les mesures de relance, déjà annoncées en Chine, devraient aller dans ce sens.
Le coronavirus : quel rôle peut jouer la politique économique ? 06/03/2020
La baisse des taux de la Réserve fédérale ainsi que la promesse d’intervention d’autres banques centrales et de ministres des Finances posent la question de savoir dans quelle mesure la politique économique peut réagir à l’épidémie.
Coronavirus : propagation internationale et risques de perte extrême (tail risk) 28/02/2020
La propagation internationale du coronavirus oblige à en repenser les conséquences pour l’économie mondiale. L’effet marginal de la diffusion de l’épidémie devrait, a priori, être assez limité. La réaction des marchés financiers a, cependant, été très négative. Cette envolée de l’aversion au risque reflète la crainte d’une sous-estimation des conséquences économiques ainsi qu’une plus grande prise en compte du risque de perte extrême (tail risk). Ce phénomène d’ « accélérateur financier » pourrait, à son tour, contribuer à la détérioration des perspectives de croissance.
Chine : la banque centrale vient en aide aux entreprises touchées par le coronavirus 26/02/2020
Un grand nombre de secteurs sont fragilisés par les effets de l’épidémie sur la demande des consommateurs, les réseaux de transport, les flux de touristes et les chaines de production industrielle. Depuis un mois, la Banque centrale de Chine a multiplié les mesures d’assouplissement des conditions monétaires et de crédit afin de soutenir les entreprises, de faciliter la couverture de leurs besoins de trésorerie et d’encourager une reprise rapide de l’activité. Elle a injecté des liquidités dans le système financier, abaissé les taux d’intérêt – taux monétaires, taux sur les facilités de financement à moyen terme et taux de référence sur les prêts – et annoncé des prêts spéciaux pour les entreprises directement affectées par les conséquences du coronavirus. Le taux moyen pondéré sur les prêts bancaires, en baisse depuis le T2 2018 (de 5,94% à 5,44% à fin 2019 en termes nominaux), devrait donc se réduire encore au S1 2020. L’accélération des financements à l’économie pourrait néanmoins rester très modérée.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2376 articles et 603 vidéos