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Croissance turque : ne pas abuser des bonnes choses

10/09/2021

La Turquie a enregistré une croissance élevée au 2ème trimestre 2021 par rapport au même trimestre de 2020. Si le rebond est naturel, en comparaison d’une période où le confinement était de mise, son ampleur reste majeure. Toutefois, cette croissance ne va pas sans quelques péripéties : la principale d’entre elle est l’inflation qui dépasse actuellement les 19%.

Stéphane Colliac

TRANSCRIPT // Croissance turque : ne pas abuser des bonnes choses : septembre 2021

La Turquie ne cesse de surprendre à la hausse en termes de croissance. En 2020, sa devise a subi plusieurs périodes de dépréciation marquée, le 2ème trimestre a été le théâtre d’un confinement relativement strict et la saison touristique a tourné court. Qu’à cela ne tienne, le pays a quand même enregistré une croissance de 1,8% là où l’essentiel des autres pays enregistrait une performance négative.

En 2021, à nouveau, la croissance est forte. Le 2ème trimestre en témoigne avec un gain de 21,7% par rapport à l’an passé, certes marqué par un confinement. Il reste que Turquie frisera probablement avec une performance à deux chiffres sur l’ensemble de l’année 2021, ce dont très peu d’autres pays pourront se targuer. Une performance notable à mettre au crédit d’une forte hausse des prêts bancaires intervenue à la mi-2020 et qui a principalement financé une croissance de l’investissement.

Lorsqu’on sait que le pays sortait auparavant de près de deux ans de baisse de l’investissement, que l’on s’inquiétait de l’impact de cette baisse sur la croissance potentielle que le pays allait finir par être à même de générer, l’effort apparait profitable.

Attention toutefois à ne pas répéter les mêmes rendements décroissants que l’or des précédentes vagues d’investissement, lorsque ce dernier ne s’était pas accompagné par des gains de productivité équivalents, exposant le pays à un creusement de son déficit commercial concomitant à sa croissance économique.

De plus, qui dit relance par le crédit dit souvent inflation, par le biais de la création monétaire additionnelle que cela suppose. Et quand le taux de change s’en mêle, avec la forte dépréciation de la livre observée en 2020, l’inflation s’accroit encore, pour atteindre plus de 19% au mois d’août 2021.

Cette dynamique qui ne s’interrompt pas et le geste d’assouplissement monétaire mis en œuvre en juillet laissent entendre que ce diptyque croissance-inflation devrait rester de mise en Turquie, avec les risques que cela suppose.

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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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