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Derrière les chiffres, l’incertitude

24/05/2019

À première vue, les prévisions de printemps du FMI, de la Commission européenne et de l’OCDE tablent sur une croissance correcte, sans plus. En y regardant de plus près, c’est l’inconfort qui découle des analyses.

William DE VIJLDER

TRANSCRIPT // Derrière les chiffres, l’incertitude : mai 2019

Au-delà des chiffres, l’inconfort

Au cours des six dernières semaines, le FMI, la Commission européenne et, en début de semaine, l’OCDE, ont publié leurs perspectives détaillées.

Dans l’ensemble, les chiffres semblent corrects. L’économie devrait ralentir aux États-Unis, mais à partir d’un niveau élevé de sorte que la croissance devrait encore être supérieure ou légèrement supérieure au potentiel l’année prochaine.

Dans la zone euro, la croissance devrait être légèrement meilleure, aux environs de 1,5 %. 

Cependant, à en juger par les titres, la prudence, pour ne pas dire l’inconfort, l’emporte.

Le FMI titre ainsi : «?L’expansion mondiale s’essouffle?», «?Déclin des forces cycliques dans les économies avancées?» et «?Redressement précaire dans les marchés émergents et les économies en développement?».

De son côté, le titre des prévisions de printemps de la Commission européenne semble plus factuel : «?La croissance se poursuit à un rythme plus modéré?».

Les Perspectives économiques de l’OCDE paraissent plus pessimistes et se ramènent à un appel à l’action : «?Face à une économie mondiale fragile, une action coordonnée s’impose d’urgence?».

Une observation d’autant plus étonnante que les prévisions de l’OCDE pour les États-Unis se situent à 50 pb environ au-dessus des autres (2,8 % cette année, 2,3 % l’année prochaine) alors qu’elles sont conformes à celles du FMI et de la Commission pour la zone euro.

Les causes de ce malaise, sur lesquelles les organisations s’accordent, sont bien connues. Pour n’en citer que quelques-unes : le ralentissement du cycle d’investissement des entreprises, du commerce mondial, le rééquilibrage de l’économie chinoise, les hausses de droits de douane, etc.

Incertitude politique

À l’évidence, l’incertitude politique n’est pas étrangère au ralentissement observé depuis le début de l’année dernière, une incertitude qui permet, encore plus, de comprendre pourquoi les perspectives sont plus difficiles à évaluer.

Quand le Brexit aura-t-il lieu si tant est qu’il ait lieu et quelle sera la future relation avec l’UE des 27?? Nous n’avons toujours pas la réponse à la question.

L’accord tant espéré entre les États-Unis et la Chine n’a pas été trouvé, bien au contraire.

Concernant les relations commerciales entre les États-Unis et l’Union européenne, la seule bonne nouvelle est le report par les États-Unis d’éventuelles hausses des tarifs douaniers.

Estimation des chocs

Les simulations réalisées par l’OCDE dans ses Perspectives économiques sur les effets des différents chocs sont particulièrement intéressantes.

Les droits de douane imposés par les États-Unis et la Chine en 2018, intégrés dans les projections, devraient avoir un impact négatif sur la production de ces deux pays d’environ 0,2-0,3 % à l’horizon 2021.

Les nouvelles mesures annoncées ce mois-ci, si elles sont maintenues, auront, selon les estimations, un impact supplémentaire de -0,2-0,3 % sur le PIB des États-Unis et de la Chine en 2021 et 2022.

Si les États-Unis et la Chine imposent des taxes douanières à hauteur de 25 % sur le reste des échanges commerciaux bilatéraux, il faut s’attendre à une baisse de la production d’environ 0,6 %, par rapport au niveau de référence, aux États-Unis, et de 0,8 % en Chine.

Une aggravation des incertitudes entourant les politiques commerciales pourrait entraîner un risque de hausse de la prime de risque. Une augmentation de 50 points de base de la prime de risque des investissements dans tous les pays pendant trois ans ferait reculer le niveau du PIB mondial de 0,7 % en dessous du niveau de référence à l’horizon 2021.

En cas de Brexit sans accord, le relèvement des droits de douane, découlant de l’application des règles de l’OMC entraînerait une nouvelle réduction du PIB d’environ 2 % (par rapport au niveau de référence) au Royaume-Uni dans les deux prochaines années.

Une baisse non anticipée de 2 points de pourcentage du taux de croissance de la demande intérieure en Chine pendant deux ans, pourrait faire reculer la croissance annuelle du PIB mondial de près de 0,4 point de pourcentage.

Bien entendu, ces chocs ne vont pas nécessairement se produire en même temps, mais il est important de garder deux choses à l’esprit.

Premièrement, lorsque la croissance ralentit, il est encore plus difficile de faire face à l’incertitude et la confiance dans les prévisions en pâtit.

Deuxièmement, mieux vaut éviter la casse que de compter sur la possibilité de recoller les morceaux après coup. Autrement dit, le moment est venu de s’asseoir autour de la table.

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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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