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Édition spéciale – 2021 : espoirs et défis

05/01/2021

2021 est l'année de l'espoir porté par les vaccinations. L'incertitude sanitaire et économique devrait significativement baisser et une meilleure visibilité devrait soutenir la confiance des ménages et entreprises et donc la croissance de l'activité. C'est aussi une année d'espoir pour le climat grâce aux initiatives européennes et à la perspective d'un changement de cap de la politique américaine. Avec ces espoirs viennent des défis. Comment gérer l'endettement public ? Comment vont réagir les marchés financiers si la croissance devait surprendre favorablement ?

Equipe ETUDES ECONOMIQUES

TRANSCRIPT // Édition spéciale – 2021 : espoirs et défis : janvier 2021

François Doux : 2021 est l'année du vaccin. Moins d'incertitude sur le plan économique. Mais que vont suivre chacun de nos économistes sur leur zone ?

Écoutons leur réponse.

 

William De Vijlder : Dans les pays développés, 2021 devrait démarrer sur une note hésitante. Les infections et les restrictions, mais progressivement, la vague des infections va baisser, ce qui va focaliser l'attention sur les vaccinations qui seront en nette hausse. On ajoute à cela le soutien de la politique budgétaire et monétaire. Il y aura donc un mélange, un cocktail de facteurs qui va donner lieu à un boost de la confiance des ménages et des entreprises.

On peut donc s'attendre à une dynamique plus nette de la consommation, voire même vers la fin de l'année de l'investissement des entreprises.

Au final et en conclusion, on n'a donc une année en deux temps, d'abord hésitante, puis plus déterminée.

 

Jean-Luc Proutat : Aux États-Unis, le 46ème président Joe Biden aura d'abord des arbitrages budgétaires à rendre, pour sortir de la crise sanitaire et s’attaquer au mur de la dette, qui a beaucoup progressé.

Peut-être aura-t-il aussi de l'instabilité financière à gérer puisque les marchés ont déjà fêté la nouvelle année. Or, si les perspectives sont meilleures, 2021 ne reste jamais qu'une année de convalescence.

Et enfin, dernier point, cela sera le retour des États-Unis dans le concert des nations, notamment sur la question climatique.

 

Hélène Baudchon : En France, la croissance en 2021 devrait être relativement vigoureuse après le choc récessif massif de 2020.

Cette vigueur sera d'une part alimentée par la reprise de la consommation des ménages en allant puiser dans l'important matelas d'épargne forcé, accumulé pendant les confinements.

L'autre élément déterminant sera le dynamisme de l'investissement en tant que signal de confiance et d'efficacité du plan France Relance.

 

Louis Boisset : 2021 est une année importante pour la BCE.

Les conclusions de sa seconde revue stratégique seront dévoilées au milieu de l'année.

Nous anticipons à ce stade une redéfinition du narratif : d'abord une plus forte insistance sur la symétrie de la cible d'inflation, puis sur l'objectif d'emploi.

Nous anticipons également des discussions autour de la coordination entre politique budgétaire et monétaire, ainsi que du rôle de la politique monétaire dans la lutte contre le réchauffement climatique.

 

Guillaume Derrien : En Espagne, en Italie, deux questions majeures se poseront en 2021. L'une concernera les déficits publics, qui devraient rester conséquents encore l'année prochaine, notamment en raison de prolongement des aides d'urgence liées à la Covid-19 et à la mise en route des plans de relance nationaux.

Ceci pourrait accroître les tensions avec les pays de l'Europe du Nord, plus rigoureux sur le plan budgétaire.

La deuxième implication concerne l'amplitude du rebond du tourisme, qui aura des répercussions en termes d'emplois et de croissance, particulièrement en Espagne.

 

Hubert de Barochez : Au Royaume-Uni, c'est le Brexit qui focalisera l'attention en 2021.

Nous anticipons que la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne aura des conséquences néfastes importantes pour son économie, notamment du fait de perturbations aux frontières dans le court terme et d'une baisse de la productivité dans le long terme.

En conséquence, c'est toute la politique économique du Royaume-Uni qui sera affectée selon nous.

 

François Faure : Dans les pays émergents, on assiste à un retour des investissements de portefeuille, notamment en Asie, dont la croissance est tirée par les échanges extérieurs, d'où la première question :

Est-ce que cette zone va continuer de creuser l'écart par rapport aux autres zones ?

Sinon trois points à retenir.

Le premier. Est-ce que les déficits budgétaires vont être suffisamment maîtrisés cette année car attention à la remontée des rendements obligataires qui pourrait occasionner un alourdissement de la charge de la dette.

Deuxièmement, les cas de restructuration, voire même de défaut de dette, que l'on a observés dans les pays à faibles revenus, producteurs de matières premières vont-ils se multiplier ?

Enfin, la montée des impayés des entreprises et des ménages.

Dans quelle mesure les systèmes bancaires vont-ils pouvoir les supporter ?

 

Christine Peltier : En Chine, nous serons attentifs aux détails du nouveau plan quinquennal qui seront précisés lors de la session annuelle de l'Assemblée populaire en mars.

Les autorités chinoises ont déjà dévoilé les grandes priorités de ce plan qui visent à promouvoir un modèle de développement « à double circulation », basé sur deux grands piliers de croissance.

Le premier pilier, c'est le marché intérieur.

Quelles seront les mesures prises par les autorités pour stimuler la demande des ménages en 2021 ?

Le deuxième pilier, c'est le secteur exportateur.

L'accent sera mis sur l'autosuffisance et l'innovation technologique. Quelles seront les conséquences de cette stratégie sur les relations de Pékin avec ses partenaires commerciaux ?

 

Stéphane Colliac : En Europe centrale, l'année 2021 sera l'occasion de constater à nouveau, la vigueur du secteur exportateur, malgré un contexte difficile.

Et puis, ce sera l'occasion de constater la croissance de la consommation privée, soutenue par les marges de manœuvre qui existent au sein des finances publiques.

L'année qui vient en Turquie sera l'occasion de constater l'effectivité des réformes annoncées à la fin de l'année 2020.

Si ces réformes sont mises en œuvre, on observera une croissance beaucoup plus stable dans la prochaine décennie.

 

Salim Hammad : Au Brésil, il ne faudra pas s'attendre à une croissance très dynamique au-delà du rebond mécanique de l'activité, et ce, en dépit d'une politique monétaire très accommodante.

On peut toutefois s'attendre sur la première moitié de l'année à ce que les questions d'économie politique autour du maintien des règles budgétaires dominent l'actualité et agitent les marchés.

Enfin, il faudra surveiller la dichotomie croissante entre la sphère réelle et la sphère financière.

 

Raymond Van Der Putten : L'année dernière, on a constaté une baisse record des émissions de C02. À cause de la pandémie, cette année, on risque de retrouver les anciennes trajectoires.  Seule l'Union européenne se focalise, dans son plan de relance, sur la transition vers une économie verte.

Il faudra donc suivre les annonces qui seront faites lors de la COP26 à Glasgow.

Pas sûr que les nouveaux objectifs permettent de limiter le réchauffement à +1,5 degré.

 

François Doux : Pour en savoir plus sur le site des Études Économiques de BNP Paribas retrouvez les publications écrites de tous nos économistes, mais aussi en vidéo : EcoTV Week, EcoTV.

Sans oublier les podcasts en ECO dans le texte.

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