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Espagne : incertitudes politiques, résilience économique

19/04/2019

En Espagne, les incertitudes qui pèsent sur le paysage politique tranchent avec la bonne tenue des perspectives économiques.

Frédérique CERISIER

TRANSCRIPT // Espagne : incertitudes politiques, résilience économique : avril 2019

En Espagne, les incertitudes qui pèsent sur le paysage politique tranchent avec la bonne tenue des perspectives économiques. Même si elle ralentit, l’économie espagnole fait aujourd’hui partie des plus résistantes de la zone euro, et a enregistré l’an dernier une croissance de près d’un point supérieure à celle de la moyenne européenne. Aujourd’hui encore, les enquêtes sont assez bien orientées et suggèrent que la croissance était solide au premier trimestre. Même en fléchissant un peu à l’avenir, elle pourrait s’établir autour de 2% cette année.

La production manufacturière, les échanges de marchandises, les investissements productifs se sont pourtant affaiblis, en ligne avec le ralentissement européen et du commerce international. Le tourisme, qui reste un moteur, a également perdu en vigueur au cours des derniers trimestres. Les facteurs de résistance sont plutôt à rechercher du côté de la demande intérieure et en particulier des ménages. Plusieurs éléments soutiennent la consommation, à commencer par les créations d’emplois, qui restent importantes. La faiblesse de l’inflation également, qui a perdu un point au cours des six derniers mois sous l’effet du repli des prix de l’énergie, et la politique budgétaire enfin, légèrement expansionniste cette année encore et orientée vers les dépenses sociales.

Dans ce contexte finalement assez favorable, le calendrier politique est chargé. Porté au pouvoir en juin dernier par une coalition fragile, le gouvernement de Pedro Sanchez aura tenu moins d’un an, sans pouvoir faire adopter son projet de budget pour 2019. Les élections générales anticipées du 28 avril se tiennent donc un mois seulement avant les élections municipales, locales et européennes du 26 mai prochain. A ce stade, les sondages suggèrent que le Parti socialiste espagnol fait la course en tête, mais en rassemblant des intentions de vote plus faibles que celles du Parti Populaire quand il avait gagné le scrutin de  2016. Le second fait marquant de la dynamique électorale est la poussée du parti d’extrême droite Vox, dernier né de la scène politique espagnole. En fait, la fragmentation du paysage politique ne s’est pas résorbée depuis 2016, mais au contraire sans doute accrue. Dans ce contexte toutes les options semblent ouvertes et les négociations pour la formation d’un gouvernement pourraient prendre du temps, et réserver des surprises.

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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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