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États-Unis, faut-il se préoccuper de l'aplatissement de la courbe des taux d'intérêt ?

03/05/2019

Aux États-Unis, l’aplatissement de la courbe des taux n’est ni artificiel, ni anodin. Il anticipe un atterrissage de l’économie.

Jean-Luc PROUTAT

TRANSCRIPT // États-Unis, faut-il se préoccuper de l'aplatissement de la courbe des taux d'intérêt ? : mai 2019

1 - Signal d’alerte

Aux États-Unis, le coût des emprunts à trois mois est à peu près le même que celui des emprunts à dix ans, soit environ 2,50%.

Cette situation est désignée sous le terme d’aplatissement de la structure par échéance - ou courbe - des taux d’intérêt.

Elle est peu habituelle, puisque les taux longs ont normalement vocation à excéder les taux courts, ne serait-ce qu’en raison du prix que l’on accorde au temps et aux aléas qui vont avec.

Mais elle est surtout très commentée, les aplatissements ou inversions de courbe ayant toujours constitué, par le passé, un signe avant-coureur de récession.

Alors qu’en est-il cette fois-ci ?

2 - Cette fois, c’est différent…

Pour certains observateurs, il n’y pas lieu de s’inquiéter outre-mesure, car le phénomène est en partie artificiel.

Il serait lié à l’action de la Réserve fédérale qui, par ses achats d’actifs (que l’on appelle aussi quantitative easing), a anormalement déprimé les rendements à moyen et long terme.

En d’autres termes, sans quantitative easing, pas d’aplatissement ou, a fortiori, d’inversion de courbe.

Toutefois, la Fed a cessé d’acheter des titres depuis un bon moment déjà (en octobre 2014) et est même passée en régime de ventes nettes.

Son portefeuille s’est réduit de quelque USD 500 milliards, ce qui veut dire que son influence sur la partie moyenne ou longue de la courbe est déjà moindre.

En fait, si les taux d’intérêt à long terme ont pu baisser aux États-Unis depuis quelques mois, jusqu’à se rapprocher des taux courts, c’est essentiellement parce que les anticipations liées à l’activité et aux prix ont évolué.

Les indices de la conjoncture ont fléchi, l’inflation a ralenti, si bien que les marchés ont cessé de tabler sur de futures hausses du loyer de l’argent ; la Fed les a, de son coté, confortés dans cette idée, en indiquant une pause dans son resserrement monétaire.

3 - Frein sur le crédit ?

Le phénomène d’aplatissement de la courbe des taux américains n’apparait pas finalement très différent des précédents. Il prévoit un retournement du cycle monétaire et de la conjoncture à plus ou moins brève échéance, peut-être dès la fin de 2019 ou courant 2020…

Selon une analyse récente de la Réserve fédérale de Saint Louis, son pouvoir prédictif se double d’un pouvoir explicatif.

Une courbe des taux plate indique, en effet, des conditions de transformation moins rentables pour les intermédiaires financiers, ce qui peut les pousser à plus de sélectivité.

Aux États-Unis, le frein pourrait surtout venir du secteur non bancaire, sociétés de crédit spécialisées ou trusts, dont les activités de prêts à long terme reposent essentiellement sur des refinancements à court terme.

Ces acteurs jouent, par exemple, un rôle de plus en plus important dans le financement de l’immobilier ; or l’on constate que, depuis quelques trimestres, l’activité dans le secteur fléchit.

Autre point de fragilité, régulièrement cité par le FMI, les prêts à effet de levier, qui pourraient eux aussi subir le contrecoup de conditions de transformation moins favorables…

En conclusion, l’aplatissement de la courbe des taux d’intérêt aux États-Unis n’est ni accidentel, ni anodin.

Il intervient à un stade mature du cycle du crédit. Il anticipe l’atterrissage de l’économie américaine.

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