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Europe Centrale : les sauts de puce de la croissance

26/02/2021

L’Europe centrale a terminé 2020 sur une note positive, avec une croissance qui a surpris à la hausse. Cette surperformance devrait continuer en 2021, malgré un premier semestre sur lequel devraient peser une nouvelle vague de Covid et une probable sous-performance du secteur automobile.

Stéphane Colliac

TRANSCRIPT // Europe Centrale : les sauts de puce de la croissance : février 2021

La perte d’activité en Europe centrale a été l’une des plus limitées en 2020. La baisse de PIB avait été brutale au 1er semestre, mais la croissance a ensuite marqué un net rebond, y compris au 4ème, malgré un environnement sanitaire qui s’est, alors, à nouveau dégradé.

La croissance des exportations a largement dépassé les attentes et a en partie rattrapé le manque à gagner du 1er semestre. Le secteur numéro 1 de ce retour en grâce a été l’automobile, qui a bénéficié de programmes de relance dans la majeure partie de l’Union Européenne.

L’investissement a également bénéficié d’un rebond qui a pu surprendre. A côté d’incitations fiscales locales qui ont pu y aider, l’accélération de la transition vers le véhicule électrique partout en Europe a joué un rôle moteur : les lignes de production doivent ainsi être adaptées afin d’en produire davantage, plus vite qu’escompté, tout comme les équipements nécessaires, dont les batteries.

En parallèle, la contraction de la consommation a été au final limitée, nonobstant des mesures sanitaires qui l’ont contrainte. Les ménages ont vu leurs revenus plutôt se maintenir, avec une hausse limitée du chômage, un soutien budgétaire sous forme de chômage partiel, et une l’inflation qui a ralenti. Le besoin d’équipement des ménages, qui ont davantage dû travailler chez eux, a également été porteur.

Et pour 2021 ? Il semble que cette nouvelle année ait débuté sur une note plus timide. La bonne surprise de la demande élevée pour le secteur automobile a son pendent négatif : les capacités de production ont du mal à suivre.

En particulier, les semi-conducteurs que le secteur incorpore dans les véhicules sont en pénurie, alors même qu’ils sont aussi très utilisés dans les produits électroniques grand public, pour lesquels la demande est, elle-aussi, forte.

Plusieurs usines ont donc dû fermer quelques semaines, faute de composants en quantité suffisante, ce qui a d’ores et déjà induit une baisse de la production automobile, par exemple de -12% en République Tchèque au mois de janvier.

Ces nuages ne sont pas les seuls, puisque le contrôle de l’épidémie de Covid nécessite toujours des mesures de restrictions. Toutefois, il apparait que ce qui a permis le rebond du 2ème semestre 2020, l’emportera à nouveau in fine et que les pays de la zone continueront de surperformer en 2021, certains d’entre eux retrouvant même leur niveau d’activité de l’avant-Covid.

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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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