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Europe du sud : Forte augmentation du coût du risque

12/06/2020

Le coût du risque des banques d’Europe du sud a fortement augmenté au premier trimestre 2020. L’approche prospective du modèle de dépréciation des actifs financiers, introduit par IFRS 9, explique, dans une large mesure, l’ampleur de ce phénomène.

Thomas HUMBLOT

TRANSCRIPT // Europe du sud : Forte augmentation du coût du risque : juin 2020

Le coût du risque des banques d’Europe du sud, notamment, a fortement augmenté au premier trimestre 2020, en raison des effets économiques de la crise sanitaire de la COVID-19.

L’approche prospective du modèle de dépréciation des actifs financiers, introduit par la norme comptable IFRS 9 en janvier 2018, explique, dans une large mesure, l’ampleur de cette augmentation du coût du risque. En effet, une banque est tenue de comptabiliser des provisions pour dépréciations supplémentaires dès lors qu’elle estime que le risque de crédit associé à un instrument financier a augmenté de manière importante depuis sa comptabilisation initiale. La matérialisation de ce que l’on appelle un « évènement de crédit », comme un retard de remboursement par exemple, n’est plus nécessaire comme cela était le cas avec la norme comptable antérieure. Cela renforce le caractère procyclique du coût du risque en phase de retournement conjoncturel, ce qui exerce, en retour, un effet négatif sur le résultat net des banques.

Toutefois, l’autorité européenne des marchés financiers, l’autorité bancaire européenne et le bureau international des normes comptables ont rappelé que le modèle de dépréciation des actifs financiers d’IFRS 9 reposait sur un ensemble de principes et non une règle stricte. Des critères mécaniques, tels que la mise en place d’un moratoire par exemple, ne suffisent pas à caractériser une augmentation importante du risque de crédit. Les banques sont tenues de recourir à une analyse multifactorielle qui repose sur de l’information passée, présente et future. En outre, cette information peut être à la fois quantitative et qualitative mais elle doit toujours être raisonnable, justifiable et le coût ainsi que les efforts déployés pour la collecter ne doivent pas être excessifs. Dans le contexte actuel, les banques sont donc invitées à faire un large usage de leur marge d’appréciation et à ne pas surpondérer l’information de court terme. Les difficultés passagères des emprunteurs doivent donc être nettement distinguées d’une détérioration de leur solvabilité de long terme.

Par ailleurs, lors de l’évaluation du montant des pertes de crédit attendues, tous les éléments susceptibles d’influencer la solvabilité de l’emprunteur doivent être pris en compte. C’est en particulier le cas des moratoires publics ou privés qui ont un effet positif sur l’emprunteur.

Finalement, l’évolution du coût du risque au deuxième semestre 2020 et en 2021 demeure incertaine. Des reprises sur provisions pourraient être passées dans l’éventualité d’un épuisement de la pandémie et d’une amélioration des perspectives de conjoncture.

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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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