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Face à la crise du coronavirus, quelle place pour une « relance verte » ?

15/05/2020

Face à la crise du coronavirus, soutien aux économies et transition énergétique doivent se combiner plutôt que s’opposer.

Jean-Luc PROUTAT

TRANSCRIPT // Face à la crise du coronavirus, quelle place pour une « relance verte » ? : mai 2020

 Face à la crise, aujourd’hui sanitaire, demain, peut-être, économique et sociale, provoquée par l’épidémie de coronavirus, la tentation est forte, pour certains, de mettre entre parenthèses la question de la transition écologique, ceci afin de favoriser la reprise.

C’est ce qui vient de se passer aux États-Unis, où l’administration Trump a autorisé les entreprises à déroger, pour une durée indéterminée, aux règles de protection de l’environnement ; en Europe des voix se sont exprimées en faveur d’un assouplissement des normes antipollution.

Mais c’est aussi en Europe que, relayant l’appel de l’Eurodéputé Pascal Canfin, un large collectif de responsables politiques, de dirigeants d’entreprise, d’organisations non gouvernementales et d’associations s’est engagé pour une « relance verte » de l’économie.

La teneur du message est claire : l’effort public, absolument considérable, envisagé pour surmonter la crise du coronavirus n’a de sens que s’il évite de précipiter l’économie et la société vers un autre écueil, climatique celui-ci.

Et le collectif d’appeler les plans de relance à cibler l’investissement dans les énergies alternatives au carbone, la rénovation thermique des bâtiments, le raccourcissement des circuits d’approvisionnement, la préservation de la biodiversité, etc.

En France, on peut déjà noter que le soutien public aux filières du transport aérien ou de l’automobile se démarque de la position américaine, puisqu’il exige des contreparties écologiques. Récemment, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a rappelé que son « pacte vert » européen – un projet d’investissement de 1.000 milliards d’euros visant la neutralité carbone à l’horizon 2050 – répondait à un impératif qui ne disparaitrait pas avec le Covid-19.

Ce virus, qui est aussi celui de la division, aura finalement creusé le fossé, déjà grandissant, entre deux perceptions du monde. L’une, qui a déjà conduit les États-Unis à sortir des accords de Paris sur le climat, consiste à répondre aux enjeux globaux par des politiques volontiers nationalistes, souvent aussi cour-termistes. L’autre reste fidèle au principe du multilatéralisme qui, malgré ses limites, offre encore, pour ses partisans, les meilleures chances de surmonter pacifiquement les crises.

Dans l’immédiat, les appels à une transformation écologique des modes de production auront du mal à être perçus comme prioritaires. Le pétrole, le charbon et le gaz représentent encore 80% des sources d’énergie primaire dans le monde, une part à peu près stable et même en légère progression depuis vingt ans. Leur coût – qui vient au demeurant de chuter – autant que leur accessibilité font qu’ils restent un moteur essentiel de la croissance, notamment dans les pays émergents.

Pour autant, des alternatives existent ; la Chine est par exemple la première à investir dans le nucléaire ou le photovoltaïque ; l’Europe parvient à réduire ses émissions de gaz à effet de serre, pas seulement en éloignant ses activités les plus intensives en carbone, mais aussi en augmentant son recours aux énergies renouvelables. Tout le mérite de l’action collective en faveur d’une « relance verte » est bien de vouloir consolider ces tendances, à un moment où la gravité des circonstances peut les décourager.

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