eco TV Week

France : baisse préoccupante de la confiance des ménages

30/11/2018

La confiance des ménages français a accusé une baisse importante en novembre. Elle reflète leurs inquiétudes vis-à-vis de leur pouvoir d’achat, inquiétudes exacerbées par la forte hausse du prix des carburants jusqu’en octobre sur fond d’alourdissement de leur fiscalité.

Hélène BAUDCHON

TRANSCRIPT // France : baisse préoccupante de la confiance des ménages : novembre 2018

La confiance des ménages français a accusé une baisse importante en novembre. Elle reflète leurs inquiétudes vis-à-vis de leur pouvoir d’achat, inquiétudes exacerbées par la forte hausse du prix des carburants jusqu’en octobre sur fond d’alourdissement de leur fiscalité. La baisse de la confiance surprend tout de même par son ampleur, avec un recul de 3 points, ce qui est beaucoup pour cet indicateur. Cette chute s’explique par la forte dégradation du jugement des ménages sur l’opportunité de faire des achats importants, les perspectives d’évolution du niveau de vie en France et celles du chômage.

La forte hausse des craintes des ménages concernant le chômage est déroutante car elle ne cadre pas avec la grande majorité des autres indicateurs du marché du travail qui renvoient un signal positif, celui d’une situation qui continue de s’améliorer, il est vrai de manière peu flagrante. Ce qui explique peut-être pourquoi cette amélioration n’a pas plus d’effet sur la confiance des ménages.

Cette hausse des craintes des ménages concernant l’évolution du chômage n’est pas non plus un signal isolé : elle s’ajoute à la nette détérioration, en octobre et novembre, du sentiment des chefs d’entreprises du secteur des services, dont témoigne la baisse des soldes d’opinion relatifs aux effectifs passés et prévus dans l’enquête de l’INSEE sur le climat des affaires.

Si l’on en revient à la confiance des ménages, leur jugement sur leur situation financière personnelle future ne s’est, en revanche, que peu dégradé. Et celui sur leur situation financière passée s’est même légèrement amélioré, pour le deuxième mois d’affilée. Nous sommes tentés d’y voir un effet positif des allègements fiscaux effectifs en octobre (baisse de la taxe d’habitation et des cotisations sociales salariales), qui ont pu atténuer l’effet négatif de la hausse du prix des carburants.

Mais ce détail moins négatif de l’enquête ne minimise pas la mauvaise nouvelle du résultat global et de ses ressorts. De plus, la baisse marquée du moral des ménages en novembre n’est pas un point isolé : elle s’inscrit dans une tendance baissière amorcée fin 2017. En baisse cumulée de 13 points, l’indicateur de confiance atteint aujourd’hui 92, son plus bas niveau depuis début 2015 et très en deçà de sa moyenne 100 de longue période.

Au passage, le décalage problématique qui existait entre la confiance des ménages et leur consommation s’est réduit. Mais c’est mauvais signe que la réconciliation se soit faite par la baisse de la confiance et non par une élévation de la consommation. Le tout n’est pas vraiment de bon augure pour la croissance au quatrième trimestre. Merci de votre attention et à la semaine prochaine pour vos deux minutes d’économie.

Voir plus de vidéos Eco TV Week

Sur le même thème

Une goutte de stabilisation dans un océan d’incertitudes 18/04/2019
Les enquêtes sur le climat des affaires donnent des signes de stabilisation. Les données d’activité pour janvier et février sont plutôt positives. Ces éléments sont compatibles avec le maintien d’un taux de croissance de l’ordre de 1,2%, chiffre retenu pour 2019. Il s’agit d’un rythme peu élevé mais synonyme de résistance dans un environnement marqué par les incertitudes et les inquiétudes. La cause principale de cette résistance réside dans l’impulsion de la politique économique et budgétaire et, en particulier, dans les mesures de soutien au pouvoir d’achat des ménages et le rebond attendu de leur consommation.
11/04/2019
Réduction lente mais ininterrompue du déficit budgétaire depuis 2010 02/04/2019
En 2018, d’après la première estimation de l’INSEE, le déficit budgétaire français s’est réduit de 0,3 point par rapport à 2017, s’établissant à 2,5% du PIB. Il s’agit d’une bonne surprise par rapport à la cible de 2,7% du gouvernement. Prélèvements obligatoires et dépenses publiques ont vu concomitamment leur poids dans le PIB légèrement diminuer (-0,2 et -0,4 point, respectivement). A défaut de baisser, le ratio de dette publique cesse d’augmenter pour la première fois depuis 2007. En 2018, il se stabilise à 98,4% du PIB. A la faveur du chiffre meilleur que prévu pour 2018, le dérapage, ponctuel, du déficit budgétaire au-delà de la barre des 3% de PIB en 2019 devrait rester contenu.
Tensions dans l’économie française : un peu, beaucoup ou pas du tout ? 21/03/2019
La croissance française a beaucoup perdu en vigueur entre 2017 et 2018, la question étant de savoir si elle a d’ores et déjà dépassé son potentiel. D’un côté, l’inflation sous-jacente n’a que peu augmenté, suggérant un écart de production toujours négatif. Mais de l’autre, les enquêtes font toujours état de tensions importantes sur les capacités et les facteurs de production, suggérant à l’inverse une position assez avancée dans le cycle. Si la question de la fin du cycle n’est pas tranchée, le constat que l’environnement mondial se dégrade et qu’il pèse sur l’activité est largement partagé. La crainte est que le ralentissement actuel dégénère en récession en 2019 mais cela ne nous semble pas être le scénario le plus probable. La croissance française devrait renouer en 2019 avec deux caractéristiques qui lui sont souvent associées : peu dynamique mais résistante à la faveur notamment des mesures de soutien au pouvoir d’achat des ménages.
19/03/2019
Indicateurs au vert 15/03/2019
En surprenant favorablement par rapport aux attentes (z-score positif sur l’axe des abscisses), les derniers indicateurs conjoncturels publiés confortent l’image d’une croissance française peu dynamique mais résistante et, partant, notre prévision de 0,3% t/t au premier trimestre 2019.
11/02/2019
France : L'assurance-vie et l'épargne retraite ont moins pâti des taux bas en 2018 06/02/2019
Les flux annuels de placements financiers des ménages français en numéraire et en dépôts (dépôts à vue, livrets d’épargne et épargne logement, principalement), d’une part, et en assurance-vie et épargne retraite, d’autre part, évoluent en opposition de phase. Dans un contexte de faible coût d’opportunité à la détention de dépôts bancaires, les premiers dépassent les seconds depuis le troisième trimestre 2016. Un début de rééquilibrage se dessine toutefois depuis le deuxième semestre 2017 : le léger élargissement de la collecte nette en assurance-vie s’est accompagné d’une modération des flux d’épargne vers les dépôts. Ce mouvement a exclusivement profité aux contrats en unités de comptes dont les cotisations brutes1 étaient, en 2018, au plus haut depuis 2000. Dans le même temps, les flux nets vers les contrats en euros ont souffert, tout particulièrement en 2017, de l’effet ciseau consécutif à la baisse des cotisations et à la hausse des prestations. [1] Données FFA. Les cotisations nettes des prestations ne sont pas disponibles avant 2012.
Croissance peu dynamique mais résistante 01/02/2019
Le PIB français en volume a progressé de 0,3% t/t au T4 2018 selon la première estimation de l’INSEE. Ce chiffre, peu élevé, constitue malgré tout une relativement bonne nouvelle. La croissance est, en effet, légèrement supérieure aux attentes (pour la première fois en 2018) et à celle de la zone euro (pour le deuxième trimestre d’affilée).
2019 : nouvelle année test 24/01/2019
L’année 2019 démarre sur des bases moins allantes, l’activité ayant notamment pâti du mouvement des « gilets jaunes ». La chute de la confiance des ménages est abrupte, l’environnement économique mondial plus incertain. Dans ce contexte, la politique budgétaire s’assouplit : le nouveau plan de soutien au pouvoir d’achat des ménages modestes, annoncé en réponse aux manifestations de décembre, devrait permettre un rattrapage, au moins partiel, de la consommation. Il s’ajoute aux mesures en faveur des ménages et des entreprises déjà prises dans le budget 2018. La croissance française devrait, ainsi, pouvoir faire preuve de résistance.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2092 articles et 576 vidéos