eco TV Week

Inde : consolidation en cours

08/10/2021

Conjointement au recul de la deuxième vague épidémique, l’économie indienne a rebondi dès le mois de juin. Sur l’ensemble de l’année budgétaire 2021/2022, la banque centrale prévoit une croissance de 9,5% ce qui apparaît comme trop optimiste. A ce jour, les risques sur la croissance restent élevés car seulement 20% de la population est entièrement vaccinée.

Johanna MELKA

TRANSCRIPT // Inde : consolidation en cours : octobre 2021

La situation économique et sanitaire en Inde s’est sensiblement améliorée depuis le mois de juin. Le pays reste toutefois exposé à une troisième vague épidémique. Le taux de vaccination reste encore faible car seulement 20% de la population avait reçu deux doses de vaccin fin septembre. On estime toutefois que d’ici la fin de l’année ce taux s’élèvera à 40%.

Conjointement au recul de l’épidémie, la croissance économique est repartie à la hausse dès le mois de juin. Néanmoins, en août, l’activité n’était pas encore revenue au niveau qui prévalait avant la seconde vague épidémique. Le gouvernement et la banque centrale prévoient que la croissance devrait atteindre 9,5% sur l’ensemble de l’année budgétaire en cours qui s’achèvera fin mars 2022 mais ces prévisions semblent trop optimistes. Au second semestre, l’activité devrait être tirée par le dynamisme des exportations et le rebond de la demande intérieure dans un contexte de baisse du taux de chômage. En revanche, les investissements devraient rester modestes alors même que les conditions monétaires sont particulièrement favorables. Les investisseurs restent prudents et les taux d’utilisation des capacités de production restent bas par rapport à leur niveau de long terme. Par ailleurs, les pénuries énergétiques pourraient peser sur la reprise.

Concernant les finances publiques, bien que toujours très fragiles, elles se sont consolidées sur les cinq premiers mois de l’année budgétaire en cours (entre avril et août 2021). Le gouvernement devrait être en mesure d’atteindre son objectif de réduire son déficit budgétaire à 6,8% du PIB pour l’ensemble de l’année budgétaire alors qu’il s’établissait à 9,2% du PIB l’année dernière. Il pourrait même revoir à la hausse ses ambitions. Cette consolidation résulte d’une forte hausse des recettes qui pourraient avoisiner le seuil de 10% du PIB cette année si cette bonne tendance se poursuivait sur le reste de l’année. Dans ces conditions, le ratio de la dette publique rapportée au PIB devrait diminuer, éloignant, au moins temporairement, le risque d’une dégradation de la note souveraine par les agences. 

Voir plus de vidéos Eco TV Week

Sur le même thème

Inde : légère consolidation budgétaire 29/09/2021
Les finances publiques indiennes restent fragiles mais elles se sont consolidées au cours des quatre premiers mois de l’année budgétaire en cours (qui s’achèvera le 31/03/2022). Le déficit budgétaire du gouvernement a atteint 9,2% du PIB à la fin de l’année budgétaire 2020/2021 contre seulement 3,8% du PIB au cours des cinq années précédentes. Dans le même temps, la dette publique a fortement augmenté et on estime qu’elle aurait atteint 88% du PIB en mars 2021. La forte dégradation des finances publiques est le résultat de l’augmentation des dépenses publiques induite par la crise de la Covid-19 mais elle s’explique aussi par une base fiscale extrêmement faible (les recettes n’atteignaient que 8,6% du PIB avant même la crise sanitaire). Dans un tel contexte, on pouvait redouter la dégradation de la note souveraine de l’Inde par les agences de notation. Aujourd’hui, cette perspective s’est légèrement éloignée. En effet, pour la première fois depuis l’année 2011/2012, le déficit a atteint seulement 21,4% de sa cible annuelle (fixée à 6,8% du PIB) sur les quatre premiers mois de l’exercice budgétaire en cours. Ce bon résultat s’explique par une hausse moins forte que prévu des dépenses mais surtout par une augmentation sensible des recettes. En rythme annualisé, elles ont atteint l’équivalent de 9,2% du PIB, alors qu’elles s’établissaient à seulement 8,7% du PIB en moyenne au cours des trois exercices précédents. Cette consolidation, si elle se confirme sur le reste de l’année, est plutôt encourageante.
Inde : au pied du mur 21/07/2021
L’Inde n’a pas été épargnée par la crise de la Covid-19 et comme dans de nombreux pays émergents, la situation économie et sociale s’est sensiblement dégradée. Mais elle avait déjà commencé à se détériorer bien avant l’épidémie, laquelle n’a fait qu’accentuer les fragilités du pays. La très forte contraction de la croissance induite par l’épidémie de Covid-19 a mis en exergue les vulnérabilités structurelles de cette économie et, en particulier, l’importance des travailleurs ne bénéficiant d’aucune protection sociale. Le confinement national en avril et mai 2020 aurait ainsi renvoyé sous le seuil de pauvreté 75 millions d’Indiens et on peut s’inquiéter des effets de la seconde vague. Sur l’année budgétaire 2021/2022, la croissance devrait sensiblement rebondir même si la contraction attendue de l’activité enregistrée au deuxième trimestre (premier trimestre de l’exercice budgétaire en cours), conjointement à la propagation de la deuxième vague épidémique, devrait conduire à une révision à la baisse. Au-delà, la croissance pourrait ne pas excéder 6% si les contraintes structurelles qui pèsent sur l’emploi de travailleurs réguliers et sur les investissements privés des entreprises ne sont pas allégées sensiblement. Le gouvernement se retrouverait alors confronté à un risque de dégradation de sa note par les agences de notation mais aussi à un risque social grandissant. 
L’Inde face à la deuxième vague 10/06/2021
La reprise économique en Inde devrait être fragilisée par la deuxième vague épidémique. Le gouvernement dispose de très peu de marges de manœuvre budgétaire pour soutenir son économie alors que sa note souveraine est en perspective négative par les agences de notation. 
Rebond de la croissance de 0,4% au troisième trimestre de l’exercice budgétaire 03/03/2021
Au T4 2020, troisième trimestre de l’exercice budgétaire 2020/2021 qui s’achèvera le 31 mars 2021, l’Inde est officiellement sortie de récession. Le PIB réel est en hausse de 0,4% par rapport au T4 2019. La reprise a été favorisée par une augmentation des investissements publics et la reconstitution des stocks des entreprises. En revanche, la consommation des ménages – plus forte composante de la croissance – affichait encore une baisse alors que les pressions inflationnistes ont ralenti depuis le mois de novembre. L’activité dans les services restait d’ailleurs en repli de 1% alors qu’elle a accéléré dans l’agriculture, la construction et, dans une moindre mesure, l’industrie manufacturière. Les indicateurs d’activité du mois de janvier restent bien orientés. La production dans les industries de base a enregistré une croissance positive pour le deuxième mois consécutif, le transport de marchandises a accéléré, les ventes de véhicules automobiles ont fortement augmenté et le taux de chômage a baissé à un niveau inférieur à celui qui prévalait il y a un an (6,9% en février). En revanche, la contraction des prêts aux entreprises, pour le quatrième mois consécutif, ne laisse pas entrevoir de reprise de l’investissement privé. Or, même si un rebond mécanique de la croissance est à attendre pour 2021/2022, stimuler les investissements privés sera indispensable pour accroître la croissance à moyen terme et le niveau d’emploi sans risquer de fragiliser les finances publiques.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 1586 articles et 280 vidéos