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Inde : un environnement plus risqué

07/12/2018

Depuis le début de l’année, les risques sur l’économie indienne ont augmenté conjointement à la hausse des prix du pétrole et au durcissement de la politique monétaire américaine. Néanmoins, les perspectives de croissance restent bien orientées et le bilan de Narendra Modi est globalement positif.

Johanna MELKA

TRANSCRIPT // Inde : un environnement plus risqué : décembre 2018

Conformément aux attentes, la croissance économique indienne a ralenti au deuxième trimestre de l’exercice budgétaire qui s’achèvera au 31 mars 2019. En effet, alors que la consommation des ménages et les investissements sont restés solides, les exportations nettes ont enregistré une contribution négative. Même si les risques qui pèsent sur la croissance sont élevés, les perspectives restent à ce jour encore bien orientées. Sur l’ensemble de l’année budgétaire 2019 on attend une croissance de 7,4%.

Depuis le début de l’année, la situation macroéconomique indienne s’est légèrement dégradée conjointement à la hausse des prix du pétrole et au durcissement de la politique monétaire américaine. L’Inde n’a pas été épargnée par le mouvement de défiance de la part des investisseurs étrangers qui a généré une dépréciation de la roupie face au dollar de 14% sur les dix premiers mois de l’année. Depuis la mi-octobre, à l’instar des autres devises, la monnaie indienne s’est renforcée. Par ailleurs, la récente dégradation de la situation économique n’entache en rien le bilan globalement positif de Narendra Modi après presque cinq années au pouvoir.

En comparaison avec 2014, l’environnement des affaires s’est amélioré, les finances publiques se sont consolidées, la position extérieure s’est renforcée, les pressions inflationnistes sont restées inférieures à la cible fixée par les autorités monétaires et le gouvernement est parvenu à mettre en place des réformes majeures telles l’adoption de la TVA commune à l’ensemble du pays et la loi sur les faillites des entreprises.

Aujourd’hui, la principale source d’inquiétude porte sur le secteur bancaire et financier. Les tensions sur la liquidité ont fortement augmenté suite au défaut, cet été, de la société Infrastucture Leasing & financial services. Par ailleurs, la situation des banques publiques reste fragile et n’a pas cessé de se dégrader en dépit des importantes injections de capital de la part du gouvernement indien.

En conclusion, en dépit de la récente hausse des risques sur l’économie indienne, le parti de Narendra Modi est toujours donné vainqueur aux élections générales d’avril 2019.

 

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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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