eco TV Week

Italie : pourquoi le pays attire de nouveau toutes les attentions

07/05/2021

L’arrivée de Mario Draghi à la tête du Conseil italien en février dernier a suscité un vif regain d’attention pour l’Italie. L’ancien président de la BCE a redonné un cap politique au pays et devra coordonner la mise en place du plan de relance massif de EUR 235 mds, qui suscite légitimement beaucoup d’espoir dans la péninsule.

Guillaume DERRIEN

TRANSCRIPT // Italie : pourquoi le pays attire de nouveau toutes les attentions : mai 2021

Depuis février et l’arrivée de Mario Draghi à la tête du Conseil italien, il y a eu un vif regain d’attention pour l’Italie. Trois raisons se dégagent pour établir ce constat :

  1. L’ancien président de la BCE semble avoir redonné un cap et une stabilité politique au pays

Mario Draghi est parvenu, en l’espace de quelques jours à former un gouvernement de coalition très large, ratissant à la fois gauche (parti Cinq étoiles) et à droite (Ligue du Nord de Matteo Salvini). Ceci a permis de dessiner une ligne politique plus claire et plus en phase avec la Commission européenne, à l’heure où des échéances européennes importantes se profilent. Sur le plan économique, l’ancien président de la BCE a été très actif, en promulguant successivement deux larges enveloppes budgétaires pour soutenir l’économie italienne face à la crise sanitaire, une de EUR30 mds en mars et une de EUR40 mds en avril dernier. L’Italie a également pris le leadership sur des dossiers sensibles en Europe – tels que la rétention des vaccins produits en Europe, et tout récemment sur le passeport vaccinal qui sera mis en place dans la péninsule dès la mi-mai, soit un mois avant le passeport européen.

  1. Le plan de relance national suscite légitimement beaucoup d’espoir

Le plan de relance, qui a été envoyé à Bruxelles le 31 avril dernier, est évidemment conséquent, près de EUR235 mds. L’enveloppe très large de ce plan s’explique par le fait que l’Italie est parmi les grands pays européens, le seul à l’heure actuelle à utiliser les prêts du nouveau mécanisme européen, à hauteur de EUR123 mds.

Ce plan permettrait enfin à l’Italie de combler un déficit chronique d’investissement et de croissance, qui restent parmi les plus bas en Europe. Une hausse significative des investissements est d’autant plus nécessaire pour compenser l’impact économique lié au déclin démographique, qui s’est accéléré ces dernières années.   

Les efforts les plus conséquents portent sur la création de lignes à grande vitesse reliant le nord de l’Italie à l’Europe, le développement de la 5G, des crédits d’impôts pour investir dans les technologies dits 4.0, ou encore un éco-bonus pour encourager la rénovation énergétique des bâtiments. Par ailleurs, 40% des investissement se concentreront dans le Mezzogiorno, afin de combler les écarts de développement entre le nord et le sud du pays.

  1. La poursuite d’une union fiscale européenne plus poussée repose en grandes parties sur le succès du plan de relance italien

L’Italie reste la troisième puissance économique de l’union européenne et pèse pour près de 15% du PIB de la zone euro. C’est également le pays, avec l’Espagne qui a reçu, le plus de subventions du Fond Next Generation EU. Il est donc évident que l’échec du plan de relance italien freinerait la poursuite vers union fiscale plus poussée au sein de l’UE. Pour réussir, l’Italie devra faire des réformes de fond importantes et qui n’ont été que très peu adressés par les gouvernements précédents.

Lors de son discours inaugural le 17 février dernier, Mario Draghi soulignait notamment les efforts qui seront faits au cours des prochains mois, pour simplifier et optimiser le système fiscal, moderniser les services publics et réduire les délais de la justice.

Malgré l’ampleur de la crise sanitaire sur l’économie, le contexte politique et les perspectives économiques offert par le plan de relance offre un certain regain d’optimisme pour le pays. Mais le plus dur reste à faire.

Voir plus de vidéos Eco TV Week

Sur le même thème

La reprise gagne en vigueur 06/07/2021
Au début de l’année, la croissance économique a dépassé les attentes. Au premier trimestre, le PIB réel italien a ainsi progressé de 0,1%. La consommation privée a, de nouveau, reculé, reflétant l’évolution décevante des revenus et une propension toujours élevée à l’épargne, tandis que l’investissement a grimpé de près de 4%. La reprise a été inégale : l’industrie et le bâtiment ont rapidement rebondi, alors que les services étaient toujours à la peine. La croissance économique devrait se raffermir dans les prochains mois. Avec l’accélération du programme de vaccination et l’amélioration notable des perspectives en matière de santé, consommateurs et entreprises ont retrouvé la confiance. Pour que la reprise soit durable, l’Italie devra améliorer la qualité de son capital humain afin de compenser la baisse de productivité due à une population active vieillissante.
La confiance se répand dans le pays, les variants aussi 05/07/2021
Le baromètre de l'Italie continue de s’améliorer, reflétant à la fois un réel rebond d’activité, ainsi que les effets de base (positifs) liés au plongeon de l’activité au premier semestre 2020. Ces derniers sont particulièrement prononcés pour la production industrielle et les ventes de détail qui s’établissaient encore, en avril dernier, à des niveaux inférieurs à la fin de l’année 2019. 
L’embellie conjoncturelle et sanitaire se poursuit 31/05/2021
La conjoncture économique en Italie continue de s’améliorer. L’activité industrielle, déjà en hausse significative cet hiver, se renforce au printemps. L’indice manufacturier pour « les nouvelles commandes à l’exportation » se maintient à un niveau très élevé, mais le secteur des services marchands reste très perturbé.
Embellie conjoncturelle, mais chômage en hausse 19/04/2021
La situation conjoncturelle en Italie est en nette amélioration. Cela se reflète sur notre baromètre où plusieurs indicateurs dépassent leur moyenne de long terme. C’est le cas, en particulier, des indicateurs de l’activité industrielle. L’indice de confiance des directeurs d’achat (PMI) pour ce secteur a atteint en mars son niveau le plus élevé depuis 21 ans...
La reprise s’éloigne 08/04/2021
En 2020, le PIB réel de l’Italie a chuté de 8,9% et près de 2,5 millions d’emplois équivalents temps plein ont été perdus. La consommation a été le principal moteur de la récession, expliquant les trois-quarts de la baisse. La stagnation des revenus et le manque de confiance ont doublé la propension des ménages à épargner. Le secteur le plus affecté par la crise est celui des services, dont la valeur ajoutée recule de 8,1%, tandis que le manufacturier a été soutenu par la reprise modérée des exportations. Les problèmes soulevés par la pandémie se sont trouvés aggravés par certaines difficultés structurelles qui entravent la croissance depuis quelque temps. Au cours des prochaines années, il sera difficile de renouer avec un schéma de croissance robuste à moins d’interventions décisives stimulant l’innovation et la productivité.  
La reprise industrielle s’accélère 26/02/2021
Comme le montre notre baromètre, l’activité manufacturière a continué de se renforcer en ce début d’année. L’indice de confiance des directeurs d’achat (PMI) pour le secteur a en effet atteint en janvier son niveau le plus élevé depuis mars 2018 (55,1). L’industrie italienne bénéficie vraisemblablement davantage de l’activité aux États-Unis, qui est plus soutenue qu’en Europe...  
Le risque politique resurgit 29/01/2021
Sur le plan sanitaire, l’Italie est l’un des rares pays d’Europe où la situation est restée sous contrôle mais elle demeure tendue, d’autant plus qu’aux incertitudes sanitaires s’est ajouté, une fois de plus, le risque politique.
Aux prises avec la deuxième vague 17/12/2020
Après la chute impressionnante enregistrée au premier semestre 2020, l’économie italienne a rebondi durant l’été. La valeur ajoutée s’est fortement redressée dans le secteur de la construction et dans l’industrie manufacturière alors que la reprise a été plus modérée dans les services. Les prix de l’immobilier envoient également des signaux positifs, rendant improbable la réalisation du scénario le plus pessimiste évoqué au début de la pandémie. Pour endiguer la deuxième vague de contamination, le gouvernement italien a pris de sévères mesures restrictives aux effets préjudiciables sur l’activité. L’économie devrait ainsi accuser un nouveau repli au T4. La contraction devrait être plus modérée qu’au premier semestre ; c’est à peine si elle aura un léger impact sur la croissance en 2020, tandis que le report sur 2021 devrait être plus significatif.
La reprise à l’arrêt 27/11/2020
L’amélioration marquée du baromètre montre une dynamique de reprise encourageante jusqu’à la mi-octobre, avant que la vague épidémique n’accélère de nouveau. Comme dans d’autres pays, le rebond se concentrait essentiellement dans l’activité industrielle. L’indice de confiance des directeurs d’achat (PMI) pour le secteur manufacturier a atteint 53,8 en octobre (le niveau le plus élevé depuis mars 2018), porté par une amélioration nette de l’indice des nouvelles commandes à l’exportation (+4,5 points à 55,8). À l’inverse, le PMI des services a fléchi (-2,1 points à 46,7)...
La baisse des ratios de prêts non performants pourrait être en passe de s’achever 18/11/2020
Tandis que le PIB réel italien reculait de 12,8% t/t au deuxième trimestre 2020 (après -5,5% au premier trimestre), les ratios de prêts non performants (PNP) aux secteurs d’activité ayant fait l’objet de fermetures administratives, notamment, ont poursuivi leur baisse. Pour surprenante qu’elle paraisse, cette évolution s’explique. D’une part, les mécanismes de garantie publique des nouveaux prêts ont contribué à la hausse de l’encours des prêts « sains » en faveur de ces secteurs[1], diluant les ratios de PNP. D’autre part, les cessions de créances douteuses se sont poursuivies en 2020 (quoique à un rythme moins soutenu qu’en 2019), ce qui a réduit l’encours des PNP et participé à l’assainissement des bilans bancaires. La baisse des ratios de PNP en Italie pourrait néanmoins être en passe de s’achever puisque la plupart des délais de moratoires accordés ont expiré. Certains prêts pourraient ainsi faire prochainement l’objet d’un arriéré de paiement supérieur à 90 jours ; ce qui constitue l’un des deux critères de classement d’un prêt en catégorie non performante[2].   [1] Banca d’Italia, 2020, Economic Bulletin, Number 4 – October [2] L’autre critère étant l’improbabilité que le débiteur s’acquitte intégralement de ses obligations de crédit, ce qui peut impliquer la réalisation de la sûreté.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2766 articles et 733 vidéos