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Japon : une année 2020 qui s’annonce compliquée

28/02/2020

Le Japon a vu son PIB baisser sensiblement au T4 2019, en grande partie sous l’effet de la hausse de TVA d’octobre. La consommation privée, qui est structurellement un des points faibles de l’économie nippone, a été durement touchée. La crise du Coronavirus pourrait amplifier les difficultés, via le canal du commerce (direct ou via les chaînes de valeur) ou le canal du tourisme, les relations économiques entre la Chine et le Japon étant étroites.

Louis BOISSET

TRANSCRIPT // Japon : une année 2020 qui s’annonce compliquée : février 2020

La fin de l’année 2019 a été marquée par une forte contraction du PIB japonais. Au 4e trimestre, deux chocs ont en effet sensiblement pesé sur la demande interne. D’abord, après avoir été repoussée, le taux de TVA a finalement augmenté de 8% à 10% en octobre pesant sur la consommation. Aussi, l’investissement privé hors résidentiel a également baissé en raison notamment du passage d’un violent typhon au 4e trimestre.

La consommation privée au Japon représente une part structurellement faible au regard de la moyenne dans l’OCDE ou aux Etats-Unis. Le profil historique de la consommation est assez heurté et celle-ci ne progresse quasiment plus depuis 2014. Les hausses de TVA intervenues dans le passé en 1997 et en 2014 ont bousculé les dépenses des ménages, qui avaient chuté sans afficher un redressement notable le trimestre d’après. Ces hausses de taxes avaient été critiquées par le passé, et les critiques pourraient prévaloir aussi aujourd’hui compte tenu d’une activité japonaise déjà affaiblie.

L’année 2020 commence mal pour l’économie japonaise, l’année 2019 donnant une impulsion négative. De plus, la crise du Coronavirus traversée par l’économie mondiale et en premier lieu la Chine devrait avoir un effet significatif sur le Japon. L’impact transiterait par essentiellement deux canaux : le commerce bilatéral (de manière directe ou via les chaînes de valeur) et le tourisme.

Le commerce avec la Chine :

  • La Chine représente 20% des exportations totale japonaises. Ces exportations étaient déjà fragilisées depuis plusieurs mois, le Coronavirus arrive donc au plus mauvais moment. Globalement, le Japon pâtira de la moindre demande pour l’automobile et pour les biens s’équipement. Si certaines entreprises japonaises dans ces secteurs ont diversifié leurs chaînes d’approvisionnement, certains ont suspendu une partie de leurs opérations.
  • Par ailleurs, le rôle des chaînes de valeurs peuvent amplifier l’effet négatif sur l’économie japonaise. Aujourd’hui, la demande finale chinoise intègre une part non négligeable de valeur ajoutée japonaise (cette part est supérieure à celle des Etats-Unis ou de l’OCDE en moyenne). L’inverse est vrai aussi. La consommation des japonais intègre de la VA chinoise. Et parfois ces produits ne sont pas substituables à court terme par de la production domestique.

Le tourisme :

En 2019, le tourisme a permis de compenser partiellement le choc négatif des tensions commerciales sur le secteur manufacturier japonais. La chine aujourd’hui, c’est entre ¼ et 1/3 du tourisme annuel au Japon. La baisse de fréquentions entrainée par le Coronavirus et les difficultés du secteur des transports est un nouveau point faible pour le Japon en 2020.

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