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Maroc : vers une récession significative en 2020

17/07/2020

Malgré une réaction rapide des autorités et des fondamentaux solides, l’économie marocaine va souffrir d’une profonde récession en 2020 en raison d’un puissant choc extérieur et des mesures de confinement. La reprise devrait être timide en 2021.

Stéphane ALBY

TRANSCRIPT // Maroc : vers une récession significative en 2020 : juillet 2020

Le Maroc commence à rouvrir ses frontières, signe que la pandémie évolue bien même si les autorités restent prudentes. Cependant, les conséquences économiques seront significatives.

Le Haut Commissariat au Plan estime à 13,8% la contraction du PIB en glissement annuel au second trimestre. Avec un confinement imposé très tôt, la demande domestique s’est écroulée. De plus, le Maroc, de par sa spécialisation sur les exportations automobiles vers l’Europe et du poids élevé du tourisme, a dû faire face à un choc extérieur puissant. Pour ne rien arranger, les transferts financiers de la diaspora marocaine sont également sous pression. Or, en général, il s’agit d’une source de financement stable qui joue le rôle d’amortisseur en période de crise.

Malgré une amélioration attendue sur le second semestre, le Maroc n’échappera donc pas à la récession. Elle devrait atteindre presque 6% selon le HCP. Si les sources d’incertitudes demeurent élevées, la situation aurait pu être encore plus détériorée sans l’intervention rapide des autorités.

La banque centrale a notamment ramené son taux directeur à 1,5% contre 2,5% avant la crise et n’exige plus de dépôts des banques commerciales au titre des réserves obligatoires. Combiné à la mise en place de crédits garantis par l’Etat, cela devrait permettre aux banques de continuer à soutenir l’économie, en particulier les segments les plus fragiles. A fin mai, la dynamique de prêts bancaires était d’ailleurs bien orientée, en hausse de 6,5% en glissement annuel.

Les fondamentaux macroéconomiques sont également solides. Malgré une aggravation des déséquilibres extérieurs, les réserves de change demeurent confortables grâce au tirage de 3 milliards de dollars sur la ligne de précaution et de liquidité du FMI. La capacité de l’Etat à se financer localement à des conditions favorables offre aussi des marges de manœuvre même si le niveau de dette commence à être élevé.

Reste à savoir quelle forme prendra la reprise. Si une meilleure campagne agricole est espérée pour 2021 après deux années difficiles, l’activité hors agriculture ne devrait croître que modérément en raison de la persistance de contraintes domestiques et surtout extérieures. A plus long terme, en revanche, le Maroc pourrait avoir une carte à jouer dans la perspective d’une recomposition de l’industrie mondiale. Après tout, le pays est devenu en peu de temps le premier producteur d’automobile d’Afrique. Et même si le secteur est en pleine restructuration, la proximité du continent européen, des infrastructures de qualité et un coût du travail compétitif constituent des avantages qui ne vont pas disparaître.

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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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