eco TV Week

Nigéria : Un nouveau mandat sans élan

22/03/2019

Les élections présidentielles au Nigeria se sont tenues les 23 et 24 février. Le président sortant, Muhammadu Buhari a été réélu dans un contexte macroéconomique pourtant difficile.

Stéphane ALBY

TRANSCRIPT // Nigéria : Un nouveau mandat sans élan : mars 2019

Les élections présidentielles au Nigeria se sont tenues les 23 et 24 février. Le président sortant, Muhammadu Buhari a obtenu 56% des suffrages contre 41% pour son principal opposant. Si la victoire a été large, il n’y a pas eu pour autant de vague d’enthousiasme comme ce fut le cas en 2015. Le taux de participation n’a atteint que 36%, soit presque 10 points de moins que lors du scrutin précédent. Mais surtout, le contexte macroéconomique reste difficile.

Le Nigéria peine à se relever du choc pétrolier. L’économie est certes sortie de récession en 2017 mais la croissance reste faible. Elle est estimée à 1,9% en 2018. Le FMI a revu ses prévisions à la baisse à seulement 2% cette année et 2,2% en 2020, ce qui voudrait dire que le PIB réel par habitant devrait continuer de se contracter.

Le contexte international s’est dégradé. Malgré le démarrage attendu de plusieurs champs pétroliers, les exportations vont souffrir du retournement des cours mondiaux du pétrole.

La stabilité des comptes extérieurs ne semble pas menacée. En revanche, la situation des finances publiques s’avère plus délicate. La dette publique a progressé rapidement depuis 2014. Si son niveau reste encore modéré, la charge d’intérêt absorbe désormais plus de 20% des recettes du gouvernement général, dont la moitié est générée par le secteur pétrolier. Aux faibles marges de manœuvre budgétaires s’ajoutent un secteur bancaire fragile et une inflation élevée, à plus de 10%. Ceci pousse la banque centrale à maintenir une politique monétaire restrictive.

La réélection du président Buhari soulève surtout de nombreuses interrogations sur la capacité des autorités à s’attaquer aux problèmes de fonds L’économie du Nigéria est notamment pénalisée par un important déficit d’infrastructure et par un environnement des affaires difficile. Or, sur la plupart de ces aspects, les avancées durant son premier mandat ont été limitées.

Une autre question reste également en suspens. La monnaie nigériane ne s’est ajustée que tardivement à la chute des cours du pétrole et encore pas complètement puisque plusieurs taux de change coexistent, ce qui génère d’importantes distorsions.

Un consensus semble se dégager autour du maintien du statu quo du régime de change. Mais un possible changement du gouverneur de la banque centrale en mai-juin pourrait changer la donne, ouvrant potentiellement la voie à une inflexion plus générale de la politique économique du gouvernement.

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2122 articles et 586 vidéos