eco TV Week

Royaume-Uni : un mois après le Brexit

29/01/2021

Un mois après la sortie du Royaume-Uni du marché unique et de l’union douanière de l’UE, les effets économiques du Brexit commencent à se faire sentir, même si plusieurs facteurs en atténuent l’impact. À l’avenir, les Britanniques feront face à un dilemme important entre exercer leur autonomie retrouvée et rester aligné avec la réglementation de l’UE pour ne pas davantage pénaliser leurs exportateurs.

Hubert DE BAROCHEZ

TRANSCRIPT // Royaume-Uni : un mois après le Brexit : janvier 2021

Cela fait un mois que le Royaume-Uni est sorti du marché unique et de l’union douanière de l’Union européenne. Puisqu’un accord a été trouvé in extremis, le scénario du pire d’un retour aux règles de base de l’Organisation mondiale du commerce a été évité.

Grâce à cet accord, les échanges de biens entre les deux parties restent exemptés de tarifs et de quotas. Cependant, contrairement aux déclarations du Premier Ministre Boris Johnson, de nombreuses autres barrières au commerce ont été érigées. Les échanges de biens sont désormais entravés par de nouvelles barrières non tarifaires, comme des procédures administratives supplémentaires et des contrôles douaniers. De plus, pour pouvoir être échangés sans tarifs, les biens doivent satisfaire à des règles d’origine, c’est-à-dire qu’une part de leur production doit être locale.

Même si cette nouvelle configuration est en place depuis le 1er janvier, les effets du Brexit ne se font pas encore pleinement sentir, et cela pour plusieurs raisons. Craignant une sortie sans accord, de nombreuses entreprises avaient augmenté leurs stocks en fin d’année dernière, et leurs besoins sont donc inférieurs à la normale en ce début d’année. De surcroît, les mesures prises pour faire face à la pandémie de Covid-19 ont réduit l’activité économique et donc les échanges. Côté Britannique, tous les contrôles douaniers ne seront pas effectués avant le mois de juillet.

En ce qui concerne les services, leurs échanges sont aussi moins fluides qu’ils l’étaient avant le Brexit. Ils ont en effet été largement exclus de l’accord commercial. Le cadre réglementaire des services financiers au Royaume-Uni n’a pas été reconnu comme équivalent à celui de l’UE, et il n’y a plus de reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles entre les deux parties.

Désormais, les Britanniques vont faire face à un dilemme. D’un côté, accepter de suivre les évolutions réglementaires de l’UE sans avoir voix au chapitre irait contre l’idée d’une souveraineté retrouvée grâce au Brexit. De l’autre côté, diverger du cadre réglementaire européen exposerait les exportateurs britanniques à davantage de barrières au commerce, car l’UE se protègerait certainement contre des risques accrus de concurrence déloyale.

Voir plus de vidéos Eco TV Week

Sur le même thème

Royaume-Uni : entre soulagement et crispation 31/05/2021
Subissant la double peine du Brexit et de la crise sanitaire, l’économie a particulièrement souffert. Au premier trimestre de 2021, le PIB a encore baissé de 1,5%, du fait des restrictions imposées par la seconde vague épidémique et en dépit d’un fort soutien budgétaire.
Les Anglais vaccinent les premiers 08/04/2021
Jouer comporte des risques, mais peut parfois rapporter gros. Adepte des paris hasardeux (Brexit, immunité collective contre la Covid-19) le premier ministre britannique Boris Johnson n’en reste pas moins celui qui, en misant vite et beaucoup sur les vaccins, aura permis au Royaume-Uni d’entrevoir avant d’autres le bout du tunnel. Plombée en début d’année par un confinement strict, souffrant aussi du recul des échanges avec l’Union européenne, l’économie semble avoir touché le fond ; les enquêtes de conjoncture ainsi que les rapports de mobilité promettent du mieux. Les politiques publiques, budgétaire comme monétaire, soutiendront quant à elles la reprise avant de songer à s’attaquer aux déficits, un premier tour de vis étant prévu pour 2023.
Peut-être la fin du commencement 29/03/2021
Particulièrement endeuillé par l’épidémie de Covid-19 (plus de 126 000 Britanniques y ont déjà succombé), le Royaume-Uni n’en reste pas moins l’un des pays qui, aujourd’hui, vaccinent le plus. Avec 31 millions de doses injectées depuis le début de l’année, le taux de couverture de sa population atteint 46%...
Quelle trajectoire pour les finances publiques du Royaume-Uni après la crise de la Covid-19 ? 02/03/2021
Avant même que ne survienne la pandémie de Covid-19, le Royaume-Uni avait déjà amorcé sa sortie de « l’âge de l’austérité », d’après l’expression de l’ancien Premier ministre David Cameron. L’intervention massive des autorités britanniques pour soutenir l’économie suite à la crise sanitaire a sensiblement renforcé cette tendance. Le déficit du gouvernement s’est approché de 20% du PIB en 2020, et le ratio de dette publique sur PIB a augmenté de vingt points de pourcentage jusqu’à atteindre près de 100%. Une fois la crise passée, nul doute que des ajustements seront nécessaires. Cependant, l’empressement que montre le Trésor à ramener les finances publiques sous contrôle pourrait être contre-productif s’il provoquait un étouffement de la reprise économique. De surcroît, les perspectives de long terme, particulièrement du point de vue démographique, laissent penser que cet objectif sera difficile à atteindre.
De la lumière au bout du tunnel 05/02/2021
Contrairement aux grands pays de l’Union européenne (UE), le Royaume-Uni n’a pas encore publié ses chiffres de PIB pour le dernier trimestre 2020. Néanmoins, l’indicateur mensuel de l’Office for National Statistics (ONS) fournit un avant-goût de l’évolution de l’économie pendant cette période...
Brexit : Le pire a été évité 06/01/2021
Le Royaume-Uni a, depuis le 1er janvier, les deux pieds en dehors de l’Union européenne et un accord de libre-échange entre les deux parties a été trouvé, telle semble être la coutume, à la dernière minute. Si cela est une bonne nouvelle pour les économies britannique et européenne, le Brexit est néanmoins « dur » et s’accompagnera certainement de pertes économiques importantes dans le long terme.
Une rechute en fin d’année, avant la reprise définitive ? 17/12/2020
La baisse record du PIB du Royaume-Uni au deuxième trimestre a laissé place à un rebond lui aussi inédit au troisième, et l’arrivée prochaine d’un vaccin efficace contre la Covid-19 laisse penser que l’économie entrera dès 2021 dans sa phase de reprise définitive. Cependant, le Royaume-Uni n’est pas encore tiré d’affaire. Au regard de la réimposition d’un confinement généralisé durant le mois de novembre, il fait peu de doute que l’activité économique chutera de nouveau au dernier trimestre. De surcroît, l’intensité de la reprise est, du fait du Brexit, plus incertaine qu’ailleurs. Cela est dû non seulement au caractère inédit de la décision du Royaume-Uni de sortir du marché unique et de l’union douanière de l’UE, mais aussi aux incertitudes quant à la signature d’un accord de libre-échange.
Royaume-Uni : quel profil pour la reprise ? 11/12/2020
Après des mouvements records à la baisse puis à la hausse, le PIB du Royaume-Uni devrait rechuter au quatrième trimestre à cause de la réimposition de mesures de restriction dans tout le pays. Ensuite, l’intensité de la reprise dépendra principalement de deux facteurs : l’évolution de la situation sanitaire et les conséquences du Brexit.
Quelles seront les conséquences économiques d’un Brexit dur ? 30/11/2020
À quelques semaines à peine de la fin de la période de transition qui maintient de fait le Royaume-Uni dans l’Union européenne, les incertitudes sont grandes quant au Brexit et à ses conséquences. Néanmoins, quel que soit le résultat des négociations sur un accord de libre-échange, il est certain qu’il s’agira d’un Brexit « dur ». En partant de ce constat, de nombreuses questions importantes se posent. Que représentent le marché unique et l’union douanière de l’UE ? Quelles seront les conséquences de la sortie du Royaume-Uni de ces ensembles ? Quid des répercussions du Brexit sur l’économie du Royaume-Uni, et seront-t-elles différentes selon les secteurs ? Comment le Brexit influera-t-il la politique économique du Royaume-Uni ?
Branché sur la BBC – Budget, Brexit, Covid 27/11/2020
D’après la première estimation du Bureau de la statistique nationale (Office for National Statistics, ONS), le PIB du Royaume-Uni a rebondi de 15,5% au troisième trimestre, conformément aux attentes du consensus, du fait de l’assouplissement des mesures de restriction à la fin du premier confinement. Malgré cette augmentation record, le PIB reste près de 10% inférieur à son niveau de la fin de l’année 2019. Si le cas de l’Espagne est similaire, les PIB des États-Unis, de la France, de l’Allemagne et de l’Italie sont tous revenus à environ 5% de leur niveau d’alors...

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2732 articles et 723 vidéos