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Zone euro : Environnement économique incertain et nouveau soutien monétaire

26/07/2019

Les difficultés traversées par le secteur manufacturier pourraient se transmettre au secteur des services, compte tenu de leur forte interconnexion. La BCE est prête à intervenir face au ralentissement économique actuel et aux premiers signes de décrochage des anticipations d’inflation.

Louis BOISSET

TRANSCRIPT // Zone euro : Environnement économique incertain et nouveau soutien monétaire : juillet 2019

Les services toujours épargnés par la dégradation de l'activité dans le secteur manufacturier

L’activité en zone euro a accéléré à +0,4% au 1er trimestre 2019, surprenant plutôt à la hausse. Elle a été soutenue en grande partie par la consommation privée. L’investissement, globalement robuste en fin d’année 2018, affiche un ralentissement face aux incertitudes élevées. Au total la croissance économique devrait baisser au cours des prochains trimestres.

Au regard des indices des directeurs d’achat (PMI) notamment, la divergence entre l’activité dégradée dans le secteur manufacturier et la résilience du secteur des services reste importante.

Malgré une certaine stabilisation, les secteurs manufacturiers de la zone euro, et l'allemand en particulier, pâtissent du niveau élevé des incertitudes, du ralentissement du commerce mondial et du ralentissement économique dans les pays émergents. La croissance chinoise a d’ailleurs atteint un point bas au T2 2019 à +6,2% en g.a. La zone euro n’est pas la seule à être fragilisée par cette conjonction de facteurs défavorables. Ainsi, le secteur manufacturier japonais, très exposé aux économies asiatiques, souffre également.

Pour l’heure, les services semblent épargnés par les difficultés du secteur manufacturier. En effet, les déterminants macroéconomiques fondamentaux de la demande interne résistent bien : le chômage est en baisse, les salaires accélèrent, les taux d’intérêt sont historiquement bas. Aussi, fait intéressant, l’emploi résiste relativement bien notamment dans le secteur manufacturier, malgré le ralentissement de l’activité dans ce secteur dont la poursuite pourrait finir par peser sur la dynamique des services, compte tenu de l’interconnexion importante entre les deux secteurs.

 

Malgré l’érosion des marges, l’inflation ne décolle pas

En dépit du fort degré d’accommodation monétaire, l’inflation reste basse au regard de l’objectif de 2%. Les raisons structurelles avancées pour expliquer le manque de pressions inflationnistes sont diverses. Il pourrait provenir à la fois d’un déficit de demande comme du processus de digitalisation des économies. Récemment, Benoît Cœuré a souligné le rôle de la tertiarisation de l’économie de la zone euro dans la plus faible réactivité de l’inflation à un choc de politique monétaire. La hausse observée des coûts salariaux unitaires tend à ne pas se transmettre, pour l’heure, pleinement au prix. La dégradation des marges des entreprises qui en découle, si elle persistait, pourrait d’autant plus affecter l’économie de la zone euro.

 

La BCE de nouveau en soutien

Depuis plusieurs semaines, l’assouplissement du discours de la BCE et de son président Mario Draghi est marquant. Le discours de Sintra du 18 juin dernier est, à ce titre révélateur. Il a été suivi d’une baisse des taux longs des Etats membres de la zone, le Bund allemand s’enfonçant encore davantage en territoire négatif et le taux français à 10 ans atteignant 0%.

La BCE est prête à intervenir face au ralentissement économique actuel et aux premiers signes de décrochage des anticipations d’inflation. Parmi les options possibles et anticipées figurent une nouvelle baisse des taux, notamment de dépôt, et le redémarrage des achats nets d’actifs dans le cadre du QE. Les marges de manœuvre monétaires étant réduites, et n'étant pas sans risque, la BCE doit désormais faire preuve de prudence dans l’utilisation de ses munitions.

Au total, le choc négatif subi actuellement par la zone euro étant essentiellement de nature externe, une nouvelle baisse des taux courts et longs, afférentes à un assouplissement monétaire supplémentaire, pourrait ne pas avoir l’effet escompté sur l’activité de la zone.

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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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