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L’investissement d’impact et le plan de relance européen

26/06/2020

Face à la sévérité de la récession, la nécessité d’un plan de relance européen, en complément des importantes mesures nationales déjà prises, ne fait pas de doute. Le plan proposé par la Commission européenne est ambitieux mais se heurte, entre autres, à des considérations d’aléa moral et de conditions strictes. Une solution pourrait consister à appliquer les principes de l’investissement d’impact où la réalisation d’objectifs donnerait lieu à un allègement des conditions de prêt, voire à une conversion partielle de prêts en subventions.

William DE VIJLDER

TRANSCRIPT // L’investissement d’impact et le plan de relance européen : juin 2020

Partie 1

Face à la sévérité de la récession, la nécessité d’un plan de relance européen, en complément des importantes mesures nationales déjà prises, ne fait pas de doute.

Force est de constater des différences importantes en termes de capacités d’intervention des différents pays.

Ces différences risquent d’aggraver les divergences structurelles, ce qui devrait peser sur le bon fonctionnement du marché intérieur.

Une relance européenne est également urgente, pour accélérer le redémarrage de l’économie.

Sur ce plan, nous allons probablement rester sur notre faim : le vrai déploiement des nouvelles ressources devrait avoir lieu seulement à partir de 2021.

Nécessité :

·         Sévérité de la récession

·         Différences capacité d’intervention

·         Divergences se creusent

·         Fonctionnement du marché intérieur européen

Urgence :

·         Accélérer redémarrage

·         Déploiement à partir 2021

 

Partie 2

Fin mai, la Commission européenne a présenté sa proposition d’un plan de relance.

On a surtout retenu qu’il s’agirait d’un montant conséquent (environ 5% du PIB) de 750 mia, reparti entre 500 mia de subventions et 250 mia de prêts. Il serait financé par une émission de dette au niveau européen.

Le récent sommet européen a montré l’ampleur des désaccords. Ils portent sur les clés de répartition, qui regardent trop le passé (comme le niveau moyen de chômage) et pas assez l’impact du choc (donc la hausse du chômage).

Autre pierre d’achoppement, l’idée de donner des subventions, des transferts.

Finalement, il y a la question des conditions pour bénéficier du financement, où les pays dits frugaux (Pays-Bas, Autriche, Danemark, Suède) exigent des conditions très strictes.

 

Next Generation EU :

·         Dette UE

·         750 mia

o   500 mia subventions

o   250 mia prêts

Désaccords : 

·         Clés de répartition

·         Subventions/prêts

·         Conditionnalité

 

Partie 3

L’insistance sur la conditionnalité forte trouve son origine dans deux considérations

Un, le passé. Certains pays disent que leur rigueur budgétaire historique leur donne plus de marge de manœuvre aujourd’hui. Cependant, cet argument ne tient pas compte du fait que le choc économique de la pandémie est plutôt une question de malchance que d’une mauvaise gouvernance.

Deux, l’avenir. C’est le souci d’éviter que l’argent soit mal utilisé, autrement dit l’aléa moral. En revanche, les pays qui ont besoin du financement auront tendance à refuser des conditions strictes, ne fut-ce que pour des raisons politiques (leur électorat).

Afin de résoudre cette quadrature du cercle on pourrait appliquer les principes de l’investissement d’impact. On fixerait des objectifs qui, si atteint, donneraient lieu à une amélioration des conditions de financement, donc des taux d’intérêt de plus en plus bas, vire négatifs. On pourrait imaginer la conversion partielle de prêt en subvention.

Par cette approche, on créerait une situation de gagnant/gagnant : chacun a intérêt que son voisin se porte mieux économiquement. En outre,  il devrait politiquement être plus facile pour des pays d’accepter ces objectifs si leur réalisation se traduit dans un allègement des conditions de financement.

Rendez-vous les 17 et 18 juillet pour un nouveau sommet européen. Il sera en présentiel, ce qui en montre l’importance.

 

Conditionnalité :

·         Malchance/mauvaise gouvernance

·         Aléa moral

Investissement d’impact :

·         Fixer objectifs

·         Amélioration des conditions de financement

·         Convertir prêt en subvention

·         Gagnant/gagnant

Rendez-vous 17-18 juillet

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