eco TV Week

Le prêt garanti par l’État évolue

06/11/2020

Afin d’atténuer les conséquences de la reprise de l’épidémie de Covid 19 et du reconfinement depuis le 30 octobre sur la trésorerie des entreprises, la distribution du Prêt garanti par l’Etat est allongée de six mois, jusqu’au 30 juin 2021.

Laurent QUIGNON

TRANSCRIPT // Le prêt garanti par l’État évolue : novembre 2020

I - Les nouvelles caractéristiques du PGE

Pour tenir compte de la situation nouvelle créée la reprise de l’épidémie de coronavirus et le reconfinement depuis le 30 octobre dernier, le gouvernement a décidé d’adapter le dispositif des prêts garantis par l’Etat accordés par les banques (ou PGE).

1)                  La période de distribution est allongée de 6 mois : les entreprises peuvent désormais souscrire un PGE jusqu’au 30 juin 2021. 

2)                  Ces prêts bénéficient d’un différé de remboursement d’un an. Celui-ci pourra être étendu au cas par cas jusqu’à deux ans à la discrétion du prêteur. La période d’amortissement s’étale entre un et cinq ans au choix de l’entreprise.

3)                  Au-delà de la période de différé, la fourchette de taux varient selon la durée d’amortissement du PGE :

  -  entre 1 % et 1,5 % si le prêt est remboursé moins de deux ans après le différé,

  -  entre 2 % et 2,5 % si le prêt est remboursé entre deux et cinq ans après le différé.

4) L’Etat propose également des prêts directs aux entreprises  qui n’obtiendraient pas de solution de financement :

-          Jusqu’à 10 000 euros pour les entreprises de moins de 10 salariés ;

-          50 000 euros pour les entreprises de 10 à 49 salariés.

 

II-                  Un instrument efficace de reconstitution des trésoreries

1)      La baisse d’activité au cours première période de confinement a lourdement pesé sur la trésorerie des entreprises. Associé aux autres mesures gouvernementales comme le chômage partiel et le report des charges, le PGE a toutefois permis d’en contenir les effets.

2)      Entre le lancement des premiers PGE le 25 mars 2020 et le 23 octobre 2020, 122,5 milliards ont été distribués à près de 600.000 entreprises, soit un peu plus de 40% de l’enveloppe globale de 300 mds d’euros. 

3)      Si d’autres formes juridiques sont éligibles, les sociétés non financières en sont les principales bénéficiaires. Leurs flux de crédits bancaires nets des remboursements ont ainsi progressé de près de 80 milliards entre mars et septembre 2020, soit quatre fois les flux nets de crédits bancaires distribués durant la même période de 2019.

4)      Associées à la hausse de la dette de marché émise par les grandes entreprises, ces évolutions se sont traduites par une hausse de l’endettement équivalente à 15% de la valeur ajoutée créée par les sociétés non financières, soit autant en un semestre qu’au cours  cinq années précédentes ! 

5)      Cette hausse mérite toutefois d’être nuancée par la progression concomitante des dépôts des sociétés non financières : les PGE ont pour partie été thésaurisés.

Entre mars et août 2020, les dépôts à vue des sociétés ont ainsi augmenté de 119 milliards d’euros tandis que les flux nets de financement (crédits bancaires et dette de marché) augmentaient de 150 milliards. Selon BPI France, 60 % des entreprises n’avaient toujours pas utilisé leur PGE en septembre.

III - Le renforcement nécessaire des fonds propres

1)      Même si les PGE et les autres mesures gouvernementales de soutien ont considérablement atténué les conséquences de la baisse des chiffres d’affaire sur les trésoreries, ces dernières demeurent particulièrement tendues dans certains secteurs. 

2)      Dans ce contexte, la baisse des défaillances d’entreprises de 31% entre septembre 2019 et septembre 2020 apparaît quelque peu surprenante. Elle découle principalement des dispositions de l’ordonnance du 27 mars 2020 :

-          Le report de l’obligation de déclarer la cessation des paiements jusqu’au 7 octobre 2020,

-          l’impossibilité pour tout créancier ou pour le ministère public de solliciter l’ouverture d’une procédure collective sur la cessation de paiements du débiteur. 

3)      Le projet de loi d’urgence sanitaire en cours de discussion au Parlement devrait prolonger l’habilitation qui autorise le gouvernement à reconduire ces dispositions par ordonnance jusqu’au 31 janvier 2021.

Un surcroît de dette constitue une solution appropriée pour compenser une perte d’activité temporaire. Or la reprise de l’épidémie dans les principaux pays européens et les nouvelles mesures de confinement éloignent la perspective d’une normalisation de l’activité économique.

Dans ces conditions, des apports complémentaires de ressources pérennes apparaissent incontournables pour aider les entreprises à sortir de la crise sanitaire. Ils pourraient prendre la forme :

-          d’une poursuite de l’extension des allègements de charges, dont le corollaire serait une substitution de dette publique à de la dette privée,

-           et d’un renforcement des fonds propres des entreprises, dont les prêts participatifs constituent une première étape.

Voir plus de vidéos Eco TV Week

Sur le même thème

Consommation des ménages en France. Tableau de bord : poids, vitesse et composition 26/11/2020
Dans ce premier épisode, nous remettons en perspective l’importance du rebond de la consommation des ménages en 2019. Au travers d’éléments descriptifs de la consommation des ménages, de ses rythmes de progression, historiques et récents, et de l’évolution de sa composition au cours du temps, Hélène Baudchon dresse un tableau de bord permettant de comprendre son rôle de moteur. Elle s’intéresse plus particulièrement à l’année 2019, pour mieux cerner l’ampleur du rebond de la consommation cette année-là, à quel point il est fort et/ou faible.  
Les déterminants de la consommation des ménages français : Focus sur les gains de pouvoir d’achat 26/11/2020
La consommation des ménages ne réagit pas immédiatement et intégralement à un surcroît de pouvoir d’achat. C’est, en partie, pour cette raison que la hausse de la consommation des ménages en 2019 n’a pas été aussi importante que les gains de pouvoir d’achat cette année-là. Dans ce deuxième épisode, Hélène Baudchon abordera différents éléments d’explication de cette performance en demi-teinte de la consommation des ménages en 2019 en mettant notamment l’accent sur le rôle des gains de pouvoir d’achat.
Les autres déterminants de la consommation des ménages français (chômage, politique budgétaire, confiance, variables financières) 26/11/2020
Dans ce troisième et dernier épisode, Hélène Baudchon passe en revue les  déterminants de la consommation des ménages autres que le pouvoir d’achat. Elle abordera les effets du chômage et de l’épargne de précaution, de la politique budgétaire, de la confiance, des taux d’intérêt et des effets de richesse sur la consommation.
Marché du travail français : état des lieux et éléments de perspective 20/11/2020
L’ampleur du choc récessif en France, au premier semestre 2020, dû à la crise de la Covid-19, et le rebond mécanique spectaculaire qui a suivi au troisième trimestre retiennent tout particulièrement l’attention. Mais les évolutions de l’emploi salarié privé et du taux de chômage sont également remarquables.
France : les chiffres hors-normes du budget 2021 13/11/2020
Les chiffres hors-normes de déficit budgétaire prévus par le gouvernement, dans son projet de loi de finances pour 2021, portent la double trace du choc récessif massif provoqué par la pandémie de Covid-19 et de la réponse budgétaire apportée, également massive, tant pour amortir la crise que pour soutenir la reprise.
Les évolutions très amorties de l’emploi par rapport à celles du PIB 10/11/2020
D’après l’estimation flash de l’INSEE, l’emploi salarié privé en France a rebondi de 1,8% t/t au T3 2020 après avoir chuté de 2,5% au T1 et de 0,8% au T2. Un peu plus de la moitié des emplois détruits au S1 a ainsi été récupérée (345k sur 650k). L’emploi se situe 1,5% en-deçà de son niveau d’avant-crise contre 4% pour le PIB. L’évolution très amortie du premier par rapport au second, à la baisse comme à la hausse, est remarquable. Il faut y voir l’effet du recours massif au chômage partiel permis par l’important renforcement du dispositif décidé par le gouvernement dans le cadre des mesures d’urgence prises au printemps pour faire face au choc du confinement. Au T4, l’emploi devrait rechuter dans le sillage de l’activité, sous l’impact du nouveau confinement. Ensuite, l’ampleur de son redressement est très incertaine, pour partie parce que la vigueur de la reprise l’est également. En 2021, la croissance de l’emploi sera certes soutenue par le plan France Relance. Toutefois, elle restera aussi et surtout contrainte par l’effet retard de la chute de l’activité en 2020, par l’hétérogénéité sectorielle (les secteurs les plus durablement affectés par la crise de la Covid-19 étant d’importants employeurs), par le retour en activité des personnes en chômage partiel et par les efforts de reconstitution des gains de productivité et des marges des entreprises (plus ils seront importants, moins le redressement de l’emploi le sera). C’est en 2022 que la situation devrait plus visiblement s’améliorer.
Montagnes russes 03/11/2020
La principale nouvelle économique est la publication, par l’INSEE, vendredi 30 octobre, d’une première estimation de la croissance française au T3. La surprise est bonne puisque le rebond du PIB est plus important qu’attendu : +18,2% t/t (contre +16% t/t prévu). Il est aussi spectaculaire que le plongeon qui l’a précédé (-5,9% t/t au T1 et -13,7% t/t au T2) mais il ne permet pas de rattraper tout le terrain perdu : le PIB reste 4% sous son niveau de la fin 2019. L’ensemble des composantes du PIB ont très fortement rebondi, plus que prévu. La contribution des variations de stocks, plus négative qu’anticipé, vient atténuer le rebond...
France, budget 2021 : budget de crise, budget de reprise 30/10/2020
Dans son projet de loi de finances pour 2021, présenté fin septembre, le gouvernement prévoyait un déficit de 10,2% du PIB en 2020 et de 6,7% en 2021 (après un déficit observé de 3% en 2019). Selon les prévisions, le ratio de dette publique devait augmenter de près de 20 points, à 117,5% du PIB en 2020, avant de refluer légèrement à 116,2% en 2021. Ces chiffres hors normes portent la double trace du choc récessif massif au premier semestre 2020, provoqué par la pandémie de Covid-19, et de la réponse budgétaire, également massive, apportée tant pour amortir la crise que pour soutenir la reprise. Leur détérioration devrait s’amplifier avec la recrudescence de l’épidémie à l’automne.  S’agissant du soutien à la reprise, le plan « France Relance » met sur la table EUR 100 milliards, alloués sur 2020-2022. D’après les estimations de Bercy, le plan soutiendrait l’activité à hauteur d’1,1 point en 2021 et d’1 point en 2022. Ce soutien proviendrait pour 75% du volet demande du plan. Ainsi soutenue, la croissance s’élèverait à 8% en 2021 en moyenne annuelle d’après la prévision du gouvernement, après une contraction attendue de 10% en 2020. Le Haut Conseil des finances publiques estime « prudente  » la prévision de croissance du gouvernement pour 2020 et « volontariste » celle pour 2021. S’agissant des prévisions de déficit budgétaire pour 2020 et 2021, elles sont jugées «  atteignables » mais sont soumises à de fortes incertitudes. Le rapport économique, social et financier (RESF) fournit des premières indications de la trajectoire des finances publiques à l’horizon 2025, notamment le retour attendu du déficit juste sous la barre des 3% à cette date. Ce budget marque aussi une première avec la présentation d’un « budget vert », c’est-à-dire une comptabilisation des dépenses publiques à l’aune de leur impact environnemental.
La consommation des ménages français en 2019 : faible et forte à la fois 20/10/2020
Le moteur de la croissance française, la consommation des ménages, serait-il grippé ? Ou, au contraire, était-il en train de repartir ? En 2019, elle a progressé de 1,5% en volume en moyenne annuelle[1], un rythme considéré comme décevant. Pour quelle(s) raison(s) ? Par rapport à quoi ? S’agit-il vraiment d’un rebond de faible ampleur ? Il n’est pas si facile d’en juger : tout dépend de la perspective retenue et du déterminant analysé. Cet article apporte des éléments de contextualisation et de réponses à ces questions. La première partie décrit le rôle de moteur de la consommation des ménages, sa dynamique de croissance, et sa composition. La seconde partie analyse le (manque de) dynamisme de la consommation depuis 2008 en général et en 2019 en particulier. [1] Toutes les données commentées dans cet article sont issues des comptes nationaux disponibles à la mi-juin 2020.
07/10/2020

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2569 articles et 664 vidéos