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Le projet de nouvelle crypto-monnaie « Libra »

28/06/2019

Le projet de nouvelle crypto-monnaie « Libra » que Facebook prévoit de lancer en 2020 soulève plusieurs interrogations et appelle une réponse adaptée du régulateur.

Laurent QUIGNON

TRANSCRIPT // Le projet de nouvelle crypto-monnaie « Libra » : juin 2019

Les réflexions suscitées par le projet de monnaie digitale « Libra »

Le réseau social Facebook a publié la semaine dernière son projet de nouvelle crypto-monnaie « Libra » qu’il envisage de lancer en 2020.

En préambule, il convient de rappeler que les crypto-monnaies ne sont en rien de véritables monnaies. Comme l’a souligné la BCE dans un document de travail publié en mai, bien que certains utilisateurs les considèrent, dans des circonstances particulières, comme des substituts aux monnaies officielles, ces crypto-monnaies ne sont pas soumises au contrôle des autorités monétaires et présentent une très forte volatilité. Ces deux caractéristiques ne leur permettent pas de remplir les fonctions d’une véritable monnaie : moyen de paiement universel, réserve de valeur, unité de compte. La banque centrale européenne préfère d’ailleurs le terme de « crypto-actif » à celui, impropre, de « crypto-monnaie ».

Pour affaiblir la critique relative à la volatilité des crypto-monnaies, le Libra sera adossé à une « réserve » d’actifs qui lui confèrera une valeur intrinsèque. Or les actifs sûrs, principalement des titres d’emprunts d’Etat, sont en quantité limitée. Des volumes importants ont été achetés par les banques centrales dans le cadre de leurs mesures non conventionnelles d’achats d’actifs, tandis que certaines banques commerciales les utilisent largement pour constituer leurs matelas de liquidité. Dès lors, un développement rapide du Libra serait susceptible d’interagir avec certaines mesures de politique monétaire. Une deuxième faiblesse du Libra est que les actifs constitutifs de la réserve seraient libellés en plusieurs devises, ce qui impliquerait bien un risque de change au moins partiel pour les détenteurs de Libra.

Le mode de fonctionnement reste flou. D’un côté, le Libra est présenté comme un nouveau crypto-actif géré par une association privée regroupant vingt partenaires, dont certains appartiennent aux secteurs des services et des cartes de paiement,  ce qui suggère une structure plutôt centralisée. D’un autre côté, le nouveau crypto-actif est censé reposer à terme sur une technologie de type blockchain, ce qui implique au contraire une structure décentralisée, à l’instar du Bitcoin. Le réseau social justifie l’absence temporaire d’une structure décentralisée par l’énorme quantité d’énergie électrique que mobiliserait une technologie de type blockchain dans laquelle chaque ordinateur connecté contribue au fonctionnement du système.

Les banques centrales débattent depuis quelques années de l’opportunité de créer des « monnaies digitales de banque centrale » qui elles, auraient, un caractère officiel.  La dernière initiative en date pourrait relancer la discussion. L’ensemble des banques centrales s’accordent sur la nécessité de réguler la nouvelle monnaie digitale en raison des risques de déstabilisation du système financier qu’elle impliquerait si elle venait à se substituer aux dépôts bancaires. Pour l’heure, seul le gouverneur de la Banque d’Angleterre a soulevé la question de l’opportunité d’autoriser ces nouveaux acteurs à détenir un compte auprès de la banque centrale, à l’instar des établissements de crédit, en se gardant d’y répondre.

Le réseau Libra fonctionnera indépendamment depuis la Suisse mais les utilisateurs devront créer un porte-monnaie qui sera quant à lui directement géré par le réseau social. Les données collectées pourront être croisées avec les autres données de l’utilisateur sous réserve qu’il ait préalablement donné son consentement au réseau social. Aussi, la valeur économique attendue par les initiateurs du projet ne repose pas tant sur la nouvelle « monnaie » (qui n’en est pas une) que sur les données qui seront collectées sur les comportements d’achats et de paiements des utilisateurs.

Cette nouvelle initiative soulève également la question de la nature juridique de ce crypto-actif. Ce n’est certes pas une monnaie, mais s’agit-il d’un titre, d’une part de fonds, ou d’autre chose ? La réponse à cette question dépendra étroitement de la réponse que devra apporter le régulateur tant pour préserver la sécurité des utilisateurs que pour garantir la stabilité du système financier.

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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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