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Les taux d’intérêt négatifs et l’épargne des ménages

03/10/2019

Les taux d’intérêt sont très bas et souvent négatifs dans de nombreux pays de la zone euro. Certains redoutent que cette situation finisse par engendrer un paradoxe de l’épargne qui conduirait à une augmentation du taux d’épargne des ménages. La politique monétaire deviendrait alors impuissante à stimuler la croissance.

William DE VIJLDER

TRANSCRIPT // Les taux d’intérêt négatifs et l’épargne des ménages : octobre 2019

Rappel de quelques notions

Avant de nous pencher sur les répercussions des taux d’intérêt faibles à négatifs, il convient de préciser quelques notions.

Le taux d’épargne des ménages est le rapport entre l’épargne brute des ménages et le revenu disponible brut, ajusté de la variation de leurs droits à pension.

L’épargne brute est la part du revenu disponible brut qui n’est pas utilisée en dépense de consommation finale. En conséquence, le taux d’épargne augmente lorsque le revenu disponible brut croît à un rythme supérieur à celui de la dépense de consommation finale.

Le taux d’épargne peut être mesuré sur une base brute ou nette. Le taux d’épargne net est mesuré après déduction de la consommation de capital fixe (dépréciation).

L’épargne des ménages peut être estimée en déduisant du revenu disponible la dépense de consommation par unité de consommation et l’ajustement net de la variation de leurs droits à pension.

Le revenu disponible correspond essentiellement aux revenus d’activité et au revenu des entreprises non constituées en société, une fois pris en compte les intérêts nets, les dividendes reçus et les prestations sociales ainsi que le paiement de l’impôt sur le revenu et des cotisations sociales.

L’épargne des ménages peut être utilisée pour la formation de capital des ménages (principalement, l’achat et la rénovation de logements) et pour l’épargne financière.

 

Effets de taux d’intérêt bas et en baisse

Des taux d’intérêt bas et en baisse peuvent avoir un effet sur l’épargne des ménages par le biais de plusieurs canaux.

L’accélération de la croissance économique va se traduire par une augmentation de l’emploi et, par conséquent, du revenu des ménages. Cela devrait stimuler le volume de l’épargne des ménages.

La faiblesse des taux réduit le coût d’opportunité lié à une dépense effectuée au moment présent plutôt qu’à une date ultérieure. C’est ce que l’on appelle l’effet de substitution. Le taux d’épargne s’en trouve ainsi réduit.

L’effet de revenu a des conséquences opposées : comme la baisse des taux d’intérêt implique une diminution des revenus financiers générés par un volume donné d’actifs financiers, les ménages peuvent décider d’accroître leur épargne et de diminuer leurs dépenses.

Enfin, la baisse des taux d’intérêt peut entraîner une hausse des prix de l’immobilier et des marchés actions, créant ainsi un effet de richesse susceptible de stimuler les dépenses de consommation et, par conséquent, de peser sur le volume de l’épargne.

 

Les conséquences de taux réels durablement négatifs

Les rendements nominaux des obligations d’État sont négatifs dans de nombreux pays de la zone euro, même pour les échéances éloignées. Une fois l’inflation prise en compte, les taux d’intérêt réels sont encore plus négatifs. Il s’ensuit un impact défavorable sur le revenu financier qui pose la question de savoir comment certains ménages vont financer une partie de leurs dépenses après leur départ à la retraite.

En d’autres termes, des taux d’intérêt négatifs peuvent entraîner une inadéquation entre actifs et passifs, les premiers étant inférieurs aux seconds. Certains fonds de pension néerlandais sont exactement dans cette situation, ce qui pourrait se solder par une baisse des sommes versées au moment de la retraite.

Les taux négatifs conduiront-ils à une augmentation du taux d’épargne ? Cela dépendra, entre autres facteurs, de l’estimation, faite par les ménages, du maintien de taux négatifs pendant de nombreuses années à venir. La recherche empirique n’apporte pas de réponse claire. Cependant, force est de constater que le taux d’épargne a augmenté dans la zone euro au cours des derniers trimestres ; cela a été le cas en France mais aussi, en particulier, en Allemagne. Après tout, les taux négatifs ont peut-être un impact.

 

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