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La zone euro n’est pas (encore) le Japon

31/10/2019

Le débat autour de la « japonisation » de la zone euro s'intensifie. En première approche, l'économie de la zone euro présente des similitudes avec le profil macroéconomique du Japon. Bien que des défis persistent, la zone euro, pour l'heure, résiste.

Louis BOISSET

TRANSCRIPT // La zone euro n’est pas (encore) le Japon : octobre 2019

De plus en plus débattue, la question de la « japonisation », ou syndrome japonais, de la zone euro prend, en ces temps de ralentissement économique, une saveur particulière. Ce syndrome japonais peut se définir comme la combinaison d’un taux de croissance effectif inférieur au taux de croissance potentiel, d’un principal taux d’intérêt directeur nul, voire d’un taux d’intérêt naturel négatif et, d’un taux d’inflation négatif.

Le Japon a connu depuis le début des années 1990 trois chocs d’ampleur importante : l’éclatement des bulles immobilière et financière, dont l’économie a eu beaucoup de mal à se relever, la crise asiatique de la fin des années 1990 et la crise de 2008-2009.

Au début des années 1990, le dégonflement brutal des bulles immobilières et boursières fait chuter la valorisation des actifs. La baisse de la valeur des collatéraux fragilise les emprunteurs et le système bancaire dans son ensemble. La réponse alors trop timide des autorités pour régler ces déséquilibres pèse sur la dynamique du crédit qui restera durablement affaiblie. Par ricochet, la demande, les prix et la croissance en pâtissent. L’inflation s’installe en territoire négatif à partir de la fin des années 1990 et y restera durablement. Cet épisode prolongé de déflation est particulièrement caractéristique de la récente histoire économique japonaise.

Un environnement faiblement inflationniste, une croissance économique heurtée depuis 20 ans et un régime de croissance faible, des taux d’intérêt négatifs sur un large spectre de maturités, des mesures non conventionnelles de politique monétaire, une dette publique toujours élevée. Ces facteurs caractéristiques de l’économie de la zone euro permettent d’établir, en première lecture, des similitudes avec le profil macroéconomique du Japon. Toutefois, la zone euro semble résister et l’intégrité de la monnaie unique a su être préservée en raison notamment d’une forte réaction de la politique monétaire. Par exemple, malgré son jeune âge et deux crises profondes, l’environnement d’inflation est certes faible mais il n’y a pas de déflation.

À l’avenir, les défis structurels seront déterminants :

  • Un défi lié aux évolutions démographiques ; la zone euro vieillit et le potentiel de croissance comme les finances publiques seront affectés ;
  • Un défi lié au ralentissement de la productivité qui n’est pas de bon augure pour la croissance à long terme ;
  • Un défi politique enfin, lié à la construction de la zone euro elle-même. La zone euro doit éviter certaines erreurs de politiques économiques commises par le passé. Aussi, les divergences idéologiques et culturelles devront être surmontées afin d’approfondir l’intégration, notamment budgétaire, de la zone euro.

Au cours des prochaines semaines nous publierons un article sur le thème de la japonisation de la zone euro, qui permettra d’entrer plus en détail dans le sujet.

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QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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