Perspectives

2020 : l’année du redémarrage ?

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EcoPerspectives // 1 trimestre 2020  
economic-research.bnpparibas.com  
Zone euro  
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020 : l’année du redémarrage ?  
L’année 2020 sera-t-elle marquée par une accélération de l’activité en zone euro ? Des premiers signes plus favorables semblent  
émerger, sans toutefois apparaître nettement dans les données dures. En tout état de cause, la croissance de la zone euro devrait  
rester basse. Dans ce contexte, les pressions inflationnistes resteraient insatisfaisantes pour les banquiers centraux au regard de  
leur objectif. Au-delà de la question de l’objectif, de nouveaux chantiers arriveront sur la table du Conseil des gouverneurs de la BCE  
en 2020. Christine Lagarde a annoncé le lancement de la revue stratégique de l’institution de Francfort. Au programme : monnaies  
digitales, changements climatique et technologique, et inégalités.  
Des indicateurs d’enquêtes qui cessent de se dégrader dans le  
1
- Croissance et inflation  
secteur manufacturier, des évolutions récentes plutôt favorables  
dans les dossiers des négociations commerciales entre la Chine et  
les Etats-Unis et celui du Brexit, des conditions de financement qui  
resteront très accommodantes et un marché du travail qui faiblit  
mais reste relativement résistant, sont autant de paramètres qui,  
sans annoncer de rebond marqué, sous-tendent un début de  
stabilisation de la croissance.  
Croissance du PIB (%)  
Inflation (%)  
Prévision  
Prévision  
2.7  
1
.9  
1
.8  
1
.5  
1
.3  
1
.1  
1.2  
19  
1.1  
21  
1
.0  
Pas de rebond de la croissance  
0.8  
20  
En zone euro, l’année 2019 a été marquée par un ralentissement  
économique sensible. Les difficultés du secteur manufacturier  
observées dès la deuxième moitié de 2018 ont persisté l’an dernier.  
La croissance s’est établie à un robuste 0,4% au T1 2019 avant de  
diminuer et de se stabiliser à +0,2% aux deux trimestres suivants.  
Sur l’ensemble de l’année, nous anticipons pour la zone euro une  
croissance moyenne de +1,1%, après +1,9% en 2018.  
17  
18  
19  
21  
17  
18  
20  
Sources : comptes nationaux, BNP Paribas  
2- Croissance du PIB et de l’agrégat monétaire M1  
---- Croissance réelle de M1 (g.a. en %, avancée de 12 mois)  
Les indicateurs conjoncturels et avancés de l’activité font toutefois  
état d’une certaine stabilisation. L’indice des directeurs d’achats  
PMI service (é.d.)  
1
4%  
2%  
0%  
65  
(
(
PMI) du secteur manufacturier reste, certes, en territoire récessif  
en dessous de 50), à 46,3 en décembre 2019, mais tend à ne plus  
1
1
60  
se dégrader. Dans les services, le PMI est en hausse en décembre  
à 52,8) et solidement installé en zone d’expansion (au-dessus de  
0). La crainte d’une contagion des difficultés manufacturières au  
8%  
6%  
4%  
55  
(
5
50  
secteur des services ne s’est donc pas, pour l’heure, matérialisée.  
Ces prochains mois, l’horizon pourrait quelque peu s’éclaircir. En  
effet, la croissance réelle de l’agrégat monétaire étroit (M1), qui  
offre une information pertinente concernant un potentiel  
2%  
0%  
45  
40  
-2%  
1
-4%  
retournement économique , est bien orientée (cf. graphique 2).  
35  
Au total, en 2020, la croissance en zone euro baisserait à +0,8%  
avant d’augmenter en 2021 pour converger vers son niveau  
potentiel (cf. graphique 3). Bien qu’en ralentissement, la  
consommation des ménages resterait relativement soutenue dans  
un contexte de salaires toujours allants. Du côté des entreprises, la  
bonne tenue de l’investissement se poursuivrait, porté notamment  
par des conditions de financement très favorables. Il est à souligner  
que la hausse récente des taux d’intérêt à long terme reflèterait un  
regain de confiance de la part des agents économiques, en  
particulier s’agissant de l’éloignement du risque de récession. Ce  
mouvement haussier devrait néanmoins rester limité face aux  
Sources : BCE, Markit  
Note de lecture : l’agrégat monétaire étroit M1 regroupe les billets, les pièces et les  
dépôts à vue.  
faibles pressions inflationnistes (1,0% en 2020 comme en 2021).  
Comme en 2019, la politique budgétaire en zone euro devrait être  
légèrement expansionniste au niveau agrégé en 2020, et donc  
2
n’apporter qu’une timide impulsion à la croissance .  
Plusieurs risques entourent ce scénario et certains indicateurs  
seront à suivre avec attention en 2020. Tout d’abord et comme nous  
1
2
R. Fendel et al., Predicting recessions using term spread at the zero lower  
European Commission, European Economic Forecast - Autumn 2019,  
bound: The case of the euro area, VOX CEPR, janvier 2019  
Novembre 2019  
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l’indiquons depuis plusieurs mois, la poursuite de la résilience du  
marché du travail face à une croissance plus faible sera  
déterminante. Malgré le choc négatif important que connaît le  
secteur depuis plusieurs trimestres, l’emploi industriel apparaît  
moins dynamique mais continue néanmoins de progresser en  
rythme annuel.  
3
- Contributions par pays à la croissance de la zone euro en  
prévision (en pp)  
 Allemagne  France  Italie  Espagne  Autres  
1
1
1
0
,4  
,2  
,0  
,8  
Par ailleurs, les exportateurs de la zone euro devront opérer dans  
un environnement international encore fragile. La dynamique des  
échanges internationaux ne parvient pas encore à se redresser (le  
volume du commerce mondial a affiché en octobre une croissance  
0,6  
e
négative pour le 5 mois consécutif). Du côté de l’activité  
0
0
0
,4  
,2  
,0  
économique en Chine, partenaire commercial important de la zone  
euro, celle-ci ne devrait commencer à ré-accélérer qu’à partir de la  
seconde moitié de l’année 2020.  
2
019  
2020*  
2021*  
Enfin, un choc externe n’est pas à écarter. Une montée des  
tensions au Moyen-Orient pourrait par exemple faire monter les prix  
de l’énergie tandis que de nouvelles surtaxes douanières  
pénaliseraient la demande interne.  
Source : Eurostat  
= prévisions  
*
4
- Inflation sous-jacente et taux d’intérêt  
BCE : une nouvelle ère  
---- Inflation sous-jacente observée et projections BCE (%, g.a.)  
A peine à la tête de l’institution monétaire, la nouvelle présidente de  
la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a déjà  
inscrit sa marque. Son discours lors de la réunion du 12 décembre a  
par ailleurs confirmé nos précédentes anticipations : la politique  
monétaire de la BCE restera désormais probablement inchangée  
jusqu’à l’horizon de notre prévision.  
-
--- Taux de facilité de dépôt (en %)  
4
3
2
1,6  
1,3 1,4  
Selon les dernières projections de l’institution, la croissance en zone  
euro demeurera faible à court terme, malgré des signes de  
stabilisation. A moyen terme, bien que les risques entourant la  
dynamique de croissance restent élevés, les équipes de la BCE  
soulignent que certains d’entre eux pourraient en partie se dissiper  
1
0
1
-
1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 2017 2019 2021  
(
notamment concernant les négociations commerciales entre les  
Source : Banque centrale européenne  
Note de lecture = les traits horizontaux verts représentent les projections en moyenne  
annuelle de l’inflation sous-jacente de la BCE pour les années 2020, 2021 et 2022.  
Etats-Unis et la Chine). La légère accélération de l’activité et la  
dynamique toujours soutenue des salaires se répercuteraient en  
partie sur l’inflation, sa composante sous-jacente atteignant 1,6% en  
3
2
022 selon la BCE (cf. graphique 4). Mme Lagarde a toutefois  
Elle pourrait également buter contre les dissensions apparues lors  
des derniers mois au sein de la BCE et avec lesquelles Mme  
Lagarde devra opérer. Les prochaines réunions de politique  
monétaire offriront évidemment des précisions relatives à ces  
nouveaux chantiers.  
indiqué que ce rythme ne constituerait pas un « objectif atteint »,  
renforçant l’hypothèse d’une absence de durcissement des  
conditions monétaires à un horizon relativement long.  
En 2020, l’ouverture de la revue stratégique de la BCE, annoncée  
par sa Présidente, sera le sujet à suivre. Comme la Réserve  
fédérale aux Etats-Unis, la banque centrale de la zone euro lance  
donc une réflexion à propos des objectifs et des instruments de  
politique monétaire (dans un contexte de marges de manœuvre  
particulièrement réduites), mais pas uniquement. Les questions  
liées aux monnaies digitales, aux changements climatique et  
technologique et aux inégalités seront désormais pleinement sur la  
table du Conseil des gouverneurs. Cette revue, d’une durée d’un an,  
stratégique occupera largement les débats entre les observateurs.  
3
European central bank, Eurosystem staff macroeconomic projections for the  
euro area, December 2019  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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