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EcoPerspectives // 1er trimestre 2020  
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economic-research.bnpparibas.com  
France  
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020 : nouvelle année, mêmes tendances  
Après une année 2019 en demi-teinte, marquée par une croissance peu élevée mais résistante grâce à la bonne tenue de la demande  
intérieure finale, les perspectives pour 2020 sont à l’avenant. La croissance resterait sur un rythme proche (1,1% après 1,3%). Le rebond de  
la consommation des ménages s’affermirait, porté par les gains importants de pouvoir d’achat, mais le dynamisme de l’investissement,  
difficilement soutenable, fléchirait et les exportations resteraient limitées par la faible demande mondiale. En ce début d’année, plusieurs  
risques baissiers extérieurs ont perdu en intensité (tensions commerciales, Brexit, craintes de récession américaine et allemande). Sur le  
front intérieur, le soutien de la politique économique reste un aléa positif et le contexte social tendu constitue un aléa négatif.  
2019 : fausse modestie de la croissance  
1- Croissance et inflation  
Au T3 2019, le PIB a progressé de 0,3% t/t, en ligne avec les attentes.  
C’est la quatrième hausse à ce rythme sur les cinq derniers trimestres  
Croissance du PIB (%)  
Inflation (%)  
Prévision  
Prévision  
(exception faite du 0,4% du T4 2018). Il s’agit d’un « petit » 0,3%  
(
0,27%), qui marque une légère inflexion par rapport à la moyenne du  
2
,4  
T3 2018 au T2 2019 (0,4%). Toutefois, plus encore que les trimestres  
précédents, la croissance est moins modeste qu’il n’y paraît : elle  
masque une contribution de 0,6 point de pourcentage de la demande  
intérieure finale (versus 0,5 point en moyenne sur les quatre  
trimestres précédents). La consommation des ménages et  
l’investissement des entreprises ont progressé un peu plus vite qu’au  
T2 (permettant au rebond tant attendu de la première de se dessiner  
peu à peu et au dynamisme du second de se confirmer). Les  
variations de stocks ont contribué un peu moins négativement  
2,1  
1
,7  
1,3  
19  
1,3  
21  
1,3  
19  
1
,1  
1,2  
1,1  
21  
1
,0  
1
7
18  
20  
17  
18  
20  
Sources : comptes nationaux, BNP Paribas  
(
-0,1 point après -0,2). Ces évolutions favorables ont été  
2
- Climat des affaires des deux côtés du Rhin  
contrebalancées par le net ralentissement de l’investissement des  
ménages (après un sursaut singulier au T2) et, surtout, par la  
contribution négative du commerce extérieur (-0,3 point), due au  
rebond des importations et à un nouveau léger recul des exportations.  
 PMI manufacturier  PMI services  
6
6
5
5
5
0
5
0
65  
60  
55  
50  
45  
40  
France  
Allemagne  
Les perspectives de croissance pour le T4 sont favorables au  
regard des enquêtes sur le climat des affaires, disponibles jusqu’en  
décembre. Elles plaident, en effet, pour un maintien de la  
croissance sur son rythme de 0,3% : en moyenne sur le T4,  
l’indicateur synthétique de l’INSEE se situe au même niveau (élevé)  
qu’au T3 et au T2 (106), tandis que le PMI composite de Markit  
progresse à nouveau légèrement (52,2 après 51,9 et 51,3).  
45  
4
0
L’évolution relativement favorable des enquêtes françaises en 2019,  
en particulier en comparaison avec l’Allemagne, est remarquable  
(
1
2 13 14 15 16 17 18 19 20  
12 13 14 15 16 17 18 19 20  
cf. graphique 2). La différence d’évolution est frappante dans le  
Sources : Markit, BNP Paribas  
secteur manufacturier : l’indice PMI se situe loin en zone de  
récession en Allemagne ; en zone d’expansion, de peu, en France.  
Une différence existe aussi dans les services, pour partie liée : le  
secteur manufacturier français ne traversant pas les mêmes  
difficultés que son voisin allemand, l’activité dans les services est  
restée favorablement orientée en France alors qu’elle a suivi un  
profil « en bosse » en Allemagne. En France, les deux indices se  
situaient à peu près au même niveau en fin d’année (PMI  
manufacturier à 50,4, PMI services à 52,4) quand un écart de 9,2  
points les séparait en Allemagne (43,7 et 52,9, respectivement), le  
deuxième seulement de cette ampleur après celui observé au creux  
de la grande récession, fin 2008-début 2009. La manière dont cet  
écart va se résorber sera une des tendances à surveiller en 2020  
car c’est un élément-clé du scénario allemand et, par ricochet,  
français. La résorption devrait se faire par le haut, grâce à un  
redressement du climat des affaires dans le secteur manufacturier :  
au regard des derniers chiffres, il pourrait même être déjà entamé.  
La question suivante porte sur l’ampleur du rebond de la croissance  
qui s’ensuivra : elle devrait être modeste.  
Pour en revenir aux perspectives pour le T4, notre modèle nowcast  
vient quelque peu tempérer notre lecture positive des données  
d’enquête puisque, sur la base de celles-ci, il estime la croissance à  
0,2% t/t. Mais il donnait le même résultat pour le T3. La croissance  
s’étant avérée un peu meilleure, une nouvelle sous-estimation pour  
le T4 est possible. L’estimation sur la base des données d’activité,  
plus élevée (0,5%), va aussi en ce sens. Elle est toutefois fragile car  
les seules données disponibles sont celles pour octobre et  
novembre.  
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Notre prévision s’établit à 0,3%, comme l’INSEE, tandis que la  
Banque de France est un peu moins positive avec une estimation  
de 0,2%. En termes de composition, la croissance serait soutenue  
par une contribution très positive du commerce extérieur (0,3 point),  
portée par un rebond marqué des exportations observé chaque T4  
3- Décomposition de la croissance  
Taux de croissance en moyenne annuelle et contributions  
Croissance  Consommation privée publique  Commerce extérieur  
Investissement des entreprises des ménages  Variation de stocks  
,4%  
2
2,5%  
1
depuis 2016 . Ce soutien serait contrebalancé par une contribution  
1,7%  
aussi négative des variations de stocks, signalée par les enquêtes.  
La demande intérieure finale contribuerait un peu moins  
positivement qu’au T3 (0,4 point), la consommation des ménages  
progressant un petit peu moins vite, l’investissement des  
entreprises, celui des ménages et la consommation publique  
nettement moins rapidement, et l’investissement public aussi vite.  
2,0%  
1,3%  
1,5%  
1,0%  
0,5%  
1,1%  
1
,0% 1,0%  
1,0%  
0,6%  
0,0%  
Les grèves et manifestations contre la réforme des retraites, en  
cours depuis le 5 décembre, risquent d’affecter la croissance au  
tournant 2019-2020. Si le climat des affaires de décembre n’en  
porte pas la trace, ce n’est peut-être que partie remise. La confiance  
des ménages s’est montrée plus sensible, enregistrant une baisse  
marquée (-3 points), la première en un an. L’impact négatif est  
immédiat sur la consommation de services de transports et, par  
ricochet, sur l’activité dans le commerce, l’hôtellerie, la restauration,  
les loisirs, le tourisme. Les blocages (raffineries, ports) ont aussi  
des effets perturbateurs. Les impacts sectoriels, microéconomiques,  
régionaux, peuvent être conséquents mais de faible importance à  
l’échelle macroéconomique. Si certaines dépenses passent  
définitivement à la trappe, d’autres sont stimulées, remplacées,  
différées. À titre d’ordre de grandeur, les estimations de l’INSEE de  
l’impact négatif sur la croissance des épisodes notables précédents  
de grèves se situent entre 0,1 et 0,2 point. Et si impact négatif il y a,  
il est suivi d’un rattrapage et donc d’un surcroît de croissance.  
-0,5%  
-
1,0%  
2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020  
Sources : INSEE, BNP Paribas  
pourtant le rebond est resté limité, en partie parce que les ménages  
réagissent avec retard à un surcroît de pouvoir d’achat. Cette année,  
cet effet ne devrait plus jouer, moins en tout cas. Nous nous  
attendons cependant à ce que les ménages français restent  
prudents. La hausse de leur consommation ne serait donc qu’un  
peu plus forte (1,4% après 1,2%). Mais le rebond pourrait être plus  
marqué au regard de l’importance des gains de pouvoir d’achat  
(
environ 2% en 2019 comme en 2020 selon nos prévisions).  
Du côté de l’investissement, les conditions d’une décélération  
semblent réunies. La baisse de régime de l’investissement des  
entreprises serait pour partie mécanique (dynamisme difficile à  
soutenir). Les perspectives de demande mitigées joueraient aussi  
un rôle important et, dans une moindre mesure, la baisse des  
tensions sur l’appareil de production. Les conditions de financement  
favorables viendraient amortir la décélération. L’investissement  
public subirait le contrecoup de la fin du cycle des élections  
municipales 2 . Quant à l’investissement des ménages, sa  
progression porterait quelque peu la trace du dynamisme du  
marché immobilier dans l’ancien mais resterait limitée par la  
morosité de l’activité dans le neuf.  
En moyenne annuelle (cjo), la croissance atteindrait 1,3% en 2019,  
après 1,7% en 2018. La perte de vitesse est nette. Elle est  
cependant trompeuse car, d’une part, elle masque une importante  
contribution de la demande intérieure finale, qui plus est en hausse  
(
1,8 point après 1,3 point). La baisse de la croissance est imputable  
à la contribution plus négative des variations de stocks (-0,4 point  
après -0,3) et au retour à la normale de la contribution du commerce  
extérieur (-0,1 point après +0,7). D’autre part, cette baisse de  
régime de la croissance française est moins importante qu’au  
niveau de la zone euro (1,1% après 1,9%) et en Allemagne (0,6%  
après 1,5%).  
La croissance des exportations resterait modeste, dans le sillage de  
la faiblesse de la demande mondiale. La France devrait maintenir  
ses (faibles) parts de marché, comme c’est le cas depuis 2013. Elle  
peut compter sur ses points forts (aéronautique, produits  
pharmaceutiques, luxe, cosmétique, agroalimentaire, équipements  
automobiles) et un change favorable.  
2020 : même refrain, dans les grandes lignes  
Dans les grandes lignes, 2020 devrait entonner le même refrain que  
019, celui d’une croissance peu élevée mais résistante. Le moteur  
2
Au final, la croissance atteindrait 1,1% en 2020 (1,3% en données  
non cjo). La légère baisse par rapport à 2019 n’est pas significative  
à nos yeux. Elle masque un profil trimestriel en légère accélération.  
La croissance reste supérieure à celle prévue en zone euro (0,8%)  
et en Allemagne (0,4%). Nous voyons 2020 comme une année de  
consolidation : consolidation des effets positifs des gains de pouvoir  
d’achat sur la consommation des ménages et, plus globalement,  
consolidation des effets positifs attendus des réformes engagées.  
serait toutefois différent : selon nos prévisions, la contribution de la  
consommation des ménages (0,7 point après 0,6 en 2019) re-  
dépasserait celle de l’investissement total (0,5 point après 0,8), une  
configuration plus coutumière de l’économie française.  
Les conditions d’une croissance plus forte de la consommation des  
ménages semblent en effet réunies : confiance en hausse, gains de  
pouvoir d’achat élevés (portés par la progression de l’emploi, des  
salaires, les baisses d’impôts, une inflation contenue), crédit  
dynamique et bon marché. La question est de savoir plus forte à  
quel point. En effet, ces conditions étaient déjà réunies en 2019,  
1
2
INSEE, La chronique trimestrielle des exportations françaises dépend  
INSEE, Le cycle des élections municipales : quels effets sur  
fortement du secteur aéronautique et naval, encadré pp 58-60 Note de  
l’investissement public, l’emploi et la production ?, article pp 33-45 Note de  
conjoncture, décembre 2019  
conjoncture, décembre 2019  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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