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EcoPerspectives // 1 trimestre 2019  
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Global  
Peu d’avancées dans les négociations sur le climat  
Les participants à la COP 24 ont à peine réussi à se mettre d’accord sur des règles de mesure, de notification et de vérification des  
émissions de carbone. En attendant, le monde s’éloigne toujours un peu plus de son objectif de limiter le réchauffement climatique à  
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1,5°C. Les émissions de CO sont appelées à augmenter d’ici à 2030 alors qu’elles devaient atteindre un pic en 2020. Les pays sous-  
estiment l’urgence de la situation ou sont freinés dans leur action par des intérêts commerciaux. La législation en matière de  
protection de l’environnement se heurte, par ailleurs, à une opinion publique de plus en plus réfractaire. Il faut donc améliorer  
l’élaboration des politiques climatiques. L’OMC doit, par ailleurs, être associée au débat sur le changement climatique.  
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- Les émissions de CO continuent de croître  
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COP 24 : des résultats a minima  
GtCO par an  
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L’Accord de Paris sur le climat, conclu lors de la 21 Conférence  
des Parties (COP 21), en 2015, a marqué une étape importante  
dans le processus de réduction des émissions de CO dans le  
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monde. Les quelque 200 pays participants ont convenu de limiter le  
réchauffement climatique à 2°C par rapport à l’ère préindustrielle et  
de poursuivre les efforts en vue de le maintenir en dessous de  
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,5°C. De plus, les pays développés ont renouvelé leur  
engagement à mobiliser conjointement USD 100 mds en faveur de  
l’action pour le climat dans les pays les moins développés.  
L’accord est peu exigeant. Avant la COP 21, les pays avaient  
annoncé leurs propres plans d’action pour le climat, appelés  
«
contributions nationalement déterminées» (NDC) qui, dans la  
Source : Global Carbon Project  
plupart des cas, n’étaient pas très ambitieux. Les signataires ont  
décidé que les détails de l’accord, tels que la mesure des émissions  
et les procédures de relèvement des engagements nationaux,  
seraient arrêtés lors des prochaines conférences des parties.  
Le temps presse pour les négociateurs qui doivent trouver une  
solution sur la manière de revoir à la hausse les ambitions  
nationales sur le climat. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio  
Guterres, a annoncé un sommet spécial pour les chefs d’État et de  
gouvernement en septembre 2019, avant la COP 25. C’est à  
l’occasion de la COP 25, qui doit se tenir au Chili, que les  
participants décideront du processus de rehaussement des  
nouveaux objectifs sur le climat.  
Ce fut un processus laborieux. Aucun progrès ou presque n’a été  
enregistré concernant un accord sur les USD 100 mds de  
financements en faveur du climat à l’horizon 2020, alors que la  
promesse en avait été faite lors de la COP 15 en 2009. La COP 24,  
qui s’est tenue l’année dernière à Katowice (Pologne), a été  
décevante. Les participants ont tout juste réussi, au dernier moment,  
à s’accorder sur des règles de mesure, de notification et de  
vérification des émissions de carbone.  
 Un contexte politique défavorable  
Même si les premiers signes du changement climatique sont déjà  
perceptibles, nombre de participants à la Conférence des Parties  
continuent de nier l’urgence d’une action immédiate, car, pour la  
plupart d’entre eux, les effets catastrophiques d’un tel changement  
ne se feront sentir que bien au-delà de l’horizon de prévision  
traditionnel. C’est ce que Mark Carney, gouverneur de la Banque  
d’Angleterre, appelle «la tragédie des horizons». Normalement, les  
gouvernements ont la responsabilité de développer des politiques et  
un environnement réglementaire appropriés pour remédier aux  
défaillances du marché.  
Avant la COP 24 à Katowice (Pologne), le Groupe d’experts  
intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), a publié un  
rapport spécial intitulé : «Global warming of 1,5 °C» (réchauffement  
planétaire de 1,5°C). Le principal message délivré est que la  
planète se réchauffe rapidement et que des mesures plus  
importantes doivent être prises pour ramener l’économie mondiale  
sur une trajectoire bas carbone. Il est important, soulignent les  
auteurs du rapport, de maintenir le réchauffement climatique en  
dessous de 1,5°C, un objectif qui implique beaucoup plus  
d’investissements, en particulier, dans les sources d’énergie  
renouvelable. La conférence n’a pas approuvé le rapport du GIEC  
sur le réchauffement climatique de 1,5°C en raison de l’opposition  
de quatre pays producteurs de pétrole : les États-Unis, l’Arabie  
Saoudite, la Russie et le Koweït.  
Des intérêts commerciaux freinent l’action de certains pays dans ce  
domaine. L’approvisionnement en combustibles fossiles et  
l’investissement dans l’énergie thermique relèvent de plus en plus  
d’entreprises publiques. Au cours de la COP 24, les États-Unis et  
l’Australie se sont ouvertement fait les défenseurs de l’industrie du  
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charbon. La délégation australienne a fait valoir que le  
développement de solutions de capture et de stockage du carbone  
pouvait réduire efficacement les émissions. Ce type d’argument va  
à l’encontre des recommandations des climatologues, selon  
lesquels les pays devraient assurer dès que possible leur transition  
vers des sources d’énergie renouvelable pour éviter des niveaux  
catastrophiques de réchauffement climatique.  
relèvement rapide des ambitions et actions au cours des prochaines  
années.  
Malheureusement, nombre de pays accusent un plus grand retard  
encore sur les engagements nationaux en matière d’environnement.  
L’un des problèmes qu’il convient de souligner est que la législation  
sur l’environnement se heurte à une opinion publique de plus en  
plus réfractaire. Dès lors que le changement climatique ne semble  
pas être une urgence immédiate, il est très tentant de se comporter  
en «passager clandestin» (free-rider) et de laisser les générations  
futures consentir l’essentiel des efforts en matière de réduction des  
gaz à effet de serre.  
En juin 2017, le président Trump a annoncé le retrait des États-Unis  
de l’Accord de Paris sur le climat. Pour le moment, les États-Unis  
restent associés aux négociations sur le climat car, selon les termes  
de l’accord, le pays ne pourra en sortir officiellement qu’en  
novembre 2020. Principal argument avancé par la première  
puissance économique mondiale : le traité est contraire à ses  
intérêts commerciaux. Grâce à une grande habileté diplomatique,  
déployée en particulier dans les pays de l’UE, principal soutien de  
l’accord, on a pu éviter qu’un autre pays suive l’exemple américain.  
De plus, même aux États-Unis, la décision a été largement  
contestée. Certains États, municipalités et entreprises ont décidé de  
renforcer leur action pour compenser l’absence de mesures au  
niveau du gouvernement fédéral.  
Les taxes carbone, en particulier, se heurtent à des résistances :  
pour passer rapidement à des solutions alternatives moins  
coûteuses, le prix à payer pour les usagers est élevé. Par ailleurs, le  
lien entre les taxes carbone et les objectifs sur le climat n’est pas  
toujours évident pour les contribuables. Ces taxes peuvent  
simplement être perçues comme un autre moyen de financer le  
budget. En France, une légère hausse des taxes sur les carburants,  
en 2018, a déclenché d’importantes manifestations de rue,  
contraignant le gouvernement à annuler cette mesure. Dans l’État  
de Washington, les électeurs ont aussi, récemment, rejeté une taxe  
carbone.  
Le Brésil pourrait emboîter le pas aux États-Unis. Pendant sa  
campagne, le président récemment élu, Jair Bolsonaro, s’est en  
effet engagé à retirer son pays de l’Accord de Paris. Le pays a déjà  
renoncé à accueillir la COP 25, officiellement pour des raisons  
budgétaires. Cette conférence doit, désormais, avoir lieu au Chili.  
Le départ du Brésil pourrait porter un coup fatal à l’accord, car  
d’autres pays en développement risquent, à leur tour, de revoir leur  
position.  
L’une des solutions pourrait consister en une meilleure conception  
des politiques climatiques. Récemment, George Shultz et Ted  
Halstead ont proposé le Carbon Dividends Plan (plan taxe-  
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dividende sur le CO ), reposant sur l’instauration d’une redevance  
carbone dont les rentrées ou «dividendes» seraient directement  
reversées à la population. Comme les foyers les plus aisés ont  
tendance à polluer plus dans l’absolu, ils supporteraient les coûts  
les plus élevés tandis que les gains nets les plus importants iraient,  
selon les auteurs, aux déciles de revenus les plus bas.  
Cependant, les intérêts commerciaux peuvent aussi empêcher ce  
pays de s’engager dans cette voie. Dans le discours qu’il a  
prononcé devant l’assemblée générale des Nations-Unies, le  
président français, Emmanuel Macron, a annoncé que son pays et,  
par extension, l’ensemble de l’Union européenne, ne signeraient  
aucun accord commercial avec un pays qui ne respecterait pas  
l’Accord de Paris. De plus, les accords commerciaux de l’UE  
devraient intégrer les obligations environnementales et sociales. Sa  
position a reçu le soutien public de Cecilia Malmström, Commissaire  
au commerce de l’UE. Un retrait éventuel du Brésil pourrait donner  
un coup d’arrêt aux négociations sur l’accord de libre-échange entre  
l’UE et les pays du Mercosur. Or cela se retournerait contre le Brésil  
et son très important secteur agricole. De plus, ce pays est aussi  
l’un des principaux bénéficiaires de l’Accord de Paris : l’importante  
forêt tropicale constituant un puits de carbone efficace, le pays  
reçoit, à ce titre, des aides pour arrêter la déforestation.  
Le deuxième problème réside dans le fait que l’Accord de Paris sur  
le climat n’est pas, à proprement parler, contraignant : les pays ont  
fixé librement leurs propres objectifs, ils ne sont pas soumis à des  
sanctions si ces objectifs ne sont pas atteints et peuvent se retirer  
de l’Accord lorsqu’ils le souhaitent. On observe, néanmoins,  
certains changements de comportement. Ainsi, l’Union européenne  
met d’ores et déjà en avant la nécessité d’intégrer des clauses  
sociales et environnementales dans les accords commerciaux.  
William D. Nordhaus, lauréat 2018 du prix Nobel d’économie,  
suggère, quant à lui, la formation de coalitions, appelées «clubs  
climatiques» entre pays acceptant un prix du carbone. Des droits à  
l’importation seraient appliqués aux produits en provenance de pays  
n’appartenant pas au club. Ces droits pourraient être établis en  
fonction du contenu carbone des produits. Une idée intéressante  
pouvant nécessiter la participation de l’OMC au débat sur le  
changement climatique.  
Une approche différente s’impose  
Pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C, les émissions  
de gaz à effet de serre devaient atteindre un point culminant en  
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020. Cependant, comme cela a été annoncé au cours de la  
COP 24, les émissions de CO ont encore augmenté en 2018.  
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Selon le rapport de l’ONU sur l’écart entre les besoins et les  
perspectives en matière de réduction des émissions (UN Emissions  
Gap Report), les rejets de gaz à effet de serre des pays du G20, en  
tant que groupe, n’atteindront pas un pic d’ici 2030 sans un  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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