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TYPE HTML PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01//EN" "http://www.w3.org/TR/html4/strict.dtd"> croissance economique-perspective-transfert europeen-allocation familiale-construction-finance publique-Pologne-etudes economiques-bnpparibas

Pologne

D’humeur dépensière

L’investissement ralentit sous l’effet de la réduction des transferts européens. La consommation résiste, soutenue par les dépenses publiques, et permet un atterrissage en douceur. Les exportations se portent bien, ramenant le solde courant en territoire positif pour la première fois depuis 20 ans. La hausse des dépenses publiques ne relance pas l’inflation. Avec le lancement du programme d’allocations familiales, le gouvernement s’attèle à relancer la natalité, espérant accroître le potentiel de croissance à long terme. Les coûts de ces politiques seront supportés par les banques, la grande distribution et des entreprises publiques du secteur de l’énergie. Mais la tentation d’accroître l’endettement dans la période actuelle de taux très bas est forte.

Changement de moteur de croissance en vue

Après avoir culminé à 4% en glissement annuel au quatrième trimestre 2015 (ce qui a permis d’atteindre une moyenne de 3,6% l’an dernier), la croissance polonaise montre des signes de ralentissement. Au cours des six premiers mois de 2016 elle n’était que de 2,8% en glissement annuel (g.a.).

La consommation poursuit son expansion avec une hausse de 2,7% en g.a. au premier semestre 2016. La croissance des ventes de détail affiche un record à 5,6% en rythme annuel sur les huit premiers mois de l’année 2016. Elle suit de près les salaires réels qui accélèrent (5,4% en g.a. sur les six premiers mois de l’année

2016) sous le double effet de l’amélioration du marché du travail et de la baisse des prix. Le taux de chômage, à 5,6% en août 2016, est à un niveau bas jamais atteint en Pologne post-soviétique.

L’expansion de la consommation devrait se poursuivre à court terme sous l’effet de l’augmentation des transferts sociaux aux familles. L’introduction d’allocations en faveur des familles avec deux enfants et plus – le programme 500+, mesure sociale phare du gouvernement actuel – devrait assurer un transfert d’environ 1% du PIB aux familles. Cette politique devrait aussi, à terme, soutenir la construction de logements.

L’investissement, qui était le principal moteur de l’accélération de la croissance en 2014 et 2015, se contracte de 2,5% en g.a. au premier semestre de 2016 selon les données Eurostat. Ce repli fait suite à deux années de croissance très dynamique financée, en grande partie, par l’afflux de fonds européens et une amélioration significative de la capacité d’absorption de ces fonds. Cette réserve est désormais épuisée : les flux en provenance du budget de l’UE sont appelés à se stabiliser et n’exerceront plus d’effet accélérateur sur la croissance.

Le commerce extérieur reste dynamique. Les exportations affichent une croissance record (+10% en volume en glissement annuel durant la première moitié de l’année 2016). Ce dynamisme a permis

à la Pologne d’afficher un excédent courant au cours des six premiers mois de 2016, une première depuis 1995.

Ainsi, nous assistons à un changement de moteur de croissance : alors que celui des investissements s’essouffle, principalement sous l’effet du ralentissement des transferts européens, la consommation prend le relais, stimulée par les politiques gouvernementales car le gouvernement conservateur de Beata Szydlo entend respecter les promesses électorales et accroître le soutien aux familles et aux retraités.

1- Prévisions

f: estimations et prévisions BNP Paribas Recherche Economique Groupe

2- Principaux moteurs de la croissance polonaise g.a. en % et contributions à la croissance en pp

Source : Eurostat

Finances publiques : une attitude dépensière

Le programme d’allocations familiales destinées aux familles avec deux enfants et plus (une allocation de PLN 500 (EUR117) par mois et par enfant à partir du deuxième), mis en place en avril 2016, constitue le principal geste en faveur des familles. Au vu du taux de natalité de la Pologne, à 1,29 enfant par femme en 2015, aujourd’hui l’un des plus bas d’Europe, cette politique de soutien aux familles apparaît nécessaire. Mais son coût pèse sur le budget de l’Etat : selon les estimations du ministère de la famille, du travail et des affaires sociales, le programme devrait coûter cinq milliards d’euros, soit 1,2% du PIB par an.

Le soutien aux familles ne s’arrête pas là. Le gouvernement entend également déployer une politique du logement ciblée sur les familles à revenu modeste. Le programme national pour le logement a comme objectif d’atteindre le niveau moyen européen en termes de logements par habitant (aujourd’hui inférieur de 28% à cette moyenne) en soutenant à la fois la construction de logements à bas prix et l’épargne. Des logements seront ainsi proposés à la location à des familles modestes avec la possibilité de les acquérir après un bail de trente ans. Pour encourager l’épargne de long terme qui pourrait financer ces acquisitions, la mise en place de comptes d’épargne-logement, dont les revenus seraient exemptés de l’impôt sur les revenus financiers, est envisagée. Des investissements dans la rénovation de logements existants sont également prévus. Ce programme devrait soutenir le secteur de la construction qui souffre du ralentissement des transferts européens : son activité s’est contractée de plus d’un quart depuis le début de l’année 2016.

Si les politiques en faveur des familles et des logements suscitent peu de controverses, l’annonce d’un retour à l’âge légal de la retraite à 65 ans pour les hommes et à 60 ans pour les femmes, en 2018, suscite un vif débat. En effet, le gouvernement compte annuler la réforme de 2013 de la précédente majorité qui avait porté l’âge de la retraite à 67 ans. Le coût du dispositif (estimé à 8-10 milliards de PLN ou 0,5% du PIB par an) pourrait menacer la soutenabilité des finances publiques polonaises compte tenu d’un environnement démographique défavorable (vieillissement de la population, natalité faible). Néanmoins, le projet a été voté par la Diète (la chambre basse du Parlement polonais) en juillet 2016.

La hausse des dépenses publiques est sans effet sur l’inflation

En septembre 2016, la Pologne a totalisé vingt mois consécutifs de baisse des prix malgré l’accélération des dépenses publiques en 2016 (Graphique 2) et la forte hausse des salaires réels. Cette dynamique de l’inflation s’explique principalement par des facteurs extérieurs comme la déflation en zone euro et la baisse des prix des matières premières.

La déflation tire les taux d’intérêt vers le bas. Le taux de refinancement a atteint son plus bas historique (à 1,5% depuis mars 2015) permettant aux banques de proposer des conditions avantageuses aux entreprises et aux ménages. Le volume total des crédits octroyés aux résidents par les banques polonaises a crû de 6% en glissement annuel en août 2016 et celui des crédits à la consommation de 8%. Le crédit soutient alors également la croissance de la consommation.

L’inévitable augmentation de la fiscalité

La hausse des dépenses du gouvernement sera en partie financée par de nouvelles taxes sectorielles qui s’inspirent beaucoup de l’exemple hongrois, ainsi que par des revenus exceptionnels. La taxe de 0,44% sur les actifs bancaires devrait rapporter 0,2% du PIB en 2016.

Le gouvernement polonais cherche à accroître la fiscalité de la grande distribution. Le projet de nouvelle taxe progressive sur le chiffre d’affaires des supermarchés, adopté en été 2016, a cependant été suspendu après l’ouverture d’une enquête de la Commission européenne pour violation des règles de la

3- Lien rompu entre dépenses publiques et inflation

Inflation (HICP), g.a.

Dépenses budgétaires, g.a ., moyenne mobile sur 12 mois

12 %

10

8

6

4

2

0

-2

-4

-6

Sources : Eurostat, Ministère des finances, BNP Paribas

concurrence. Le précédent hongrois nous apprend que la progressivité de cet impôt pourrait être abolie. Dans ce cas, la taxe ne rapporterait au budget qu’environ 0,1% du PIB à partir de 2017.

Le gouvernement a annoncé une réévaluation du capital des entreprises énergétiques contrôlées par l’Etat de PLN 50 milliards. Ces dernières seront alors redevables de PLN 10 milliards (€ 2,3 mds, soit 0,5% du PIB) d’impôts supplémentaires.

Le respect des règles fiscales devient primordial

Malgré le ralentissement de la croissance, les recettes fiscales sont en hausse de 7% en g.a. au cours des huit premiers mois de l’année 2016. En plus, la cession des fréquences LTE de téléphonie mobile a rapporté PLN 9,2 mds ou 0,5% du PIB au budget polonais, ce qui a permis d’afficher un très faible déficit budgétaire de seulement 1,6% du PIB au cours des huit premiers mois de l’année

2016.

Le projet budgétaire pour 2017 table sur un déficit de 2,9% du PIB sur la base d’une projection de croissance à 3,6% et une inflation à 1,3%. Ces projections pourraient s’avérer quelque peu optimistes. Compte tenu de l’attitude dépensière des autorités, la limite européenne de 3% du PIB pourrait être (légèrement) dépassée.

Si le changement de moteur de croissance ne semble pas poser de problèmes à court terme, notamment en raison du dynamisme des exportations, la capacité du gouvernement à stimuler durablement la consommation sans nuire à la soutenabilité des comptes publics reste à démontrer. La tentation d’accroître l’endettement dans la période actuelle de taux très bas est forte. Le respect des règles fiscales prend alors toute son importance. La dette publique est aujourd’hui inférieure au plafond de 60% du PIB fixé par la Constitution polonaise et les critères de Maastricht. Cependant, les règles locales, plus contraignantes, imposent une modération des dépenses publiques dès que le niveau de la dette atteint 50% du PIB. A la mi-2016, la dette publique polonaise était déjà très proche de cette limite.

Anna Dorbec anna.dorbec@bnpparibas.com

QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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