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Accélération économique en vue

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Eco Perspectives // 3 trimestre 2021  
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ESPAGNE  
ACCÉLÉRATION ÉCONOMIQUE EN VUE  
Alors que les voyants semblaient passer au vert sur le front sanitaire, la propagation du variant Delta dans le pays,  
comme ailleurs en Europe, inquiète. À ce stade, les risques restent contenus et l’activité économique devrait accélé-  
rer notablement cet été. Le relâchement des restrictions de voyage et le pass sanitaire européen (en place depuis le  
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5 juin) permettront au secteur touristique espagnol de relever la tête, ce qui aura des effets d’entraînement sur la  
consommation et l’emploi. Néanmoins, et malgré un rebond de la croissance important estimé à 6,0% en 2021, les  
finances publiques espagnoles porteront pour plusieurs années encore les stigmates du coronavirus. Après une année  
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020 record, le déficit public pourrait atteindre encore plus de 8% du PIB cette année et rester conséquent jusqu’en  
022 au moins. L’accord donné par la Commission européenne au plan de relance espagnol permettra toutefois à  
Madrid de recevoir les premières subventions européennes. Ainsi, EUR 9 mds de subventions seront potentiellement  
alloués dès juillet et EUR 10 mds supplémentaires d’ici à fin 2021.  
CROISSANCE ET INFLATION  
LE RISQUE ÉPIDÉMIQUE REFAIT SURFACE  
Même si le scénario central reste celui d’un redémarrage solide de  
l’activité économique au T3, les risques d’une résurgence épidémique  
liés au variant Delta ne peuvent désormais pas être totalement écartés.  
Et cela d’autant plus que la campagne de vaccination semble plafonner1  
avec près de la moitié seulement de la population espagnole ayant reçu,  
fin juin, au moins une injection du vaccin. L’objectif du gouvernement  
de vacciner 70% de la population espagnole d’ici à la fin de l’été reste  
néanmoins atteignable, selon le ministère de la Santé.  
Croissance du PIB  
Prévisions  
Inflation  
Prévisions  
6.0  
6.3  
7
2
3
2
.0  
2.3  
1.8  
0.8  
-
0.4  
-
La saison touristique pâtirait évidemment d’une détérioration de la  
situation sanitaire en Espagne et ailleurs en Europe si cela devait  
conduire à un nouveau tour de vis sur les conditions de déplacement  
dans le pays et avec les autres pays. Des mesures de contrôle (test PCR,  
certificat de vaccination) ont déjà été remises en place pour les  
voyageurs en provenance de Grande-Bretagne. Le secteur du tourisme  
générait, avant la pandémie, près de 2 600 000 emplois (directs et  
-8  
-10.8  
2020  
-
13  
2
019  
2021  
2022  
2019  
2020  
2021  
2022  
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indirects), soit un peu moins de 15% de l’emploi total en Espagne .  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : BNP PARIBAS GLOBAL MARKETS  
Les chiffres de la fréquentation touristique, dont nous disposons à  
l’heure actuelle, portent encore les traces des mesures de confinement  
et témoignent du long chemin qu’il reste à parcourir. Le nombre de  
LES EXPORTATIONS DE BIENS ONT TIRÉ LA CROISSANCE AU T2  
«
nuitées » s’établissait en mai encore à près d’un quart seulement  
du niveau enregistré à la même période en 2019. Même si ces chiffres  
vont s’améliorer significativement, un retour à des niveaux équivalents  
à ceux de 2019 n’est pas envisageable cette année, et semble  
difficilement atteignable en 2022.  
À ce stade, nous tablons toujours sur une accélération de l’activité  
économique au second semestre – autour de 5,5% – après un premier  
semestre timoré. Cela constitue une légère révision à la hausse pour  
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8000  
26000  
24000  
22000  
20000  
18000  
16000  
2
021 – +6,0% désormais – par rapport à nos dernières prévisions de  
mars (+5,9%). L’activité économique en Espagne a été frappée cet hiver  
non seulement par une nouvelle vague épidémique, qui a contraint  
les autorités à durcir à nouveau les conditions d’activité, mais aussi  
par la tempête hivernale Filomena en janvier dernier. Cette dernière  
a paralysé pendant plusieurs jours une grande partie du pays, ce qui  
a plombé davantage l’activité au T1, notamment dans la construction.  
Ce secteur a enregistré, en effet, la plus forte contraction d’activité au  
T1 2021 (-4,3% t/t) alors que le PIB réel s’est réduit de 0,4% t/t. Notons  
toutefois la très bonne tenue de certaines composantes de la demande.  
Côté investissement, les dépenses en machines et en équipements ainsi  
que ceux en intangibles ont continué de progresser cet hiver, atteignant  
pour le second un nouveau record.  
14000  
1
2000  
0000  
1
GRAPHIQUE 2  
SOURCE : MINISTÈRE DES FINANCES ESPAGNOL  
Mais c’est surtout du côté des exportations de biens que le  
redressement a été le plus prononcé. Les exportations en valeurs ont,  
en effet, grimpé de plus de 8% au cours des quatre premiers mois de  
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S So pu ar icne m: Ei su sr eo ss tJ au tn. e vaccination target with nearly three million doses still in storage, El Pais, 22 juin 2021.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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l’année, dépassant ainsi très largement les niveaux enregistrés à la fin  
de l’année 2019 (cf. graphique 2). Le rebond des biens d’investissement  
a été particulièrement fort (+13,8% au cours des quatre premiers mois  
de l’année), mais les biens de consommation (+8,5%) et intermédiaires  
ÉCART HISTORIQUE ENTRE IPC ET IPC SOUS-JACENT  
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.0  
IPC total (% g.a.)  
IPC (hors énergie & aliments non-transformés, % g.a.)  
(
+7,0%) ont également progressé significativement. Par pays, et au  
cours de la même période, les plus fortes augmentations sont venues  
de la zone euro (+28,2%), notamment du Portugal (+30,7%), d’Italie  
5.0  
4.0  
3.0  
2.0  
1.0  
0.0  
(
+28,7%) et de France (+27,6%).  
LA CONSOMMATION ET L’EMPLOI TOUJOURS EN  
CONVALESCENCE  
Au regard de l’évolution des enquêtes d’opinion récentes (PMI,  
enquêtes de la Commission européenne), la tendance sur le front  
conjoncturel s’annonce en effet encourageante. Pour n’en citer  
qu’un, l’indice composite PMI a atteint en mai son niveau le plus  
élevé depuis 20 ans (59,2). Alors qu’un net regain d’optimisme était  
observé dans l’industrie dès cet hiver, l’amélioration de la confiance  
est apparue plus récemment dans les services, grâce au relâchement  
des mesures de restriction pesant encore sur les activités du secteur  
durant le printemps. Un décalage important existe néanmoins entre  
ces données d’enquête – optimistes – et les données plus tangibles, qui  
tardent à s’améliorer de façon significative. Cela concerne aussi bien la  
consommation (ventes automobiles et de détail) que l’emploi. Près de  
-
1.0  
-2.0  
GRAPHIQUE 3  
SOURCE : INE  
DES PRESSIONS INFLATIONNISTES À RELATIVISER  
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emplois sur 10 détruits durant le premier confinement n’avaient pas JUSQU’ICI  
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encore été recréés en mai . Cependant, le secteur de la construction se  
porte bien, l’emploi étant d’ores et déjà repassé au-dessus du niveau  
observé en 2019. Les chiffres d’emploi nationaux doivent néanmoins  
encore être analysés avec recul puisque les travailleurs en chômage  
partiel (dispositif ERTE) sont considérés en emploi, et tous ne vont pas,  
à terme, retrouver un emploi. Malgré une baisse significative, près de  
Comme ailleurs en Europe, l’inflation en Espagne est remontée de façon  
significative au cours des derniers mois (+2,7% en mai). Cependant,  
les pressions sous-jacentes restent très contenues. En effet, la hausse  
de l’IPC total s’explique en quasi-totalité par des augmentations de  
prix dans l’énergie, avec deux contributeurs principaux : d’une part, la  
remontée du prix des carburants automobiles – l’IPC pour l’essence a  
bondi de 24,2% en g.a. en mai – et, d’autre part, le bond spectaculaire  
du prix de l’électricité (+36,3%). Si on écarte la composante énergie  
de l’IPC, la trajectoire inflationniste est beaucoup plus bénigne, à  
seulement +0,3% en mai (cf. graphique 3). Certaines composantes  
se situent même en déflation. C’est le cas, par exemple, de la  
communication (-4,5% en g.a.), de l’hôtellerie & restauration (-0,6%) et  
des boissons alcoolisées & tabac (-0,3%). L’écart entre inflation globale  
et sous-jacente (hors énergie et aliments périssables) n’a jamais été  
aussi important depuis le début des séries actuelles (janvier 2002).  
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00 000 travailleurs se trouvaient ainsi encore couverts par le dispositif  
ERTE à la fin du mois de mai.  
Dans ces conditions, et même si un processus de réduction des aides  
exceptionnelles d’État est en cours, une bonne partie des mesures  
de soutien devraient se poursuivre pour plusieurs mois encore et  
ne disparaître que très progressivement. C’est notamment le cas  
du dispositif assoupli de chômage partiel (ERTE) qui a été prolongé  
jusqu’à la fin du mois de septembre. Dans ces conditions, les finances  
publiques espagnoles resteront fortement détériorées en 2021. La  
Banque d’Espagne (BdE) prévoit désormais un déficit public au-dessus  
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Pour réduire le poids de l’électricité sur la facture des ménages, le  
gouvernement a baissé, à compter du 26 juin dernier et jusqu’à la  
fin de l’année, la TVA sur l’électricité, de 21% à 10%. Il a également  
suspendu pour trois mois la taxe sur la production d’électricité (7,0%)  
qui s’applique aux entreprises. Le manque à gagner en termes de  
recettes fiscales pour le gouvernement ne sera pas négligeable, près de  
EUR 1,2 md d’euros selon l’exécutif, ce qui alourdira encore davantage  
la facture gouvernementale en 2021.  
de 8% du PIB (8,2%) pour cette année ; un déséquilibre qui resterait,  
toujours selon le BdE, important en 2022 (-4,9%) et 2023 (-4,3%). Cela  
n’est pas simplement dû aux aides exceptionnelles de soutien, mises  
en place par le gouvernement pour amortir le choc de la pandémie,  
mais c’est aussi la conséquence d’un déficit « structurel », sous-  
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jacent, important, antérieur à la crise du coronavirus . Le ratio de  
dette publique sur PIB ne bénéficierait donc que très peu du rebond de  
croissance attendu en 2021 et 2022, et resterait encore très proche du  
seuil des 120% (118,0% en 2022 selon la BdE contre 119,9% en 2020).  
Achevé de rédiger le 28 juin 2021  
L’Espagne devrait néanmoins bénéficier dès le mois de juillet des  
premiers versements provenant du fonds de relance européen  
Guillaume Derrien  
guillaume.a.derrien@bnpparibas.com  
(
EUR 9 mds), la Commission européenne ayant en effet donné son  
feu vert au plan de relance espagnol. EUR 10 mds de subventions  
supplémentaires devraient être débloqués d’ici à la fin de l’année. Ces  
sommes (EUR 19 mds au total) constituent néanmoins un montant  
inférieur à celui envisagé par l‘exécutif espagnol qui tablait initialement  
sur le versement de EUR 27 mds en 2021.  
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Données de l’Agence pour l’emploi espagnol (SEPE).  
Projections macroéconomiques de la Banque d’Espagne de juin 2021  
Voir BNP Paribas Ecoflash Espagne : vers une hausse prolongée du déficit public ?, 21 janvier 2021.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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