Perspectives

PDF
e
21  
EcoPerspectives // 3 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Royaume-Uni  
Actualité du Brexit  
Le Brexit aura été la cause de trente-sept démissions au sein du gouvernement chargé de le mettre en œuvre, la dernière en date  
étant celle de la première ministre elle-même, Mme Theresa May. Ayant échoué par trois fois à faire ratifier par son Parlement  
l’Accord de retrait, celle-ci n’a eu d’autre choix que de demander un report du Brexit, puis finalement de se retirer. Restent en lice  
pour lui succéder les ancien et actuel ministres des Affaires étrangères, Boris Johnson et Jeremy Hunt. Alors que l’un prétend  
pouvoir se passer d’un accord et déclencher le Brexit après le 31 octobre 2019 (nouvelle date butoir), l’autre envisage un délai  
supplémentaire pour négocier et, finalement, obtenir un retrait ordonné.  
La vigueur relative de l’économie britannique au premier trimestre  
1- Croissance et inflation  
de 2019 (où le PIB a crû de 2% en rythme annuel) ne doit pas faire  
illusion. Le rebond s’est d’abord nourri d’une intense activité de  
stockage, en prévision d’un Brexit qui n’a finalement pas eu lieu, et  
s’est inscrit à contre-courant des enquêtes auprès des chefs  
d’entreprise, plus pessimistes Sur le fond, la tendance n’est pas  
bonne. Les flux d’investissements directs étrangers se sont inversés  
et indiquent des sorties nettes ; le déficit commercial s’est creusé ;  
la livre ne s’est pas redressée (graphique 1). Par ailleurs, les flux  
migratoires en provenance de l’Union européenne (UE) se sont  
raréfiés (moins de 60 000 entrées nettes recensées en 2018, soit  
l’étiage de 2009), ce qui pèse sur l’immobilier. Qu’il s’agisse de  
l’ancien ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson, ou de son  
successeur, Jeremy Hunt, pour succéder à Theresa May, le futur  
Premier ministre britannique héritera d’une conjoncture dégradée ; il  
aura, en outre, très peu de temps pour agir, la nouvelle date butoir  
fixée pour le Brexit étant le 31 octobre 2019.  
Croissance du PIB (%)  
Inflation (%)  
Prévision  
Prévision  
2
,7  
2,5  
1
,9  
1,9  
1,8  
1,8  
1,4  
1,4  
1,3  
0,6  
16  
17  
18  
19  
20  
16  
17  
18  
19  
20  
Sources : Comptes nationaux, BNP Paribas  
2- Mauvaises pentes  
Investissements directs Balance courante Livre Sterling  
Flux nets / 12 m, GBP mds Annualisée, GBP mds En euro  
150  
Un changement de Premier ministre, mais pour quoi  
faire ?  
0
-100  
-200  
-300  
-400  
1,45  
1,35  
1,25  
1,15  
1,05  
Ayant déjà déclaré que, suite au Brexit, le Royaume-Uni aurait, « le  
beurre et l’argent du beurre » du marché unique, le candidat Boris  
Johnson se fait fort d’obtenir des vingt-sept chefs d’Etat ou de  
gouvernement de l’UE (ci-après, les 27), de nouvelles conditions de  
sortie, plus avantageuses pour son pays.  
100  
5
0
0
Les chances qu’il y parvienne sont voisines de zéro. En acceptant  
de reporter au 31 octobre 2019 la date du Brexit, les 27 ont été  
clairs sur le fait que l’accord de retrait conclu avec Mme May en  
novembre 2018 ne serait pas renégocié. Cela concerne notamment  
la question du backstop nord-irlandais 1 qui achoppe côté  
britannique mais garantit, côté européen, l’intégrité du marché  
unique. Si une (petite) marge de réécriture existe concernant la  
Déclaration politique (qui n’est pas juridiquement contraignante et  
fixe le cap pour l’après Brexit), le futur Premier ministre ne peut  
guère escompter soumettre à la Chambre des communes autre-  
chose que l’accord existant.  
-50  
2017  
2019  
2017  
2019  
2015  
2019  
Sources : ONS, Refinitiv  
Or, celui-ci ayant déjà été rejeté par trois fois, une ratification avant  
la date du 31 octobre apparait très peu probable, surtout dans la  
configuration actuelle, où le Parti unioniste irlandais joue les arbitres  
et empêche tout compromis.  
Lucide, Jeremy Hunt fait le constat que le Royaume-Uni n’est pas,  
aujourd’hui, en mesure d’acter les termes du divorce avec l’UE. Il  
milite pour un nouveau report du Brexit qui, s’il devait être Premier  
ministre, n’interviendrait pas avant 2020. Face à lui, Boris Johnson  
s’engage à ce que le retrait ait lieu le 31 octobre à minuit, devrait-il  
se passer d’un accord.  
1
L’Accord de retrait prévoit que, une fois le Royaume-Uni sorti de l’Union  
européenne et afin d’éviter la réintroduction d’une frontière physique entre les  
deux Irlande, un filet de sécurité ou « backstop » s’applique à l’Irlande du Nord.  
Aux termes de l’accord et le temps de parachever le cadre de la « relation  
future » celle-ci devra temporairement maintenir avec l’UE une union douanière  
ainsi qu’un alignement complet des normes (juridiques, techniques,  
environnementales, etc.).  
e
22  
EcoPerspectives // 3 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Un simple aperçu des complications réglementaires et tarifaires  
découlant d’un no deal suffit pourtant à convaincre qu’une telle  
option, même assortie de mesures de sauvegarde (continuité des  
activités de paiements et de compensation, extension temporaires  
des licences, etc.) serait économiquement la pire pour le Royaume-  
3
- Paysage fracturé  
Résultats des élections européennes du 23 mai (% de votes exprimés)  
2
Uni (encadré 4). D’après une estimation récente du NIESR , elle  
provoquerait une perte cumulée de 5 points de PIB à l’horizon 2021.  
Au plan politique, un no deal aurait, en outre, d’énormes difficultés à  
passer, cela pour deux raisons.  
D’abord parce qu’il n’est pas sûr qu’une majorité de Britanniques y  
soient favorables. Certes, lors des élections européennes du 23 mai,  
un bon tiers des électeurs a voté pour les partis extrémistes du  
Brexit ou pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP), réfractaires  
à l’UE et prônant une rupture radicale avec celle-ci. Mais face à eux,  
les différentes formations pro-européennes (Libéraux Démocrates,  
Verts, Change UK, Parti national écossais) ont recueilli davantage  
de voix (6,7 millions au total, soit 40% des suffrages). Sanctionnés  
pour leur indécision, les partis travailliste et conservateur rallient  
moins d’un électeur sur quatre et ressortent grands perdants du  
scrutin (graphique 3). Les élections européennes montrent donc un  
paysage morcelé, mais délivrent aussi un message important : au  
Royaume-Uni, les partisans d’un Brexit dur (sans accord avec l’UE),  
s’ils sont nombreux, n’en sont pas moins minoritaires  
Source : Presse  
4- Conséquences réglementaires et tarifaires découlant d’un  
no deal (liste non exhaustive)  
« Si le Royaume-Uni quitte l’UE sans accord de retrait […] il sera  
considéré comme un pays non membre de l’UE aux fins des  
procédures douanières à la date de son retrait. […] Les relations  
commerciales avec le Royaume-Uni seront régies par les règles  
générales de l’OMC. »  
Cela signifie en particulier que :  
Ensuite parce que la Chambre des communes a elle-même signifié,  
lors d’un vote indicatif qui s’est tenu le 14 mars, qu’elle s’opposerait  
à un no deal en toute circonstance. Un Premier ministre qui voudrait  
tenter le saut dans le vide aurait ainsi de fortes chances d’être mis  
en minorité, suite à un vote de défiance. Il lui resterait comme ultime  
option de proroger la session parlementaire au-delà du 31 octobre  
minuit, arguant de l’impératif de négocier avec les partenaires de  
-des formalités douanières s’appliqueront, des déclarations  
devront être déposées et les autorités douanières pourront exiger le  
dépôt de garanties pour les dettes douanières potentielles ou réelles;  
-des droits de douane s’appliqueront aux marchandises  
introduites sur le territoire de l’UE en provenance du Royaume-Uni,  
sans préférences;  
3
l’UE jusqu’à la dernière minute . Un hard Brexit interviendrait alors  
-des interdictions ou des restrictions pourront également  
s’appliquer à certaines marchandises introduites sur le territoire de  
l’UE en provenance du Royaume-Uni ;  
par défaut, mais dans un trouble politique tel que la question de sa  
viabilité, en même temps que celle de la tenue d’élections générales  
anticipées, se poserait aussitôt.  
-
les licences d’importation et d’exportation délivrées par le  
Royaume-Uni ne seront plus valables dans l’UE ;  
les autorisations de statut d'opérateur économique agréé (OEA)  
délivrées par le Royaume-Uni ne seront plus valables dans l’UE ;  
les États membres imposeront une TVA à l’importation sur les  
marchandises entrant sur le territoire de l’UE depuis le Royaume-Uni.  
les règles relatives à la déclaration et au paiement de la TVA vont  
changer;  
les mouvements de marchandises vers le Royaume-Uni  
Vers des élections anticipées ?  
-
En effet, si la Chambre des communes n’est pas en mesure de  
ratifier l’accord de retrait mais qu’elle s’oppose aussi à un no deal,  
seul son renouvellement parait offrir une chance de sortir de  
l’impasse. Aussi la question est-elle moins de savoir si, mais quand  
et à quelles conditions, des élections générales anticipées peuvent  
se tenir. Si la date butoir du 31 octobre parait trop proche, les Vingt-  
Sept accepteraient sans doute de la repousser au motif que des  
élections générales au Royaume-Uni peuvent changer la donne et  
permettre de progresser vers un retrait ordonné, voire de reposer la  
question du Brexit.  
-
-
-
nécessiteront une déclaration d’exportation. Les mouvements vers  
le Royaume-Uni de produits soumis à accise pourront également  
nécessiter un document administratif électronique.  
Source : Commission européenne, notes d’orientation et lignes directrices sur le  
Brexit (extraits)  
2
National Institute of Economic and Social Research (2019) “Modelling the  
Short- and Long-run impact of Brexit” NiGEM Observation n°14, May 31.  
3
Cf. point de vue exprimé par l’ancien député conservateur Nick Boles, et repris  
par le site du Guardian en date du 29 mai 2019.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
Ce site présente leurs analyses.
Le site contient 2261 articles et 573 vidéos