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EcoPerspectives // 4 trimestre 2019  
economic-research.bnpparibas.com  
Royaume-Uni  
Actualité du Brexit  
A l’approche du 31 octobre 2019, nouvelle date limite avant une sortie britannique de l’Union européenne (Brexit), qui peut dire où le  
Royaume-Uni se dirige ? Sans doute pas le premier ministre lui-même, Boris Johnson, qui, après s’être aliéné une partie de son  
Parlement en tentant d’y interdire les débats, a nourri le scepticisme de ses partenaires européens en leur présentant comme à  
prendre ou à laisser un « compromis » sur l’Irlande du Nord aussi peu réaliste qu’acceptable. Resteraient, en bout de course, l’option  
d’un Brexit sans accord, qu’une loi britannique interdit toutefois, ou celle, plus vraisemblable mais non totalement acquise, d’un  
nouveau report, assorti d’élections générales anticipées.  
Plus de trois ans se sont écoulés depuis que les Britanniques ont  
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- Croissance et inflation  
choisi par référendum de sortir de l’Union européenne (UE), et nul  
ne sait aujourd’hui où le Royaume-Uni se dirige. Un accord de  
retrait est bien sur la table mais, déjà rejeté par trois fois à la  
Chambre des communes, sa ratification d’ici au 31 octobre 2019  
 Croissance du PIB (%)  
 Inflation (%)  
Prévision  
Prévision  
2,7  
(
prochaine date butoir) tiendrait de l’exploit. Le premier ministre,  
2,5  
Boris Johnson, a récemment tenté d’en modifier les contours et  
proposé d’élargir les mailles du « filet de sécurité » (backstop) prévu  
pour l’Irlande du Nord afin de garantir l’intégrité du marché unique.  
Mais l’offre faite aux Vingt-Sept autres Etats membres de l’UE (ci-  
après, les Vingt-Sept) n’a aucune chance d’être acceptée, tant sur  
la forme (elle est présentée comme à prendre ou à laisser) que sur  
le fond. Non détaillée, peu réaliste, celle-ci prétend résoudre la  
quadrature du cercle en maintenant les deux Irlandes dans une  
zone réglementaire commune, tout en les faisant appartenir à deux  
unions douanières différentes (l’une britannique, l’autre européenne),  
le tout sans rétablissement des contrôles à la frontière. Au moment  
d’écrire ces lignes, le Parlement européen, tout comme le président  
du Conseil, Donald Tusk, lui réservaient un accueil plus que mitigé.  
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20  
Sources : comptes nationaux, BNP Paribas  
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- Coût économique d’un Brexit sans accord…  
sur le PIB (écart au compte central)  
Royaume-Uni  Zone euro  
2020  
2021  
2022  
Boris Johnson obtiendrait-il par extraordinaire un nouvel accord  
avec les Vingt-Sept qu’il aurait les plus grandes difficultés à le faire  
ratifier, ayant perdu sa majorité à la Chambre des communes après  
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%
-
1%  
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avoir tenté d’y suspendre les débats . Resteraient donc, en bout de  
course, l’option du « no deal », qu’une loi britannique récemment  
votée interdit cependant, ou celle, plus vraisemblable mais non  
totalement acquise, d’un nouveau report, assorti d’élections  
générales anticipées.  
-2%  
-3%  
Accord ou pas…  
…sur la production de quelques secteurs au Royaume-Uni  
Ecart au compte central (effet à long terme)  
Tout en négociant l’Accord de retrait (AR), les Vingt-Sept se sont  
activement préparés à l’éventualité d’un « no deal ». Pour tenter d’y  
faire face, le Conseil et le Parlement européens ont adopté une  
série de mesures d’urgence couvrant des domaines aussi variés  
que la pêche, les échanges de données, les droits des citoyens, les  
transports, la chimie ou les médicaments. Les dispositifs sont pour  
la plupart temporaires et soumis à réciprocité britannique (cf.  
encadré 3) ; la Commission européenne indique par ailleurs qu’ils  
ne se substituent en aucune manière aux règles et préférences  
communautaires, qui cesseront de s’appliquer au Royaume-Uni dès  
la date du retrait. Leur but est d’atténuer, autant que possible, les  
conséquences d’un « no deal » que la quasi-totalité des acteurs  
économiques, à commencer par le patronat britannique, jugent à la  
fois néfastes et inévitables.  
Matériels de transport  
Métaux  
Machines & equipts.  
Chimie  
Equipts. Electroniques  
Fabrication de matériaux  
Agroalimentaire  
-
24% -18% -12%  
-6%  
0%  
Source : OCDE  
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Dans un calcul rendu public récemment , l’Organisation pour la  
coopération et le développement économiques (OCDE) évalue à  
trois points de PIB le déficit de production que les Britanniques  
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Décision finalement invalidée par la Cour suprême le 24 septembre 2019.  
OCDE (2019), Perspectives économiques intermédiaires, septembre.  
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auraient à subir d’ici à 2022 en quittant l’UE sans accord. Le  
National Institute of Economic and Social Research estime quant à  
lui l’impact à cinq points. Il ne s’agit que d’une moyenne. Eu égard à  
l’insertion du Royaume-Uni dans les chaines de valeur européennes,  
les pertes seraient particulièrement lourdes dans les secteurs très  
intégrés de l’automobile ou de l’aéronautique (graphique 2).  
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- Quelques exemples de mesures d’urgence adoptées par  
l’UE en cas de Brexit sans accord  
Citoyens  
A la date du retrait, les ressortissants britanniques sont considérés  
comme citoyens d’un pays tiers non membre de l’UE, sans traitement  
préférentiel, impliquant des contrôles renforcés aux frontières,  
l’exigence d’un visa/passeport et titre de séjour pour respectivement  
voyager et travailler dans l’UE, la perte de la reconnaissance  
mutuelle des qualifications professionnelles (MRPQ), du portage  
automatique des droits à sécurité sociale, etc.  
Non négligeable, le choc serait tout de même plus acceptable pour  
la zone euro, puisque divisé par cinq. Bien entendu, il serait très  
inégal d’un pays à l’autre, l’Irlande subissant, par exemple, une  
amputation estimée de sa croissance huit fois supérieure à celle de  
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l’Espagne . Aussi les dispositifs d’accompagnement prévoient-ils de  
Sous condition de réciprocité, les dispositifs d’urgence visent à  
garantir aux ressortissants britanniques ainsi qu’à leur famille  
installés dans l’UE avant la date du retrait la possibilité d’y séjourner  
légalement durant une période transitoire (12 mois en France) dès  
lors qu’une demande de titre de séjour est déposée ; ils visent aussi  
à garantir les droits sociaux ayant pu être acquis au Royaume-Uni  
avant la date du retrait, tels l’égalité de traitement dans l’accès aux  
soins, ou l’assimilation et la totalisation des droits à retraite.  
flécher les ressources communautaires disponibles (comme par  
exemple le Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche)  
vers les secteurs ou régions les plus touchés.  
Un Brexit sans accord revenant à un saut dans l’inconnu, nul ne  
peut prétendre en mesurer les conséquences avec exactitude. Le  
travail économétrique sert donc à titre indicatif. Son mérite est  
cependant de montrer que l’aventure se terminerait mal pour à peu  
près tout le monde, ne faisant aucun gagnant, seulement différentes  
catégories de perdants. A l’approche du 31 octobre, la raison plutôt  
que l’envie devrait pousser les dirigeants du Royaume-Uni et l’UE à  
convenir d’un nouveau délai (le troisième) avant de divorcer… ou  
pas. Des élections générales anticipées pourraient être annoncées  
outre-Manche, les sondages plaçant pour l’heure Boris Johnson et  
le parti conservateur en tête des intentions de vote.  
Douanes  
A la date du retrait, des droits et formalités de douane s’appliquent  
immédiatement (déclarations, versements de TVA, dépôts éventuels  
de garanties, etc.). Des interdictions ou restrictions pourront  
s’appliquer. Les licences d’importation et d’exportation ainsi que les  
autorisations de statut d'opérateur économique agréé (OEA)  
délivrées par le Royaume-Uni ne seront plus valables dans l’UE.  
… le mal est fait  
Les dispositifs d’urgence visent à prévenir autant que possible les  
blocages aux frontières et/ou ruptures d’approvisionnement :  
renforcement des moyens (humains, en infrastructures…) aux postes  
frontières, extension temporaire et conditionnelle de la validité des  
contrôles et autorisations de mise sur le marché effectués au  
Royaume-Uni pour certains produits (médicaments, produits  
vétérinaires…). Par ailleurs, près d’une centaine de « notices  
préparatoires » ont été rédigées à l’intention des entreprises de  
manière à les orienter dans leurs démarches administratives et  
réglementaires, pour l’adaptation des contrats, les relocalisations ou  
restructurations de sites, etc.  
Quelle qu’en soit l’issue, l’affaire du Brexit aura déjà causé de  
nombreux de torts à l’économie britannique, difficilement réparables.  
Les transferts vers le Continent de l’Autorité bancaire européenne,  
de l’Agence européenne des médicaments, du centre de sécurité du  
système de positionnement par satellites Galileo, ou simplement  
des filiales et sièges sociaux de groupes voulant sécuriser leur  
accès au marché unique, sont autant d’allers vraisemblablement  
sans retour. Pour la première fois depuis la grande crise financière  
de 2008, la balance des paiements du Royaume-Uni enregistre de  
façon chronique des sorties nettes d’investissements directs  
étrangers.  
Transports aériens  
A la date du retrait, les règles communautaires qui régissent les  
services de transport aérien dans l’UE ne s’appliquent plus au  
Royaume-Uni, entrainant pour celui-ci la perte des droits d’accès  
pour les vols à destination l’UE, ainsi que pour tous les vols  
Sur l’Ile, la conjoncture se dégrade. Les enquêtes auprès des  
entreprises sont restées mauvaises tout l’été, alors que le PIB  
s’était déjà contracté au deuxième trimestre. A 49,3 en septembre,  
l’indice des directeurs d’achats est au plus bas depuis dix ans,  
abstraction faite de son passage à vide de juillet 2016, après la  
victoire du « leave ».  
(
intérieurs ou internationaux) opérés dans l’UE, de même que entre  
l’UE et les pays tiers.  
Sous condition de réciprocité, les dispositifs d’urgence visent à  
garantir une période de connectivité minimum (maintien des services  
entre le Royaume-Uni et les Vingt-Sept Etats membres) jusqu’au 30  
mars 2020. Au-delà, les compagnies aériennes implantées au  
Royaume-Uni devront se conformer aux exigences européennes,  
notamment en matière de propriété et de contrôle, afin de pouvoir  
opérer dans l’UE.  
Source : Commission européenne  
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Insee (2019), Évaluer l’impact du Brexit sur l’activité des partenaires du  
Royaume-Uni : le canal des échanges commerciaux, Note de Conjoncture,  
mars.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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