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EcoPerspectives // 4 trimestre 2018  
economic-research.bnpparibas.com  
Royaume-Uni  
Actualité du Brexit  
Le 29 mars 2019, l’Union européenne et le Royaume-Uni se sépareront officiellement. Reste à savoir en quels termes. Condition  
indispensable d’une sortie ordonnée, l’Accord de Retrait, prévoyant notamment une phase de transition d’un peu moins de deux ans  
jusqu’à la fin de 2020, doit être discuté à l’occasion du Conseil européen du 18 octobre. Or, l’acceptation des conditions du divorce  
achoppe toujours sur la question nord-irlandaise ; fut-elle surmontée au niveau des chefs d’Etat ou de gouvernement et un « deal »  
finalement conclu, il faudra ensuite que le Parlement britannique se prononce. Ici réside, sans doute, le principal risque de Brexit non  
maitrisé.  
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Le 18 octobre 2018, le Conseil européen se penchera sur l’Accord  
1- Croissance et inflation  
de Retrait fixant les conditions de sortie du Royaume-Uni de l’Union  
européenne (UE). Celles-ci, au dire même du négociateur européen  
en chef, Michel Barnier, sont réglées à 80%-85% : le « chèque »  
britannique versé pour solde de tout compte avoisinera 35 à 39  
milliards de livres ; les droits des citoyens (britanniques résidant  
dans l’UE ou de l’UE résidant au Royaume-Uni jusqu’à la date du  
retrait) seront garantis. Mais la question, cruciale, du traitement  
réservé à l’Irlande du Nord n’est pas réglée. Celle-ci devra quitter  
l’UE tandis que la République d’Irlande s’y maintiendra, ouvrant la  
question d’une frontière.  
Croissance du PIB (%)  
Inflation (%)  
Prévision  
Prévision  
2
.7  
2.3  
2.4  
2
.1  
1.8  
1.7  
1
.6  
1.3  
0.7  
0
.0  
Or il y a bien unanimité sur le fait que, vingt ans après la conclusion  
des accords dits du « Vendredi saint », rien ne doit venir  
matériellement séparer les deux Irlande. Ce qui implique qu’après le  
Brexit, toute marchandise ou personne touchant l’Ile continuera  
d’avoir accès au marché unique. Dès lors, où placer la limite ? La  
proposition européenne de « filet de sécurité » consiste à maintenir  
dans une zone réglementaire commune l’UE et l’Irlande du Nord,  
les contrôles ayant lieu entre celle-ci et le reste du Royaume-Uni.  
De manière à les rendre aussi peu intrusives que possible, les  
déclarations en douanes, collectes de TVA, certifications techniques  
ou réglementaires s’effectueraient en amont des livraisons, selon  
une procédure simplifiée et dématérialisée. Des vérifications  
pourraient être faites en cours d’acheminement (par exemple, par  
scannage des containers), les seules s’imposant encore à l’entrée  
étant d’ordre sanitaire (par exemple, pour ce qui concerne le  
commerce d’animaux vivants).  
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Sources : Comptes nationaux, BNP Paribas  
Mme May (dont le négociateur en chef du Brexit, David Davis), a  
été rejeté par les partenaires européens. De fait, il aurait abouti à  
une forme de « marché unique à la carte », où Londres aurait pu  
continuer d’échanger certains biens sans tarifs ni quotas, tout en  
réservant à d’autres le traitement douanier de son choix, ou encore  
en divergeant sur la réglementation des facteurs de production  
services, travail ou capital) .  
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(
La proposition de l’UE vise plus pragmatiquement un vaste accord  
de libre-échange, doublé d’une coopération douanière et réglemen-  
taire renforcée, un peu à l’image du CETA signé avec le Canada  
en octobre 2016. Celui-ci avait, toutefois, réclamé 12 ans de  
négociations, alors que le Royaume-Uni ne disposerait que d’une  
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période de transition de 21 mois , après le 29 mars 2019, pour  
Des frictions apparaitraient, des délais et moyens supplémentaires  
seraient à prévoir, mais au moins l’écueil politique irlandais serait-il  
évité. Problème, cette solution - sans doute la seule viable - est  
rejetée par les Brexiters les plus radicaux, ainsi que par le Parti  
Unioniste irlandais, qui assure à la Première ministre, Mme Theresa  
May, une (courte) majorité à la Chambre des Communes. Le  
gouvernement britannique signerait-il donc aujourd’hui l’Accord de  
Retrait qu’il s’exposerait à un risque politique immédiat, comme par  
exemple lors de la présentation du Budget, le 29 octobre.  
redéfinir tout ou partie de ses relations avec l’UE. Certes, l’existence  
d’un acquis communautaire peut accélérer le processus, mais les  
délais restent courts et pourraient faire l’objet d’une renégociation.  
Tout cela suppose néanmoins qu’un deal soit finalement trouvé et  
que les parlements, européen et, surtout, britannique, le ratifient.  
En parallèle à l’Accord de Retrait, le Conseil devra signer une  
Déclaration Politique précisant le cadre des relations futures entre le  
Royaume-Uni et l’UE. Le plan britannique dit des « Chequers »,  
outre qu’il a fait démissionner deux membres du gouvernement de  
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Barnier M. (2018) Speech at the closing session of Eurochambre’s European  
Parliament of Enterprise, October.  
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Comprehensive Economic and Trade Agreement.  
Durant la période de transition, prévue du 29 mars 2019 au 31 décembre 2020,  
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le Royaume-Uni fera partie intégrante du Marché unique mais devra aussi en  
respecter les règles (liberté de circulation des biens, capitaux, services et  
personnes, respect des décisions de la Cour de Justice de l’Union Européenne).  
Il ne participera plus aux instances de décision de l’UE.  
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Le Conseil européen réunit les chefs d'État ou de gouvernement des États  
membres, ainsi que le président du Conseil européen et le président de la  
Commission.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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