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Actualité du Brexit

EcoPerspectives // 1er trimestre 2020  
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economic-research.bnpparibas.com  
Royaume-Uni  
Actualité du Brexit  
Le 31 janvier 2020, le Royaume-Uni quittera officiellement l’Union européenne et toutes les institutions qui la composent. Le Brexit  
aura donc lieu officiellement, mais pas de facto, puisque, durant une période dite de « transition » devant s’achever le 31 décembre  
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020, l’économie britannique demeurera partie intégrante du marché unique et de l’union douanière européenne. Ses biens, services  
et capitaux continueront de s’échanger librement avec l’UE, qui restera maître en matière juridique et réglementaire. Ce n’est  
qu’ensuite, lorsque le cadre de la relation future aura été convenu, qu’interviendra la véritable séparation. Or, pas plus aujourd’hui  
qu’hier, celle-ci ne promet d’être facile.  
Avec 43,6% des voix et 365 sièges (sur 650) remportés à la  
1
- Croissance et inflation  
Chambre des communes, le Parti conservateur du premier ministre,  
Boris Johnson, est sorti grand vainqueur de l’élection générale  
anticipée du 12 décembre 2019. Au Parlement, plus aucun obstacle  
ne s’oppose donc à une séparation du Royaume-Uni de l’Union  
européenne (UE).  
Croissance du PIB (%)  
Inflation (%)  
Prévision  
Prévision  
2
.7  
2.5  
1
.9  
Le 19 décembre 2019, les députés britanniques ont voté, à 358 voix  
contre 234, la loi britannique ou Brexit bill transposant l’accord de  
retrait conclu entre le Royaume-Uni de l’UE (cf. encadré). Sa  
ratification devait intervenir dans la foulée, après lecture à la  
Chambre des Lords et approbation par la Reine, normalement une  
formalité. Suivront les votes au Parlement européen (à la majorité  
simple) puis au Conseil (à la majorité qualifiée) pour une séparation  
officielle intervenant le 31 janvier 2020 à minuit (heure de Paris). Le  
Royaume-Uni quittera alors officiellement toutes les institutions  
communautaires (Parlement, Cour de Justice, Commission, etc.),  
mais pas immédiatement le marché unique, dont il sera tenu de  
respecter les règles tout au long d’une période de transition prévue  
de s’achever le 31 décembre 2020.  
1.8  
1.8  
1
.7  
1
.5  
1.3  
1
.3  
1
.1  
1
7
18  
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20  
21  
17  
18  
19  
20  
21  
Sources : comptes nationaux, BNP Paribas  
2- Récession industrielle  
Indice des directeurs d’achat (PMI), secteur manufacturier (é.d.)  
Production manufacturière, vol., 6m/6m (é.g.)  
60  
%
4
2
0
Une ligne dure qui va droit dans le mur  
%
%
55  
50  
45  
40  
À cette date, Royaume-Uni et UE sont supposés avoir bâti le cadre  
de leur relation future et se séparer réellement. Or, pour nombre  
d’observateurs européens, le délai imparti (onze mois) est trop court  
pour y parvenir. L’Accord de retrait ouvre bien la possibilité  
d’étendre la période de transition, mais celle-ci a été formellement  
rejetée par M. Johnson, qui a fait inscrire la date du 31 décembre  
-
2%  
2020 dans la loi de transposition britannique. La ligne radicale  
-4%  
2
017  
2018  
2019  
2020  
défendue par le premier ministre, à savoir un retrait complet (hors  
de l’union douanière et du marché unique) et rapide du Royaume-  
Uni de l’UE, sera toutefois difficile à tenir.  
Sources : Markit, ONS  
législatif et réglementaire, comptant quelque 600 dispositifs. Ils  
impliquent le respect mutuel de normes (techniques, sociales  
sanitaires, environnementales) et de droits (d’appellations d’origine  
de propriété intellectuelle…). La tâche consistant à les défaire pour  
leur substituer, au cas par cas, des accords tarifaires ou de  
coopération, sera lourde et complexe. Elle promet des discussions  
serrées avec l’UE, dont le négociateur en chef, Michel Barnier, a  
maintes fois répété qu’il n’accepterait aucune forme d’accord  
recouvrant un risque de distorsion de concurrence de la part des  
Britanniques. Le travail, en outre, ne s’arrête pas là. En faisant  
cavalier seul, le Royaume-Uni aura aussi à renégocier avec 168  
interlocuteurs différents tous les traités commerciaux (236 au total)  
que l’UE a conclus avec les pays tiers.  
D’abord parce qu’elle va se heurter à une résistance politique forte.  
Le mode de scrutin à l’élection générale (first past the post) fait que  
les tenants d’un Brexit dur se sont imposés au Parlement tout en  
étant minoritaires dans le pays. Outre la victoire des conservateurs  
à la Chambre des communes, l’autre fait marquant de l’élection  
générale du 12 décembre est la poussée des partis nationalistes  
nord-irlandais, gallois et écossais globalement opposés au Brexit et  
favorables à un maintien de leur région dans l’UE.  
Ensuite parce que le principe de réalité va tôt ou tard s’appliquer.  
Dans tous les domaines, de l’industrie, de l’agriculture, de l’énergie,  
des transports, des échanges de données, etc., les liens qui  
unissent le Royaume-Uni à l’UE sont régis par un vaste corpus  
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Le plus difficile - mettre en œuvre concrètement le Brexit - est donc  
à venir, de sorte que le soulagement apporté par l’obtention d’un  
accord de sortie pourrait être de courte durée. À l’approche du 31  
décembre, le risque encouru est bien que, par manque d’ambition  
ou de temps, le Royaume-Uni et l’UE finissent par se séparer sans  
s’accorder. Les règles de l’OMC (Organisation mondiale du  
commerce) s’appliqueraient alors par défaut, sans bénéfice pour  
quiconque.  
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- Les principaux points de l’Accord de retrait  
Le 17 octobre 2019, le premier ministre britannique, Boris Johnson, et  
les 27 chefs d’Etat ou de gouvernement de l’UE parvenaient à un  
accord de retrait (AR). Celui-ci reprend l’essentiel de la version initiale  
conclue par Theresa May en novembre 2018 (mais jamais ratifiée par  
la suite) à l’exception des dispositions concernant l’Irlande du Nord,  
largement réécrites. En résumé, aux termes de l’AR :  
1
/ Une période de transition est aménagée à la date du Brexit et  
Economie au ralenti  
jusqu’au 31 décembre 2020, pour permettre au Royaume-Uni et à  
l’UE de négocier le cadre de leur relation future. Durant celle-ci, le  
Royaume-Uni, bien qu’absent des instances européennes, continue  
d’avoir accès au marché unique ; il en respecte les règles (ce qui  
implique, notamment, l’impossibilité pour lui de conclure des accords  
de libre-échange avec des pays tiers) et se soumet aux décisions de  
la Cour de Justice européenne.  
Les derniers mois de 2019 ont vu les indices du climat des affaires  
poursuivre leur recul et la récession industrielle s’accentuer  
(
graphique 1). L’économie, dans son ensemble, aurait stagné au  
quatrième trimestre, et progressé de 1,3% en moyenne sur l’année.  
Cette performance s’inscrit dans la moyenne européenne,  
l’économie de la zone euro ayant elle-même freiné, l’Allemagne  
frôlant la récession. Elle paraît toutefois modeste eu égard à  
l’évolution de la livre , dont la chute est normalement de nature à  
soutenir l’activité.  
2/ Le statut des résidents étrangers est sécurisé. Les 4 millions de  
1
citoyens de l'UE installés au Royaume-Uni, tout comme le million de  
citoyens britanniques installés dans l’UE à la date du Brexit, seront  
libres de rester et de poursuivre leurs activités, et verront leurs droits  
garantis (en matière d’accès aux soins, à l'éducation, ou au travail, de  
perception des retraites, de regroupement familial…).  
Outre-Manche, l’élasticité-change du commerce extérieur est  
toutefois réputée faible . En 2019, les exportations nettes ne se sont  
2
pas redressées, contribuant négativement à la croissance. Bien  
entendu, les achats opérés à l’étranger en anticipation du Brexit ont  
pu jouer, mais le Royaume-Uni a aussi vu sa compétitivité-coût se  
détériorer. L’action en faveur du salaire minimum n’est pas la  
première cause : fût-elle qualifiée d’historique, la hausse annoncée  
par M. Johnson (+6,2% en avril) ne fait que prolonger le rattrapage  
initié en 2016 par le gouvernement de D. Cameron ; elle vise  
essentiellement - sans y être encore parvenu - à combler la perte  
3/ Le Royaume-Uni s’engage à régler financièrement l’UE, au titre  
de ses engagements pluriannuels (budget 2014-20, programmes  
européens). Bien que l’AR ne précise aucun montant (celui-ci  
dépendra des termes de l’accord sur les relations futures), ce  
règlement financier est estimé, de source britannique, aux environs  
de EUR 40 milliards.  
4/ L’Irlande du Nord bénéficie d’un statut particulier, de manière à  
inédite de pouvoir d’achat des salaires enregistrée après la crise de  
respecter les accords du « Vendredi saint » (1998) et éviter le retour  
d’une frontière physique avec la République d’Irlande. Contrairement  
aux dispositions du premier accord, l’Irlande du Nord pourra former  
avec le reste du Royaume-Uni sa propre union douanière après la  
période de transition (i.e. appliquer les droits de douane britanniques).  
Le « filet de sécurité », qui maintenait temporairement l'UE et le  
Royaume-Uni dans un territoire douanier unique, est donc  
abandonné, mais non sans contreparties ni restrictions importantes.  
L’Irlande du Nord continuerait ainsi d'appliquer le code des douanes  
européen pour les produits qui entreraient sur son territoire et  
risqueraient, par la suite, d'être introduits sur le marché unique, la  
surveillance étant confiée à un comité mixte britannique et européen.  
La frontière entre les deux Irlande étant ouverte, ceci implique  
potentiellement des contrôles sur les importations en provenance du  
Royaume-Uni ou des pays tiers. L'Irlande du Nord continuerait par  
ailleurs à se conformer aux règles de l'UE dans un certain nombre de  
domaines, comme l’agriculture, l’énergie (elle reste dans le marché  
unique de l’électricité), les aides d'Etat, le traitement informatisé de la  
TVA. Le protocole est prévu de s’appliquer pour 4 ans renouvelables,  
l’Assemblée d’Irlande du Nord s’étant vue conférer un droit de regard  
quant à sa reconduction.  
3
2
008 . Son effet de diffusion, quant à lui, dépend beaucoup de la  
conjoncture ; il cesserait d’être significatif au-delà du premier  
quintile de la distribution des revenus (NIESR, 2018) .  
4
L’affaiblissement de la position concurrentielle s’explique en réalité  
surtout par le ralentissement de la productivité, particulièrement  
marqué au Royaume-Uni depuis une dizaine d’années . Il est  
douteux que le Brexit, sur ce terrain, apporte une solution.  
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1
Entre décembre 2015 et décembre 2018 la livre s’est dépréciée de 20% contre  
euro et de 16% en termes effectifs nominaux. Source : Bank of England.  
2
Voir par exemple Bussière M., Gaulier G. and Steingress W. (2016) Global  
Trade Flows: Revisiting the Exchange Rate Elasticities, Banque de France,  
Document de travail n°608, novembre.  
3
Du premier trimestre 2008 au premier trimestre 2015, l’indice des salaires  
hebdomadaires réels (fixes et variables) dans l’ensemble de l’économie a reculé  
de 11%. S’il s’est redressé par la suite, son niveau de fin 2019 reste inférieur  
Source : Commission européenne  
(de 3% environ) à celui d’avant la crise. Source : ONS.  
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National Institute of Economic and Social Research (2018), National Minimum  
Wage and National Living Wage impact assessment: counterfactual research,  
February.  
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Depuis 2009, le taux de croissance annuel moyen de la productivité horaire du  
travail est de 0,5% au Royaume-Uni, contre 1% en zone euro. Source : Eurostat.  
QUI SOMMES-NOUS ? Trois équipes d'économistes (économies OCDE, économies émergentes et risque pays, économie bancaire) forment la Direction des Etudes Economiques de BNP Paribas.
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