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Dans les pas d'Angela Merkel

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Eco Perspectives // 4 trimestre 2021  
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ALLEMAGNE  
DANS LES PAS D’ANGELA MERKEL  
Après un fort redressement aux T2 et T3, l’activité économique pourrait ralentir dans les prochains mois en raison des  
ruptures d’approvisionnement et de la forte hausse des prix des intrants. Après sa victoire aux élections législatives,  
M. Olaf Scholz entame des négociations avec le parti des Verts et les libéraux en vue de former une coalition. Sa  
politique devrait mettre l’accent sur la protection de l’environnement et la hausse des bas salaires. La politique  
européenne de la future coalition ne devrait pas très différente de celle de Mme Merkel.  
SORTIE DE CRISE  
CROISSANCE ET INFLATION (%)  
L’économie s’est fortement redressée au T2. Le PIB a grimpé de 1,6%,  
Croissance du PIB  
Inflation  
Prévisions  
mais sans rattraper complètement la contraction du T1 (-2%). La  
principale raison de ce rebond tient à l’allégement des restrictions  
liées à la Covid-19. Les enquêtes auprès des chefs d’entreprises font  
ressortir une expansion toujours aussi robuste au T3. L’indice PMI  
composite s’inscrit en hausse à 59,2, contre 57,4 sur la période avril-  
juin. De plus, l’indice Ifo d’activité a progressé à 100,7, contre 96,7 au  
cours du T2. Pour autant, les chefs d’entreprises se disent de plus en  
plus préoccupés par l’évolution de l’activité dans les prochains mois,  
en particulier dans le secteur manufacturier où l’indice Ifo du climat  
des affaires est sur une tendance baissière depuis le mois de juillet. Ces  
inquiétudes portent à la fois sur les pénuries de biens intermédiaires  
et sur la forte hausse des coûts des intrants, qui amputent les marges  
bénéficiaires.  
Prévisions  
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2021  
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2023  
2020  
2021  
2022  
2023  
Avec le raffermissement de l’activité, le marché du travail s’est  
nettement amélioré. Le taux de chômage baisse depuis décembre  
GRAPHIQUE 1  
SOURCE : BNP PARIBAS GLOBAL MARKETS  
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020, atteignant 3,6% en août, un niveau supérieur d’à peine 0,3 point  
de pourcentage à celui observé avant la crise. De plus, le nombre de  
salariés au chômage partiel (Kurzarbeit) a rapidement baissé dans  
tous les secteurs. En août, ce dispositif ne concernait plus que 2% de  
l’emploi salarié, contre près de 20 % en avril 2020. Sans surprise, le  
secteur de l’hôtellerie a enregistré le taux le plus élevé, soit 10% contre  
L’ÈRE MERKEL  
Dette publique  
Emploi  
(% population)  
PIB par habitant  
(UE27=100)  
(
% PIB)  
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80  
60  
6
3% en avril 2020.  
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Dans le même temps, les prix ont fortement augmenté. En septembre,  
les prix à la consommation ressortaient en hausse de 4,1% par rapport  
à l’année précédente et l’inflation devrait accélérer à 4,6% au T4. La  
Bundesbank attribue cette envolée à des facteurs principalement  
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temporaires comme le rétablissement des anciens taux de TVA le 1  
janvier 2021, et l’augmentation des prix du brut. En août, les prix de  
l’énergie ont gagné 14,3% par rapport à l’année précédente. Ensuite, les  
entreprises ont relevé leurs prix pour compenser une partie des pertes  
dues à l’obligation de fermeture ou des surcoûts liés à la mise en place  
des mesures de sécurité. De plus, les goulets d’étranglement de la  
chaîne d’approvisionnement risquent de déclencher d’autres hausses  
de prix. Si l’augmentation des prix se traduit par une accélération  
de la croissance salariale, le taux d’inflation pourrait aussi remonter  
sensiblement sur le long terme.  
DEU FRA ITA ESP DEU FRA ITA ESP DEU FRA ITA ESP  
2005 2020  
SOURCE : EUROSTAT  
GRAPHIQUE 2  
Pour le moment, la hausse des salaires de base reste modérée. Toutefois,  
les tensions sur les négociations salariales se renforcent. Récemment,  
un conflit entre la Deutsche Bahn et le syndicat des cheminots a abouti  
à des mouvements de grève au niveau national. Devant les perspectives  
incertaines entourant l’inflation, la Bundesbank est hostile à un  
engagement en faveur d’une orientation très accommodante de la  
politique monétaire sur une longue période. Elle plaide en faveur d’un  
retrait progressif du programme d’achats d’urgence face à la pandémie  
FIN DE L’ÈRE MERKEL  
Les élections législatives allemandes ont été remportées de justesse  
par le SPD (sociaux-démocrates) dirigé par le ministre des Finances,  
M. Olaf Scholz. Le parti a obtenu 25,7% des voix. L’union de la CDU/  
CSU (démocrates-chrétiens) conduite par M. Armin Laschet, le Premier  
ministre de Rhénanie-Westphalie, a terminé deuxième avec 24,1% des  
voix. Ce sont les pires résultats du parti depuis l’après-guerre. En re-  
vanche, le parti des Verts devient la troisième force politique du pays  
en doublant quasiment son score par rapport aux élections générales  
(
PEPP), dès que la crise liée à la pandémie sera terminée.  
La banque  
d’un monde  
qui change  
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de 2017 pour atteindre 14,8% des suffrages. La prochaine étape est la  
formation d’une coalition qui devra obtenir le soutien de plus de 50%  
des délégués au Bundestag.  
ÉCART SALARIAL ENTRE LES SEXES (2020)  
Pendant la campagne électorale, M. Scholz s’est présenté comme le  
candidat de la continuité. La volonté affichée de marcher dans les pas  
d’Angela Merkel n’a rien de surprenant. Au cours de ses mandats, Angela  
Merkel a permis à son pays de traverser plusieurs crises. Au début  
de son premier mandat, à la fin de 2005, l’Allemagne était considérée  
comme « l’homme malade de l’Europe ». Le PIB par habitant était plus  
ou moins au même niveau qu’en France (graphique 2). Quinze ans plus  
tard, l’écart de revenus avec l’UE s’est creusé, passant à 46%, tandis  
que celui de la France s’est comprimé à 14% à peine. Ce redressement  
remarquable peut être en grande partie attribué aux réformes du  
marché du travail (Agenda 2010) engagées sous son prédécesseur,  
Gerhard Schröder (SPD). Le chômage est ainsi passé de 11,3% en  
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005 à 3,8% à peine en 2020. De plus, les changements apportés au  
processus de négociations salariales ont abouti à des accords salariaux  
plus modérés, qui ont permis de renouer avec la compétitivité sur les  
prix. Le basculement de la fiscalité directe vers la fiscalité indirecte a,  
par ailleurs, abaissé encore plus les coûts de production. En 2007, la  
TVA a été relevée, de 16% à 19%, tandis que les salaires et l’impôt sur  
les sociétés ont diminué.  
Ironie du sort, les réformes engagées dans le cadre de l’Agenda 2010  
ont suscité bien des déceptions dans les rangs du SPD. Le score du parti  
a été divisé par deux entre les élections fédérales de 1998 et celles de  
AUT GBR DEU HUN FRA NLD EU27 DNK ESP SWE IRL PRT GRC POL BEL ITA  
GRAPHIQUE 3  
SOURCE : EUROSTAT  
Face aux graves crises rencontrées au cours des quinze dernières an-  
nées, l’économie allemande s’est révélée bien plus résiliente que celle  
des autres pays européens. Au niveau européen, la chancelière s’est  
souvent montrée réticente à apporter une aide inconditionnelle aux  
autres États membres de l’UE. Pour autant, dans les moments décisifs,  
elle a fait le choix de l’Europe. Elle a veillé à ce que la Grèce puisse  
rester à l’intérieur de la zone euro. Lors de la crise migratoire de 2015,  
la chancelière a même pris un sérieux risque politique en ouvrant les  
frontières, d’abord pour des raisons humanitaires.  
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017, passant de 40,9% à 20,5%. Sous l’ère Merkel, le SPD a défendu un  
adoucissement des réformes du marché du travail. En 2015, partenaire  
junior au sein de la « grande coalition » avec la CDU/CSU, le parti a été  
le fer de lance d’un salaire minimum légal au plan national. Les pertes  
d’emplois, craintes par de nombreux observateurs, n’ont pas eu lieu.  
PROTECTION DE L’ENVIRONNEMENT ET DES BAS SALAIRES  
En 2009, le gouvernement a inscrit dans la constitution le mécanisme  
dit du « frein à la dette » (Schuldenbremse) qui, en ligne avec les  
exigences du Pacte européen de stabilité et de croissance, limite l’en-  
dettement structurel net de l’Etat fédéral à 0,35% du PIB annuel. Ce  
dispositif s’est révélé très efficace pour réduire le ratio de dette sur  
PIB : de 67,5% en 2005, ce dernier a été ramené à 59,7% en 2019, tan-  
dis que celui de la France, comparable à celui de l’Allemagne en 2005,  
s’est détérioré passant à 97,6% en 2019. Ses détracteurs lui attribuent  
la responsabilité de la faiblesse des investissements publics en parti-  
culier dans le numérique et l’éducation, ainsi que du mauvais état des  
infrastructures du pays.  
Si M. Scholz parvient à former une coalition, l’accent sera probable-  
ment mis sur la transition énergétique. Les graves inondations dans  
l’ouest du pays cet été ont, une fois de plus, souligné l’importance d’in-  
vestir davantage dans la prévention des inondations et la réduction  
mondiale des émissions de CO2.  
Par ailleurs, le SPD pourrait assouplir les réformes du marché du tra-  
vail. Il a déjà annoncé sa volonté d’augmenter le salaire minimum à 12  
euros de l’heure (contre 9,60 euros actuellement). Par ailleurs, le parti  
pourrait souhaiter ralentir le relèvement de l’âge de la retraite, qui  
devrait atteindre 67 ans d’ici 2029.  
Le nouveau Bundestag décidera du budget pour 2022. Alors que la crise  
de la Covid-19 s’atténue et que le soutien à l’économie est progressi-  
vement réduit, la discussion du retour à la discipline budgétaire de-  
vrait revenir au premier plan. Le gouvernement sortant prévoyait de  
respecter à nouveau le frein à la dette dès 2023, comme le prévoit la  
constitution. M. Scholz a certainement retenu la leçon de la crise de  
la Covid-19 : grâce à un budget sain, le gouvernement fédéral a pu  
soutenir généreusement l’économie dans la crise, sans détérioration  
dramatique des comptes publics.  
Au niveau européen, les politiques de la nouvelle coalition ne devraient  
pas très différentes de celles de la précédente. Chaque chancelier  
allemand agira en premier lieu pour ce qu’il considère être dans  
l’intérêt du pays. L’Allemagne devrait défendre un retour aux règles  
budgétaires européennes pour inspirer confiance dans l’euro. Le  
soutien aux autres pays ne peut être accordé qu’à condition de mettre  
en œuvre des réformes structurelles.  
L’action d’Angela Merkel sur le plan environnemental est plus  
contestée. Après sa sortie brutale du nucléaire, qui a fait suite à la  
catastrophe de Fukushima, l’Allemagne a lourdement investi dans les  
énergies renouvelables sans guère obtenir de résultats en termes de  
réduction du CO du fait du report de la sortie du charbon. Si le pays  
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a atteint ses objectifs climat pour 2020, c’est en raison de l’impact  
de la crise Covid-19 sur l’activité. De plus, la transition énergétique a  
fortement alourdi la facture pour les consommateurs d’électricité.  
Sous l’ère Merkel, le taux d’emploi des femmes a nettement augmenté,  
passant de moins de 60% de la population féminine en âge de travailler,  
en 2005, à 73,2% en 2020. Cependant, beaucoup de femmes occupent  
des emplois faiblement rémunérés ou des jobs d’appoint (les fameux  
«
mini-jobs »). L’imposition conjointe des couples mariés avec partage  
intégral des revenus (Ehegattensplitting) constitue un important fac-  
teur dissuasif pour la recherche d’un emploi à plein temps. Résultat,  
l’écart de revenus entre hommes et femmes est l’un des plus élevés au  
sein de l’UE (graphique 3).  
Achevé de rédiger le 01/10/2021  
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